La question

Ananda Coomaraswamy est un interlocuteur important de Guénon sur les questions doctrinales et symboliques. Plus de cent lettres subsistent, réunies dans un volume que l’édition française cite comme les autres.

L’accord y est frappant, et c’est ce qui rend la différence intéressante. Elle ne porte pas sur ce qui est vrai, mais sur le chemin par lequel on y accède.

Deux méthodes

Synthèse de l'encyclopédie, d'après les renvois de Guénon à Coomaraswamy dans Symboles fondamentaux de la Science Sacrée et les comptes rendus posthumes.

Guénon procède des principes vers les applications. Il établit d’abord ce qu’est la métaphysique, ce que sont les états de l’être, ce qu’est un symbole, et les œuvres viennent ensuite comme illustrations d’une structure déjà dégagée.

Coomaraswamy procède en sens inverse. Conservateur de musée et historien de l’art, il part des objets, des textes techniques, du vocabulaire des métiers, et remonte de là vers la doctrine. Le rythme, la mesure, le geste de l’artisan ne sont pas pour lui des exemples : ce sont les documents.

Guénon s’appuie constamment sur ces travaux, ce qui indique assez qu’il n’y voyait pas une concurrence. La science de l’art traditionnel lui fournit une confirmation venue d’un autre côté, et c’est précisément parce qu’elle vient d’ailleurs qu’elle vaut.

La dette est technique et non seulement courtoise. Il arrive à Guénon d’adopter une distinction terminologique établie par Coomaraswamy et de la juger juste, ce qui est une autre chose que de renvoyer poliment à un confrère : c’est reconnaître que l’enquête menée sur les textes a produit un résultat que la déduction à partir des principes n’aurait pas donné seule.

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Citations de Guénon

Un autre point essentiel est le rôle du rythme dans l’art traditionnel (Recueil posthume, Comptes rendus d’articles et notices nécrologiques, p. 299)

Coomaraswamy, dans l’article mentionné plus haut, rapproche très justement de celui du terme sanscrit bhêdâbhêda, « distinction sans différence », c’est-à-dire sans séparation. (Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, p. 49)

Ce que la différence de méthode entraîne

note de la rédaction Une conséquence mérite d’être signalée comme hypothèse de lecture : l’enquête documentaire de Coomaraswamy se prête plus directement aux méthodes de l’histoire de l’art que l’affirmation guénonienne des principes métaphysiques. On peut établir par des moyens ordinaires qu’un motif se retrouve dans deux civilisations ; on ne peut pas établir de la même manière que la métaphysique est une connaissance et non une spéculation.

De là vient que Coomaraswamy est lu par des historiens de l’art qui ne suivraient Guénon sur aucun autre terrain, et que la partie de l’œuvre guénonienne qui passe le plus aisément les frontières académiques est celle qui touche au symbole. C’est un avantage et un risque : le symbole se laisse étudier sans qu’on s’engage sur ce dont il est le symbole.

Un exemple pour approcher le sens

Deux hommes décrivent le même bâtiment. L’un part du plan de l’architecte et montre pourquoi chaque mur se trouve où il est. L’autre parcourt les salles, relève les proportions, et reconstitue le plan.

Ils aboutissent à la même figure, et chacun voit ce que l’autre ne peut pas voir : le premier saisit l’intention, le second les traces qu’elle a laissées dans la matière.

Références internes

Lire Guénon après Guénon · Ananda Coomaraswamy · Correspondance avec Ananda Coomaraswamy · Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · Les métiers initiatiques