En une phrase
Ananda K. Coomaraswamy est le métaphysicien de l’art dont les recherches permettent à Guénon de montrer que les formes sacrées ne sont pas des ornements, mais les expressions concordantes d’une même science symbolique.
Exposé métaphysique
Synthèse de la place donnée par Guénon à Coomaraswamy dans Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps et Initiation et Réalisation spirituelle, formulée par l'encyclopédie.
Né à Ceylan en 1877, formé en Grande-Bretagne et longtemps conservateur au musée de Boston, Coomaraswamy parcourut un chemin qui mène de l’étude des métiers et des arts de l’Inde à une doctrine générale de l’art traditionnel. Cette trajectoire explique sa proximité avec Guénon. L’un et l’autre refusent de séparer la forme visible de l’intelligence qui l’ordonne, mais leurs œuvres se complètent par leur point de départ : Guénon part volontiers du principe, Coomaraswamy de l’œuvre, du rite de métier et de l’iconographie.
Sa fonction doctrinale peut être comprise sous trois rapports.
- La restitution de l’art sacré. L’œuvre traditionnelle n’exprime pas la personnalité de l’artiste. Elle rend sensible une idée dont les proportions, la matière et l’usage sont réglés. Le métier est ainsi un mode de connaissance, non une production esthétique autonome.
- La concordance des symboles. Le dôme, le pilier, la roue, l’arbre renversé ou la porte étroite se retrouvent dans des civilisations éloignées. Leur accord n’est intelligible que si l’on remonte de la similitude des images à l’unité des rapports qu’elles figurent.
- La continuité du savoir traditionnel. En citant Coomaraswamy, Guénon ne fait pas appel à une autorité érudite extérieure à sa doctrine. Il reconnaît un auteur qui sait encore lire une image par sa fonction métaphysique et rapporter l’histoire de l’art à la transmission d’un savoir.
Le vajra en donne un exemple précis. Étudié comme objet, il appartient à une histoire locale des formes. Reconnu comme foudre, axe et pouvoir de stabilisation, il entre dans une famille symbolique où l’essieu du char, le pilier et le rayon vertical expriment la même relation entre le Ciel et la Terre. Coomaraswamy fournit les documents, Guénon en dégage l’architecture intellectuelle.
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Citations de Guénon
Coomaraswamy a montré également que le vajra est assimilé traditionnellement à d’autres symboles connus de l’« Axe du Monde » (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 171)
Coomaraswamy a étudié la question du symbolisme du dôme (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 231)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La présence répétée de Coomaraswamy dans les écrits tardifs de Guénon indique une communauté de méthode plutôt qu’une simple estime personnelle. Pour tous deux, comparer les traditions ne consiste pas à juxtaposer des motifs, mais à reconnaître sous des formes différentes une proportion intellectuelle identique.
Cette méthode protège de deux réductions contraires. L’historicisme traite le symbole comme le résidu d’un milieu disparu. L’esthétisme le traite comme une forme disponible pour le goût individuel. Coomaraswamy rappelle que le symbole est d’abord fait pour être compris et, dans les arts de métier, pour être mis en œuvre selon une règle. Son érudition demeure donc subordonnée à une science des principes.
Un exemple pour approcher le sens
Considérez une coupole. L’œil moderne y voit une solution de couverture ou une forme imposante. Le regard traditionnel y reconnaît une image du ciel : la base circulaire enveloppe l’espace, tandis que son sommet désigne le point où l’axe invisible rejoint la construction.
Coomaraswamy rassemble les coupoles, baldaquins et parasols rituels qui manifestent cette structure. Guénon montre pourquoi leur diversité peut parler une seule langue. L’un donne le vocabulaire comparé des formes, l’autre en explicite la grammaire métaphysique.
Références internes
Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Initiation et Réalisation spirituelle · La Porte étroite · La tradition hindoue · L’Arbre du Milieu · La science traditionnelle · Le Cheikh ʿAbd al-Bāqī Miftāḥ