En une phrase

Krishnamurti apparaît dans l’enquête de Guénon comme le jeune homme autour duquel la Société Théosophique construisit la manifestation attendue du Bodhisattwa Maitreya, avec pseudonyme, ordre auxiliaire et propagande messianique.

Exposé métaphysique

Synthèse du dossier historique établi par Guénon dans Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, formulée par l'encyclopédie ; les événements postérieurs à 1921 sont distingués plus bas.

Jiddu Krishnamurti, né en 1895, entre très jeune dans l’orbite d’Annie Besant et de Charles Webster Leadbeater. Les dirigeants théosophistes le présentent comme l’instrument futur d’une manifestation du Bodhisattwa Maitreya, le Maître du Monde attendu. Guénon étudie moins sa pensée personnelle que la construction collective élevée autour de lui.

Cette construction comporte plusieurs éléments.

  1. Une désignation. Le jeune Indien est choisi et formé en vue d’une mission qui lui est attribuée avant qu’il puisse la définir lui-même.
  2. Un récit de vies antérieures. Sous le nom d’Alcyone, il est intégré à une généalogie imaginaire où les dirigeants et les Maîtres reçoivent des identités et des correspondances planétaires.
  3. Une organisation auxiliaire. L’Ordre de l’Étoile d’Orient prépare le public à la venue annoncée et donne à l’attente une structure, des membres et des engagements.
  4. Une autorité empruntée. Le vocabulaire hindou, bouddhique et chrétien fournit au projet un aspect traditionnel, bien que son assemblage dépende des besoins changeants de la Société Théosophique.

Le mécanisme est caractéristique d’une pseudo-initiation. Une organisation moderne ne transmet pas une fonction reçue régulièrement ; elle fabrique une figure charismatique, puis interprète chaque événement comme la confirmation du rôle annoncé. La personne concrète risque de disparaître derrière le personnage dont la propagande a besoin.

Guénon publie son livre en 1921. Son analyse ne peut donc inclure la rupture décisive de 1929, lorsque Krishnamurti dissout l’Ordre de l’Étoile et refuse le rôle messianique préparé pour lui. Ce dénouement ultérieur ne doit pas être placé dans la bouche de Guénon. Il confirme toutefois historiquement la distance entre l’homme et la fonction que la Société avait construite.

La critique de Guénon ne suffit pas non plus à évaluer l’enseignement personnel développé par Krishnamurti après sa rupture. La page porte sur sa place dans le théosophisme et sur le procédé messianique dont il fut le centre, non sur l’ensemble d’une œuvre postérieure au livre étudié.

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Citations de Guénon

le jeune homme qu’on élevait à cet effet n’était plus un Anglais, mais un Hindou, Krishnamurti, dont Mme Besant s’était instituée la tutrice (Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, p. 139)

Il paraît donc décidément admis que le Bodhisattwa doit se manifester par l’organe de Krishnamurti, qu’on appelle aussi maintenant Krishnajî (Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, p. 147)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La source arabe lit le dénouement de 1929 comme la réfutation interne du projet. La formule est suggestive, mais elle doit être datée : Le Théosophisme diagnostique la fabrication du messie avant que Krishnamurti ne dissolve l’organisation qui l’attendait.

Cette chronologie rend le cas plus instructif. Guénon n’a pas tiré sa critique de l’échec final ; il l’a fondée sur l’absence de transmission régulière, la composition artificielle des doctrines et la fonction de la propagande. Le rejet ultérieur du rôle par son titulaire met au jour ce que l’analyse avait déjà distingué.

Krishnamurti ne doit donc être réduit ni à une victime sans parole ni au maître que la Société annonçait. Pour le propos de cette encyclopédie, il est la personne réelle au point de rencontre entre une fabrication institutionnelle et le refus ultérieur de cette identité imposée.

Un exemple pour approcher le sens

Une troupe choisit un enfant pour jouer un roi, écrit sa généalogie, prépare la scène et annonce que son couronnement changera le monde. Le décor peut être cohérent et le public nombreux ; rien de cela ne transmet à l’acteur une royauté effective.

Si l’acteur devenu adulte quitte la scène, son geste ne prouve pas à lui seul quelle doctrine est vraie. Il révèle néanmoins que le personnage public et la personne avaient été artificiellement confondus. C’est cette confusion que le dossier théosophiste permet d’observer.

Références internes

Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion · Le Vêdânta occidentalisé · Mythologie scientifique et chamanisme · Le renversement des symboles · Charles Webster Leadbeater · Annie Besant · La contre-initiation · Les prétendus Mahâtmâs et le Messie théosophiste · Le théosophisme