En une phrase

Charles Webster Leadbeater est, dans l’enquête de Guénon sur le théosophisme, le spécialiste des prétendues clairvoyances et du « monde astral », dont les récits donnent une autorité pseudo-spirituelle aux constructions de la Société Théosophique.

Exposé métaphysique

Synthèse de la critique menée par Guénon dans Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, formulée par l'encyclopédie.

La place de Leadbeater ne se comprend pas par sa biographie seule. Guénon le situe dans une organisation qui transforme des phénomènes ou des récits psychiques en révélations doctrinales. Leadbeater fournit à ce mécanisme une abondante matière : visions d’« Adeptes », descriptions d’élémentals, souvenirs de vies antérieures et diagnostics obtenus par clairvoyance.

Trois fonctions se dégagent de l’enquête.

  1. L’attestation invisible. Lorsque l’organisation doit justifier une affirmation invérifiable, la clairvoyance intervient comme garantie. Elle ne démontre rien, mais elle permet au voyant de se présenter comme témoin d’un ordre auquel le lecteur ordinaire n’aurait pas accès.
  2. La fabrication d’une histoire sacrée. Leadbeater attribue aux membres du mouvement des identités antérieures prestigieuses et ordonne ces existences en une chronique occulte. Le récit ne transmet plus une tradition reçue : il en produit l’équivalent imaginaire autour des acteurs présents.
  3. La préparation du messianisme. Son rôle se prolonge dans l’entreprise qui place le jeune Krishnamurti au centre de l’attente d’un « Instructeur du Monde ». Une appréciation psychique devient ainsi le point de départ d’une construction religieuse et institutionnelle.

Le désaccord de Guénon est d’abord doctrinal. Le psychique, même lorsqu’il comporte des phénomènes réels, n’est pas le spirituel. Il appartient encore au domaine individuel ou cosmique, avec ses illusions, ses influences errantes et ses possibilités de suggestion. L’intellect supra-individuel ne se mesure donc ni à la singularité des visions ni au nombre des récits qu’elles engendrent.

Leadbeater est à cet égard un cas particulièrement lisible : plus la description devient minutieuse, moins cette précision suffit à établir le niveau de réalité auquel elle se rapporte. L’accumulation des détails sur l’astral peut même détourner plus sûrement de la connaissance spirituelle en donnant au psychisme l’apparence de la science.

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Citations de Guénon

Il n’est question que de « clairvoyance », de manifestations d’« Adeptes », d’« élémentals » et autres entités du « monde astral ». (Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, p. 45)

Leadbeater a découvert que « l’expression entités spirituelles semble signifier que Mme Blavatsky n’avait en vue que les individus hautement développés » ! (Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, p. 59)

Leadbeater a très souvent proclamé que, grâce à sa clairvoyance, il savait distinguer entre un vrai prêtre de la succession apostolique et un dissident. (Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, p. 174)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Leadbeater permet de comprendre comment une erreur de degré devient une institution. Il ne suffit pas qu’un individu prenne ses images intérieures pour des réalités supérieures. Encore faut-il qu’un groupe accueille ces images, les classe, leur donne des noms et les transforme en critères d’autorité. Le voyant et l’organisation se confirment alors réciproquement.

La critique de Guénon ne revient donc pas à nier sommairement tout phénomène subtil. Elle est plus exigeante : elle refuse que la présence éventuelle d’un phénomène serve de preuve à l’interprétation que le voyant lui impose. Cette distinction entre fait, niveau et sens est précisément ce que le théosophisme tend à abolir.

Un exemple pour approcher le sens

Une image très nette apparaît dans un rêve. Le rêveur y reconnaît une maison, une personne et une date. La précision de l’image prouve qu’il a réellement rêvé ces détails, mais elle ne prouve ni que la maison existe, ni que la personne lui a parlé, ni que la date annonce un événement.

Le procédé critiqué chez Leadbeater consiste à franchir ces degrés sans examen. La vivacité de l’expérience devient preuve de son objectivité, puis l’objectivité supposée devient preuve de sa spiritualité. Guénon rétablit les seuils : une perception psychique peut être précise tout en demeurant inférieure à l’ordre spirituel.

Références internes

Henry Steel Olcott · Rudolf Steiner · Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion · Jiddu Krishnamurti · Annie Besant · Les influences errantes · L’intuition intellectuelle · La pseudo-initiation · Le théosophisme · Le néo-spiritualisme