La thèse qui commande toutes ces pages est que les formes traditionnelles ne
sont pas des opinions rivales sur le même objet, mais des adaptations d’une
doctrine unique à des conditions différentes. Une forme n’est donc pas plus
vraie qu’une autre ; elle est adaptée à ceux auxquels elle s’adresse.
Cela n’autorise ni le mélange ni le choix personnel. Guénon insiste sur le
point avec constance : reconnaître l’unité des doctrines n’autorise pas à
composer sa propre voie avec des éléments pris à plusieurs, ni à pratiquer
sans rattachement régulier.
Les pages qui suivent exposent chaque forme telle que Guénon la présente, et
signalent les points où sa présentation a été contestée.
La tradition hindoue désigne chez Guénon l'ensemble orthodoxe fondé sur le Vêda, antérieur aux catégories occidentales de religion, de race et de nation, et dont les darshanas exposent des points de vue concordants.
Les Malâmatiyah cachent la perfection de leur état intérieur sous une apparence ordinaire. Guénon voit dans cette conformité extérieure au peuple une image de la réalisation descendante, où l'être revenu du sommet réintègre tous les degrés sans rien exhiber de sa spiritualité.
Guénon distingue le christianisme originel, de caractère initiatique, sa constitution ultérieure en forme religieuse exotérique, et les organisations qui conservèrent au Moyen Âge un ésotérisme spécifiquement chrétien.
La Kabbale est la tradition ésotérique hébraïque, reçue et transmise : Guénon y considère notamment la science des lettres et des nombres, les mondes, les Séphiroth, l'Arbre de Vie et la Shekinah comme des expressions propres d'une doctrine initiatique et métaphysique.
Le taoïsme est, dans la tradition extrême-orientale, la branche ésotérique et initiatique ordonnée à la connaissance métaphysique, complémentaire du confucianisme exotérique et centrée sur le Tao et le non-agir.
L'ésotérisme islamique est, chez Guénon, la dimension intérieure et initiatique de l'islam. Il comprend la tarîqah comme moyen et la haqîqah comme fin, procède de l'enseignement prophétique et ne se confond pas avec le mysticisme.
Le Vêdânta, fin et finalité du Vêda, est pour Guénon une doctrine purement métaphysique fondée principalement sur les Upanishads. Il n'est ni philosophie ni religion au sens occidental et ouvre sur la réalisation de l'identité d'Âtmâ et de Brahma.