Définition
Le taoïsme constitue la dimension ésotérique de la tradition chinoise : il oriente une élite vers le Principe par la connaissance, la centralité et le non-agir, tandis que le confucianisme règle principalement l’ordre social.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans La Grande Triade et Orient et Occident, formulée par l'encyclopédie.
Guénon refuse de présenter le taoïsme comme un système philosophique inventé par Lao-tseu. Les doctrines qu’il rassemble plongent dans la tradition chinoise la plus ancienne, symbolisée notamment par Fo-hi et les figures du Yi-king. Lao-tseu en a donné une formulation capitale, mais non un commencement absolu.
La distinction entre taoïsme et confucianisme est une division fonctionnelle de la même tradition.
- Le confucianisme se rapporte à l’exotérisme : rites sociaux, relations familiales, gouvernement et maintien de l’ordre collectif.
- Le taoïsme se rapporte à l’ésotérisme : métaphysique, sciences traditionnelles et réalisation réservée à ceux qui possèdent les qualifications requises.
- Leur complémentarité exclut la rivalité de deux religions. Le domaine du premier prépare et protège celui du second, qui lui donne son principe sans se substituer à ses fonctions.
Le Tao, littéralement la Voie, désigne suivant le contexte le Principe suprême ou son affirmation première. Guénon distingue le Tao sans nom, au-delà de l’Être, et le Tao avec un nom, assimilable à l’Être ou à la Grande Unité. Cette distinction empêche de réduire la Voie à une méthode morale ou à une énergie cosmique.
Le wou-wei, le non-agir, découle de cette primauté. Il ne signifie ni inertie ni refus de toute activité. Il désigne une action qui n’est pas produite par l’agitation individuelle : le centre immobile régit le mouvement sans entrer dans la rotation. Le sage ou l’organisation régulière agit alors par présence et selon la fonction, non par affirmation d’une volonté propre.
La réserve du taoïsme est un autre aspect de cette doctrine. Un enseignement initiatique ne cherche pas à conquérir un public indéfini. Sa discrétion correspond à la rareté des qualifications et à la nécessité de protéger les moyens de réalisation contre une diffusion qui les déformerait.
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Citations de Guénon
tout ce qui est d’ordre ésotérique ou initiatique, à quelque degré que ce soit, relève nécessairement du Taoïsme (La Grande Triade, p. 3)
Dès lors, une partie de la tradition antérieure rentrait dans le Taoïsme et une autre dans le Confucianisme, et cet état de choses est celui qui a subsisté jusqu’à nos jours (La Grande Triade, p. 6)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Chaque proposition a été confrontée le 7 octobre 2026 aux notes et présentations du traducteur, dont la référence suit la phrase ; la notice arabe consacrée à ce sujet réunit le dossier complet.
Dans sa présentation de La Grande Triade, le Cheikh explique que le mot Tao signifie en particulier la voie, car la fonction essentielle de la tradition taoïste est l’éducation spirituelle élevée, où le cheminant s’élève de station en station jusqu’à un centre qui réunit tous les contraires dans l’unité principielle. Il précise que, lorsque Guénon parle de la tradition chinoise, de l’hindouisme ou du christianisme, il ne vise pas leurs formes déviées, mais leurs principes originels purs (La Grande Triade, présentation du traducteur). Dans sa traduction d’Orient et Occident, il glose la doctrine extrême-orientale du non-agir par le maqām de l’agrément (riḍā) et le repos dans la quiétude (sakīna) (Orient et Occident, insertion du traducteur). Dans le glossaire de La Grande Triade, il rend Homme véritable par insān ḥaqīqī, Homme transcendant par insān mutaʿālī et Homme universel par insān kāmil.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le taoïsme est un lieu privilégié pour comprendre le vocabulaire guénonien du centre. Le non-agir, l’Homme véritable, l’Homme transcendant et la Voie du Milieu ne forment pas des thèmes indépendants. Ils décrivent les degrés d’une même rectification : se placer au centre de l’état humain, puis s’identifier à l’axe qui conduit au-delà de cet état.
Cette lecture évite deux réductions. La première fait du taoïsme une sagesse du bien-être et de la souplesse psychologique. La seconde n’y voit qu’un ensemble de croyances chinoises anciennes. Pour Guénon, sa raison d’être est métaphysique et son caractère initiatique commande son langage comme sa réserve.
Références internes
La Grande Triade · Orient et Occident · La Voie du Milieu · L’Homme Universel · L’Âme universelle · Mohyiddin ibn Arabi · Le Ciel, la Terre et l’Homme · Yin et Yang · L’homme véritable et l’homme transcendant · La Possibilité universelle