En une phrase

Le taoïsme constitue la dimension ésotérique de la tradition chinoise : il oriente une élite vers le Principe par la connaissance, la centralité et le non-agir, tandis que le confucianisme règle principalement l’ordre social.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans La Grande Triade et Orient et Occident, formulée par l'encyclopédie.

Guénon refuse de présenter le taoïsme comme un système philosophique inventé par Lao-tseu. Les doctrines qu’il rassemble plongent dans la tradition chinoise la plus ancienne, symbolisée notamment par Fo-hi et les figures du Yi-king. Lao-tseu en a donné une formulation capitale, mais non un commencement absolu.

La distinction entre taoïsme et confucianisme est une division fonctionnelle de la même tradition.

  1. Le confucianisme se rapporte à l’exotérisme : rites sociaux, relations familiales, gouvernement et maintien de l’ordre collectif.
  2. Le taoïsme se rapporte à l’ésotérisme : métaphysique, sciences traditionnelles et réalisation réservée à ceux qui possèdent les qualifications requises.
  3. Leur complémentarité exclut la rivalité de deux religions. Le domaine du premier prépare et protège celui du second, qui lui donne son principe sans se substituer à ses fonctions.

Le Tao, littéralement la Voie, désigne suivant le contexte le Principe suprême ou son affirmation première. Guénon distingue le Tao sans nom, au-delà de l’Être, et le Tao avec un nom, assimilable à l’Être ou à la Grande Unité. Cette distinction empêche de réduire la Voie à une méthode morale ou à une énergie cosmique.

Le wou-wei, le non-agir, découle de cette primauté. Il ne signifie ni inertie ni refus de toute activité. Il désigne une action qui n’est pas produite par l’agitation individuelle : le centre immobile régit le mouvement sans entrer dans la rotation. Le sage ou l’organisation régulière agit alors par présence et selon la fonction, non par affirmation d’une volonté propre.

La réserve du taoïsme est un autre aspect de cette doctrine. Un enseignement initiatique ne cherche pas à conquérir un public indéfini. Sa discrétion correspond à la rareté des qualifications et à la nécessité de protéger les moyens de réalisation contre une diffusion qui les déformerait.

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Citations de Guénon

tout ce qui est d’ordre ésotérique ou initiatique, à quelque degré que ce soit, relève nécessairement du Taoïsme (La Grande Triade, p. 3)

Dès lors, une partie de la tradition antérieure rentrait dans le Taoïsme et une autre dans le Confucianisme, et cet état de choses est celui qui a subsisté jusqu’à nos jours (La Grande Triade, p. 6)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.

Les rapprochements de la source arabe sont ici reformulés par l’encyclopédie. Le Cheikh rend plusieurs termes taoïstes par un vocabulaire islamique de la voie : le Tao est rapproché de la voie, le non-agir du détachement de la volonté propre, et l’homme transcendant de l’Homme Universel. Il présente ces équivalences comme des correspondances de fonction, non comme une identité des formes.

Il insiste en même temps sur une limite : la comparaison porte sur la doctrine taoïste dans sa pureté principielle, non sur toutes les pratiques populaires ou les déformations historiques qui ont pu porter son nom. La connaissance comparée doit ramener chaque notion à son degré avant de chercher son analogue.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Le taoïsme est un lieu privilégié pour comprendre le vocabulaire guénonien du centre. Le non-agir, l’Homme véritable, l’Homme transcendant et la Voie du Milieu ne forment pas des thèmes indépendants. Ils décrivent les degrés d’une même rectification : se placer au centre de l’état humain, puis s’identifier à l’axe qui conduit au-delà de cet état.

Cette lecture évite deux réductions. La première fait du taoïsme une sagesse du bien-être et de la souplesse psychologique. La seconde n’y voit qu’un ensemble de croyances chinoises anciennes. Pour Guénon, sa raison d’être est métaphysique et son caractère initiatique commande son langage comme sa réserve.

Un exemple pour approcher le sens

Le moyeu d’une roue ne parcourt pas la circonférence, pourtant toute la roue dépend de sa fixité. S’il cherchait à imiter la vitesse de la jante, il cesserait d’accomplir sa fonction centrale.

Le non-agir ressemble à cette immobilité active. Il ne supprime pas les effets ; il les ordonne depuis un point qui n’est pas emporté par eux. Le sage taoïste ne devient donc pas absent au monde par indifférence, mais présent à son principe d’une manière qui rend son action impersonnelle.

Références internes

La Grande Triade · Orient et Occident · La Voie du Milieu · L’Homme Universel · L’Âme universelle · Mohyiddin ibn Arabi · Le Ciel, la Terre et l’Homme · Yin et Yang · L’homme véritable et l’homme transcendant · La Possibilité universelle