En une phrase

La tradition hindoue est, pour Guénon, une unité doctrinale fondée sur le Vêda, dont les multiples écoles ne sont ni des religions concurrentes ni les étapes historiques d’une pensée en évolution, mais des adaptations concordantes d’une même connaissance traditionnelle.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues et L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, formulée par l'encyclopédie.

L’expression même de « tradition hindoue » doit être entendue avant toute étude de son contenu. Guénon ne la définit ni par une confession comparable aux religions occidentales, ni par l’appartenance à un peuple, ni par la sujétion à une autorité centrale. Est hindou celui qui adhère effectivement à la tradition dont le Vêda constitue le principe. Cette définition est doctrinale. Elle explique qu’une tradition née dans l’Inde puisse ne pas être hindoue et qu’une grande diversité de langues, de peuples et d’institutions puisse demeurer comprise dans l’unité hindoue.

Cette unité tient d’abord au caractère du Vêda. Le terme signifie la connaissance, non un livre conçu par un auteur individuel. Son origine est dite apaurushêya, « non humaine », ce qui ne désigne pas une ancienneté mesurable, mais une indépendance à l’égard de toute invention personnelle et de toute circonstance historique. La mise par écrit, les commentaires et les adaptations peuvent recevoir une date; le principe traditionnel auquel ils se rapportent est d’un autre ordre. C’est pourquoi Guénon juge secondaire la recherche d’une chronologie des doctrines lorsque celle-ci prétend expliquer leur fond.

Les darshanas ne sont donc pas des systèmes philosophiques rivaux. Le mot signifie des points de vue ou des « vues » sur la doctrine. Chacun ordonne un domaine déterminé, avec sa méthode et son vocabulaire, tandis que leur orthodoxie commune réside dans l’accord avec le Vêda. Le Vêdânta, auquel Guénon consacre une étude particulière, porte ce développement jusqu’à sa conclusion proprement métaphysique: il traite de l’identité essentielle du Soi et de Brahma, de la hiérarchie des états et de la Délivrance.

La stabilité traditionnelle n’interdit pas les applications. Le dharma détermine aussi bien l’ordre cosmique que les fonctions sociales et les devoirs propres à chaque nature. Les formes rituelles, les sciences traditionnelles et l’organisation sociale procèdent ainsi d’un même ensemble de principes. Leur diversité ne rompt pas l’unité, pas davantage que les branches d’un arbre ne rompent l’unité de la sève.

Il faut enfin distinguer cette continuité du simple immobilisme. Une tradition peut adapter ses expressions sans altérer ses principes. L’erreur moderne consiste à lire toute différence comme une rupture, puis à construire une suite fictive, védisme, brahmanisme, hindouisme, sur le modèle d’une évolution historique. Pour Guénon, le critère réel n’est pas l’âge relatif des formes, mais leur orthodoxie, c’est-à-dire leur conformité constante au principe traditionnel.

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Citations de Guénon

C’est pourquoi l’origine du Vêda est dite apaurushêya, c’est-à-dire « non-humaine » : les circonstances historiques, non plus que d’autres contingences, n’exercent aucune influence sur le fond de la doctrine (Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, p. 92)

Le Vêda, étant la connaissance traditionnelle par excellence, est le principe et le fondement commun de toutes les branches plus ou moins secondaires et dérivées de la doctrine ; et, pour celles-ci (Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, p. 92)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Employer le mot « hindouisme » sans précaution conduit à transporter dans l’Inde une catégorie religieuse façonnée ailleurs. Le terme peut être commode comme désignation courante, mais la notion guénonienne est plus précise: il s’agit d’une tradition totale, comprenant doctrine, rites, sciences et ordre social, et non d’un seul secteur religieux séparé du reste de l’existence.

Cette précision éclaire aussi la place singulière que l’Inde occupe dans l’œuvre de Guénon. Elle ne lui fournit pas un exotisme, mais un vocabulaire encore apte à exprimer directement des distinctions métaphysiques que l’Occident moderne a perdues. Cela ne signifie pas que toute vérité serait d’origine indienne; cela signifie que la tradition hindoue a conservé, sous une forme exceptionnellement explicite, une doctrine dont les principes sont universels.

Un exemple pour approcher le sens

Considérons une langue ancienne possédant plusieurs grammaires. L’une classe les mots selon leur forme, une autre selon leur fonction, une troisième selon leur histoire. Elles paraissent différentes parce qu’elles regardent le même langage sous des angles distincts. Elles cesseraient pourtant d’être valables si elles fabriquaient chacune une langue nouvelle sans rapport avec l’usage commun.

Les darshanas occupent une situation comparable. Chacun ordonne un point de vue, mais aucun ne se donne pour une construction indépendante. Le Vêda est moins un manuel placé à côté d’eux que le principe commun qui rend leurs langages mutuellement intelligibles. L’unité de la tradition hindoue n’est donc pas l’uniformité de ses expressions; elle est l’accord de ces expressions avec une même source.

Références internes

Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Le Vêdânta · Moksha · Vêda · Shruti et Smriti · La tradition · Orthodoxie et hétérodoxie traditionnelles · Sanâtana Dharma · Les six darshanas