La question
Elle prolonge directement celle de la voie occidentale, et c’est la forme qu’elle prend pour un lecteur né dans un pays chrétien : ce que sa propre tradition lui offre.
La réponse de Guénon tient en deux temps qu’il ne faut pas séparer. Le christianisme des origines eut, selon lui, un caractère initiatique. Ce caractère ne s’est pas maintenu : la tradition chrétienne est devenue purement exotérique, ses rites gardant leur validité comme rites religieux sans transmettre ce qu’ils transmettaient d’abord.
Ce que la correspondance ajoute
Synthèse de l'encyclopédie, d'après la Correspondance, tome II. Les lettres n'ont pas le statut d'un ouvrage publié, et la section suivante explique pourquoi cela change la lecture.
Deux passages méritent d’être connus, parce qu’ils montrent Guénon raisonnant plutôt que concluant.
Dans le premier, il discute avec un correspondant la ressemblance entre la hiérarchie chrétienne et les hiérarchies pontificales anciennes. Son argument est qu’elle n’a pas à s’expliquer par un emprunt : si le christianisme primitif était initiatique, la ressemblance va de soi. Ce qui retient l’attention est la formule dont il assortit sa prémisse, comme il le semble bien, qui est d’un homme qui tient une chose pour très probable sans la donner pour acquise.
Dans le second, il répond à une question pratique, et la réponse est d’un ordre différent. Il s’agit de savoir quel exotérisme choisir pour qui veut demeurer chrétien, et son critère n’est pas doctrinal mais concret : la validité sacramentelle, qu’il juge hors de doute du côté de l’orthodoxie et douteuse ailleurs.
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Citations de Guénon
Si le premier Christianisme avait un caractère initiatique comme il le semble bien, une telle similitude apparaît au contraire comme toute naturelle et même en quelque sorte comme nécessaire. (Correspondance, tome II, p. 68)
pour ceux qui veulent rester dans la tradition chrétienne, l’orthodoxie représente sûrement la meilleure solution, puisque la validité de ses sacrements n’est mise en doute par personne (Correspondance, tome II, p. 290)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Une lettre n’est pas un traité, et l’édition française doit dire ce que cette différence entraîne, puisqu’elle est seule à disposer de la correspondance.
Un livre publié engage son auteur devant tout lecteur. Une lettre répond à un interlocuteur nommé, sur une question qu’il a posée, dans un état de la réflexion qui n’est pas nécessairement définitif. Les deux passages ci-dessus sont précieux pour cette raison même, et fragiles pour la même : ils montrent la pensée en train de se faire.
La conséquence pratique est simple. Sur ce dossier, ce qui fait autorité demeure Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, où la position est exposée pour être publiée. La correspondance l’éclaire, la nuance, montre les réserves, mais ne la remplace pas. Qui citerait la lettre contre le livre inverserait l’ordre des pièces.
Un exemple pour approcher le sens
Un architecte publie le plan d’un édifice, et écrit par ailleurs à un confrère qu’il hésite encore sur la charpente. Les deux documents sont de lui, et ils ne pèsent pas le même poids. Le plan est ce qu’il soutient ; la lettre est ce qu’il pesait.
Qui veut connaître l’édifice lit le plan, et lit la lettre pour comprendre comment le plan a été arrêté. L’inverse donne l’illusion d’une intimité avec l’auteur au prix de ce qu’il a effectivement dit.
Références internes
Y a-t-il une voie occidentale ? · Lire Guénon après Guénon · Le rattachement en question · Correspondance, tome II · Aperçus sur l’ésotérisme chrétien · Christianisme et initiation · L’Exotérisme et l’Ésotérisme · La Chrétienté · Christianisme