La question
Un lecteur convaincu par la doctrine et par la nécessité du rattachement pose aussitôt la question suivante : et ici, en Occident, à quoi se rattache-t-on.
La question n’est pas rhétorique. Si le rattachement à une forme traditionnelle vivante conditionne tout, et si l’Occident a perdu sa base traditionnelle, alors ou bien il subsiste chez lui des organisations authentiques, ou bien le lecteur occidental doit chercher ailleurs. Guénon traite les deux branches.
Ce que Guénon constate
Synthèse de l'encyclopédie, d'après le Recueil posthume, Textes divers et les Aperçus sur l'Initiation.
Il ne nie pas que des organisations initiatiques subsistent en Occident. Il affirme l’inverse : certaines ont une existence certaine. Mais il en décrit l’état sans ménagement, et sur trois points.
- Elles sont séparées de leur exotérisme. Une organisation initiatique se rattache normalement à la forme religieuse du milieu où elle vit. Les occidentales subsistantes ne le sont plus, et Guénon qualifie cette séparation d’anormale plutôt que de la constater avec indifférence.
- Elles sont amoindries. Le mot est le sien, et il ajoute qu’elles sont parfois déviées, ce qui est autre chose qu’affaiblies.
- Elles ne promettent, le plus souvent, qu’une initiation virtuelle. La distinction est technique et décisive : la transmission peut être régulière sans que la réalisation suive.
Il en tire une alternative, sans en dissimuler le coût : l’Occidental doit prendre son parti de ces imperfections, ou bien s’adresser ailleurs.
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Citations de Guénon
les seules organisations initiatiques qui aient encore une existence certaine en Occident sont, dans leur état actuel, complètement séparées (Recueil posthume, Textes divers, p. 78)
elles sont tellement amoindries, sinon même déviées, qu’on ne peut guère, dans la plupart des cas, en espérer plus qu’une initiation virtuelle (Recueil posthume, Textes divers, p. 79)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Ce passage mérite d’être lu contre deux usages opposés qu’on en fait couramment.
Il ne fonde pas le rejet de toute possibilité occidentale : Guénon écrit que ces organisations ont une existence certaine, ce qui est une affirmation et non une concession. Il ne fonde pas davantage l’optimisme de ceux qui présentent l’Occident comme pourvu d’une voie intacte : le même homme parle d’organisations amoindries, parfois déviées, et coupées de ce à quoi elles devraient tenir.
La rigueur consiste à garder les deux moitiés de la phrase. C’est aussi ce qui explique le choix de plusieurs de ses lecteurs, dont Vâlsan, de se rattacher à une forme orientale vivante : non par goût de l’exotisme, mais parce que la seconde branche de l’alternative que Guénon pose leur a paru la plus sûre.
Un exemple pour approcher le sens
Un instrument ancien peut être authentique, de bonne facture, et rester injouable : la table fendue, les cordes absentes, le chevalet déplacé. Dire qu’il est authentique et dire qu’on en tirera de la musique sont deux jugements différents, et le second ne suit pas du premier.
Guénon dit des organisations occidentales subsistantes quelque chose de cet ordre. Il ne conteste pas leur filiation ; il décrit leur état. Un lecteur pressé retient la filiation et oublie l’état, ou l’inverse, et se réclame ensuite de lui dans les deux sens.
Références internes
Lire Guénon après Guénon · Le rattachement en question · Recueil posthume, Textes divers · Aperçus sur l’Initiation · Le rattachement initiatique · L’Initiation virtuelle et l’Initiation effective · Christianisme et initiation · La pseudo-initiation · L’Occident