La question

Un lecteur convaincu par la doctrine demande ce qu’il doit faire. Deux réponses circulent sous le nom de Guénon.

La première : il faut entrer dans une forme traditionnelle vivante et y recevoir un rattachement régulier, faute de quoi rien de ce qui est décrit dans les livres ne commence. La seconde : l’essentiel est la compréhension doctrinale, le reste étant affaire de circonstances, de tempérament ou d’époque.

Ces deux réponses ne se valent pas devant le texte.

Ce que Guénon écrit

Synthèse de l'encyclopédie, d'après Aperçus sur l'Initiation et Initiation et Réalisation spirituelle.

La position des Aperçus est catégorique et ne souffre pas d’exception. Le rattachement n’y est pas présenté comme une aide, une garantie ou une convenance, mais comme la condition sans laquelle le mot d’initiation ne s’applique pas. Ce qui est transmis n’est pas un enseignement, que l’on pourrait lire, mais une influence spirituelle, que l’on ne peut que recevoir.

Guénon lui-même a mesuré la force de cette affirmation. L’ouverture d’Initiation et Réalisation spirituelle revient sur ce point et reconnaît qu’il avait été posé plus qu’établi, ce qui indique assez qu’il en voyait l’enjeu et qu’il ne le tenait pas pour une évidence de détail.

Il faut noter ce que cette exigence n’implique pas. Elle ne dit pas qu’une forme vaille mieux qu’une autre : l’unité des doctrines l’interdit. Elle dit qu’il faut en avoir une, et une seule.

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Citations de Guénon

en dehors d’un tel rattachement, il ne saurait en aucun cas être question d’initiation. (Aperçus sur l’Initiation, p. 52)

Dans les Aperçus sur l’initiation, l’auteur avait plutôt affirmé que démontré la nécessité du rattachement initiatique. (Initiation et Réalisation spirituelle, p. 13)

Comment la postérité s’est divisée

Position de l'encyclopédie, formulée à partir des lettres de Guénon et de ce que les héritiers ont publiquement soutenu.

Vâlsan prend l’exigence au pied de la lettre : il entre dans l’islam et dans une voie shâdhilite, et tient que l’héritage guénonien se transmet dans une voie régulière ou ne se transmet pas. Sa fonction d’éditeur des textes posthumes et son orientation akbarienne sont la même décision vue sous deux angles.

Schuon suit d’abord la même voie, puis prend une direction propre dont l’autonomie le distingue nettement. Ce déplacement est un fait, indépendamment du jugement qu’on porte sur lui, et c’est de lui que procède la lecture pérennialiste, où l’unité des religions devient le point de départ plutôt que la conclusion.

L’encyclopédie ne prétend pas arbitrer une question qui engage des vies. Elle constate que sur le point précis du rattachement, le texte de Guénon ne laisse pas de marge, et que toute position contraire doit s’assumer comme un développement postérieur et non comme une exégèse.

Un exemple pour approcher le sens

On peut apprendre par cœur une partition, en connaître l’harmonie, savoir exactement ce qu’un interprète doit faire, et n’avoir jamais joué. La connaissance est réelle et le silence aussi.

Guénon soutient que la voie est de cet ordre : la doctrine décrit ce dont il s’agit, mais décrire n’est pas parcourir, et l’on n’entre pas dans une tradition en la comprenant, pas plus qu’on ne devient musicien en lisant.

Références internes

Lire Guénon après Guénon · Aperçus sur l’Initiation · Initiation et Réalisation spirituelle · Le rattachement initiatique · La voie initiatique et la mystique · Michel Vâlsan · Frithjof Schuon