En une phrase

Le christianisme fut d’abord, selon Guénon, une voie réservée de caractère initiatique, avant de devenir la forme religieuse exotérique destinée à l’ensemble du monde occidental.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, formulée par l'encyclopédie.

La thèse de Guénon porte moins sur un dogme que sur un changement de fonction. Le christianisme des origines ne se présentait pas encore comme une législation sociale adressée indistinctement à tous. Ses rites et sa doctrine avaient un caractère réservé, et l’admission dans l’Église primitive supposait des qualifications comparables à celles qu’exige une organisation initiatique.

L’absence d’une législation extérieure complète dans l’Évangile devient alors intelligible. Une voie initiatique n’a pas pour objet immédiat de régler tous les actes d’une société. Lorsque le christianisme reçut une fonction publique et générale, il dut constituer un droit canonique et adapter son organisation au domaine religieux. Ce passage ne fut pas, pour Guénon, un simple accident ou une corruption sans raison.

Il répondait à une nécessité cyclique. Les anciennes formes du monde gréco-romain étaient devenues incapables de conserver effectivement la tradition. Pour que l’Occident ne tombe pas dans une rupture complète, le christianisme devait renoncer au caractère exclusivement fermé qu’il avait d’abord possédé et assumer la charge d’un exotérisme. Cette extériorisation préserva une forme traditionnelle, mais elle modifia la portée normale de ses rites.

De là vient la distinction entre sacrement et initiation. Un sacrement peut transmettre une influence spirituelle et produire les effets propres au salut religieux sans constituer pour autant un rattachement initiatique. La généralisation d’un rite à tous les fidèles indique précisément qu’il relève désormais de l’ordre exotérique. Une initiation suppose en outre une chaîne, des qualifications et un travail intérieur méthodique.

Cette distinction n’exclut pas toute survivance chrétienne. Guénon signale l’hésychasme oriental, où la transmission régulière de formules et la technique de l’invocation présentent encore les caractères d’une voie initiatique. Il reconnaît aussi dans l’Occident médiéval les traces d’organisations et de courants chrétiens ésotériques. Mais une forme passée, un symbole ou un texte ne suffisent pas à reconstituer une transmission éteinte.

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Citations de Guénon

Le Christianisme, à ses origines, avait, tant par ses rites que par sa doctrine, un caractère essentiellement ésotérique, et par conséquent initiatique. (Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, p. 22)

Dans ce qu’on pourrait appeler le second état du Christianisme, les sacrements n’ont plus aucun caractère initiatique et ne sont bien réellement que des rites purement exotériques. (Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, p. 31)

Dans l’hésychasme, l’initiation proprement dite est essentiellement constituée par la transmission régulière de certaines formules. (Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, p. 36)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La portée de cette page dépend d’une double précaution. Reconnaître un ésotérisme chrétien originel ne revient ni à réduire le Christ à la figure moderne d’un « grand initié », ni à nier la validité religieuse des Églises. Inversement, reconnaître cette validité ne permet pas d’attribuer automatiquement aux sacrements actuels une fonction initiatique que leur usage général ne comporte plus.

Le cas chrétien montre ainsi que l’exotérisme et l’ésotérisme ne sont pas deux opinions rivales sur une même matière. Ils répondent à des fins distinctes : le salut dans l’ordre individuel pour le premier, la réalisation effective d’états supérieurs pour le second. Leur articulation peut changer au cours de l’histoire sans que leurs domaines deviennent interchangeables.

Un exemple pour approcher le sens

Une école réservée à un petit nombre peut être appelée, à la suite d’une catastrophe, à instruire toute une population. Elle sauve ainsi les éléments indispensables de l’enseignement, mais ses cours communs ne sont plus, par ce seul fait, la formation supérieure autrefois donnée aux élèves qualifiés.

Celui qui suit le cours général en reçoit réellement le bénéfice. Celui qui cherche la formation supérieure doit encore trouver la méthode, le maître et la continuité de transmission qui lui correspondent.

Références internes

Aperçus sur l’ésotérisme chrétien · Vrais et faux instructeurs spirituels · La sharîyah et la haqîqah · La tarîqah · Christianisme · Dante · Le Graal · Melki-Tsedeq · L’Exotérisme et l’Ésotérisme · Le rattachement initiatique et la chaîne traditionnelle