En une phrase
L’initiation engage une réalisation méthodique sous un contrôle régulier, tandis que le mysticisme reçoit passivement des états qui se présentent sans initiative propre.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Aperçus sur l'Initiation, formulée par l'encyclopédie.
Guénon réserve le mot mysticisme à un type spécifiquement occidental et principalement chrétien. Il refuse de l’étendre au soufisme, aux doctrines hindoues ou aux mystères antiques, car une ressemblance de vocabulaire ou d’expérience ne suffit pas à identifier des voies dont les principes et les fins diffèrent.
Le mysticisme est passif en ce sens précis que l’individu reçoit ce qui se présente à lui sans en avoir pris l’initiative et sans conduire méthodiquement le processus. Cette ouverture l’expose à des influences diverses. Faute d’une préparation doctrinale et d’un contrôle adéquat, il lui devient difficile de distinguer l’expérience authentique des productions de l’imagination.
L’initiation est active, non parce que l’individu pourrait se dépasser par ses seules forces, mais parce qu’il doit prendre l’initiative du travail et le poursuivre selon une méthode. Cette activité suppose un rattachement régulier, la transmission d’une influence spirituelle et un contrôle qui oriente la réalisation au-delà des possibilités individuelles.
Les deux voies ne sont donc pas deux degrés d’un même parcours. Le mysticisme demeure dans le domaine religieux et individuel, même lorsque ses états sont élevés. L’initiation a pour fin propre la réalisation supra-individuelle. La distinction porte à la fois sur le mode, les moyens et la destination.
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Citations de Guénon
Le mysticisme est « passif », tandis que l’initiation est « active » ; cela est d’ailleurs très vrai, à la condition de bien déterminer l’acception dans laquelle on doit l’entendre exactement. (Aperçus sur l’Initiation, p. 9)
Le mystique, presque toujours, est trop facilement dupe de son imagination. (Aperçus sur l’Initiation, p. 13)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Actif ne signifie pas ici volontariste. L’initiative individuelle est nécessaire comme point de départ, mais elle ne produit pas l’influence spirituelle et ne fonde pas la chaîne qui la transmet. L’action initiatique consiste à coopérer méthodiquement avec une possibilité reçue, non à inventer sa propre voie.
Passif ne signifie pas non plus nécessairement faux. Guénon ne nie pas la réalité possible de certains états mystiques ; il souligne l’absence des garanties qui permettraient de les ordonner vers une réalisation initiatique. Le problème porte moins sur la sincérité du sujet que sur la nature et le contrôle de ce qui lui advient.
Un exemple pour approcher le sens
Un navigateur suit une route, dispose d’une carte, vérifie sa position et corrige sa marche. Le vent demeure une puissance qu’il ne produit pas, mais il oriente ses voiles et coopère avec elle. Un homme livré au courant sur une épave reçoit lui aussi le mouvement de l’eau, sans méthode ni direction.
La différence ne tient pas à l’intensité du voyage. Elle tient à la présence d’une voie, d’un principe de contrôle et d’une activité ordonnée vers un terme.
Références internes
Aperçus sur l’Initiation · Le rattachement initiatique et la chaîne traditionnelle · La réalisation métaphysique · La pseudo-initiation · Petits et Grands Mystères · L’ésotérisme islamique · La tarîqah · La contre-initiation · Les influences errantes