En une phrase
La chevalerie et la futuwwah expriment une force qui ne vaut ni par la violence ni par l’exploit, mais par son obéissance à un centre et par le service d’un ordre qui la dépasse.
Exposé métaphysique
Synthèse de la doctrine exposée par Guénon dans Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, Le Roi du Monde et Le Symbolisme de la Croix, formulée par l'encyclopédie.
La chevalerie traditionnelle est une qualification de l’action. Elle suppose la force, mais elle ne lui reconnaît aucun droit autonome. Séparée du principe, la force devient dispersion et violence ; reçue d’en haut, ordonnée et consacrée, elle protège un lieu, une fonction ou un dépôt sacré. Le chevalier est ainsi moins le possesseur de la puissance que son gardien responsable.
Cette doctrine se déploie selon trois niveaux.
- La guerre extérieure. Lorsqu’elle est légitime, elle vise le rétablissement d’un ordre troublé. Elle ne saurait constituer une fin, car elle relève du domaine de l’action et demeure subordonnée à la justice.
- La guerre intérieure. La lutte contre la dispersion des facultés et les tendances inférieures donne son sens supérieur à la première. La petite guerre peut fournir son langage à la grande, mais c’est la grande qui en détient la raison profonde.
- La fonction axiale. Le chevalier garde un centre, un passage ou une terre sainte. Son action rayonne depuis un point stable. De là vient que les armes puissent devenir des figures de l’Axe du Monde.
Le symbolisme des armes précise cette hiérarchie. Le sabre sépare et discerne ; la lance prolonge le rayon et marque l’axe ; le bouclier conserve ; l’épée verticale, placée sur l’axe d’une balance, associe le pouvoir de trancher à l’équilibre de la justice. L’arme ne reçoit donc pas son sens de son emploi matériel seul. Elle figure à la fois le moyen de la rectification et l’état d’harmonie qui en est le terme.
Dans le vocabulaire islamique, la futuwwah ajoute à la vaillance les notions de service, de fidélité et de discrétion. Elle ne se réduit pas à une morale de l’honneur. Elle est la forme initiatique d’une noblesse active, tenue par un pacte et réglée par une autorité spirituelle.
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Citations de Guénon
Dans la tradition islamique, ces deux sens de la guerre, ainsi que le rapport qu’ils ont réellement entre eux, sont exprimés aussi nettement que possible par un hadîth du prophète (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 175)
l’épée ne représente pas seulement le moyen comme on pourrait le croire si l’on s’en tenait à son sens le plus immédiatement apparent, mais aussi la fin même à atteindre (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 178)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Le commentaire de Miftāḥ, ici reformulé par l’encyclopédie, rapproche expressément cette doctrine de l’Émir Abd el-Kader, qu’il nomme l’imâm des deux jihâds. Ce rapprochement ne confond pas la lutte extérieure et la lutte intérieure : il montre qu’une même personne peut porter leur double exigence, à condition que l’action demeure gouvernée par la connaissance et par l’adab.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La chevalerie n’est donc pas une célébration spirituelle de la guerre. Elle est, au contraire, une limitation principielle de la force. L’autorité qui consacre, la règle qui discipline et le centre qui donne l’orientation sont plus importants que l’arme elle-même.
La futuwwah rend particulièrement visible cette subordination. La bravoure y est inséparable du service, et le service de l’effacement. Celui qui cherche dans l’action sa propre grandeur perd la fonction chevaleresque au moment même où il croit l’affirmer.
Un exemple pour approcher le sens
Une porte sacrée peut être défendue par un homme armé. S’il se croit maître de ce qu’il garde, sa force menace déjà le sanctuaire. S’il sait qu’il n’en est que le serviteur, chaque geste reçoit sa mesure du lieu central auquel il interdit l’accès profane.
La même scène se transpose dans l’être. Les facultés actives sont les gardiens de la porte intérieure. Elles doivent écarter la dispersion, non s’emparer du centre. La chevalerie commence lorsque la force accepte de servir ce qui est plus élevé qu’elle.
Références internes
Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · Le Roi du Monde · Le Symbolisme de la Croix · L’Émir Abd el-Kader · La Grande Guerre sainte · La hiérarchie des fonctions · L’autorité spirituelle · Les Gardiens de la Terre Sainte · Le Graal · L’Axe du Monde