En une phrase
La hiérarchie des fonctions ordonne les charges d’après les natures capables de les exercer, et place la connaissance au-dessus de la force, puis la force au-dessus des fonctions économiques.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, formulée par l'encyclopédie.
La hiérarchie dont parle Guénon n’est pas d’abord une échelle de dignités individuelles. Elle porte sur des fonctions et sur les aptitudes qui y correspondent. Le principe des castes lui fournit son expression la plus nette, parce qu’il associe chaque ordre social à une tendance prédominante de la nature humaine.
Quatre fonctions en donnent le schéma traditionnel :
- La connaissance et l’enseignement, propres à l’autorité spirituelle.
- Le gouvernement et la défense, propres au pouvoir temporel.
- La production et l’échange, qui assurent les conditions économiques.
- L’exécution et le service, qui réalisent matériellement les œuvres.
Cette distribution n’est droite que si le supérieur contient le principe du rang inférieur sans se réduire à lui. L’autorité spirituelle n’exerce pas nécessairement le gouvernement, mais elle lui fournit sa règle. Le pouvoir temporel, à son tour, maintient un ordre dont l’économie reçoit ses limites. Ainsi, la prééminence ne revient ni au plus riche ni au plus nombreux, mais à la fonction la plus proche des principes.
Il faut distinguer cette doctrine d’une justification automatique de l’hérédité. Une institution peut conserver les noms des castes alors que les aptitudes ne répondent plus aux charges. Elle devient dès lors une survivance formelle. Inversement, abolir toute distinction au nom de l’égalité ne supprime pas les différences réelles; cela livre les fonctions à ceux qui disposent du nombre, de l’argent ou de la force.
La crise commence lorsque le pouvoir temporel se déclare indépendant de l’autorité spirituelle. Elle se poursuit quand les fonctions économiques dominent le politique, puis quand la quantité collective prétend décider de toute qualité. La succession des révoltes n’est donc pas seulement historique : elle traduit une inversion de l’ordre des principes vers leurs applications les plus extérieures.
Les pages citées ci-dessous sont celles du document numérique, couverture comprise, et peuvent différer de la pagination imprimée. Voir les conventions de citation.
Citations de Guénon
Ces différences de nature et d’aptitudes existent aussi partout où il y a des hommes. (Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, p. 23)
Il en est nécessairement ainsi dans toute hiérarchie véritable, c’est-à-dire fondée sur la nature même des êtres. (Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, p. 18)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Deux confusions opposées doivent être écartées. La première transforme la hiérarchie en privilège social, comme si la naissance ou la fortune créait l’aptitude. La seconde identifie justice et interchangeabilité, comme si toute distinction de charge était une offense faite aux personnes. Guénon ne soutient ni l’une ni l’autre.
La justice hiérarchique consiste à donner à chaque fonction son rang et à chaque nature la fonction qu’elle peut accomplir. Un homme placé dans une charge inférieure à son aptitude subit un désordre; un homme élevé au-dessus de son aptitude en produit un pour tous. L’égalité métaphysique des êtres dans leur principe ne devient donc pas une identité de leurs déterminations.
La page doit enfin être lue avec le pouvoir temporel. La hiérarchie n’est pas complète tant qu’on ne voit pas la différence entre l’autorité qui éclaire et le pouvoir qui agit. Leur harmonie suppose une subordination sans confusion, non l’absorption de l’un par l’autre.
Un exemple pour approcher le sens
Dans un navire, le pilote connaît la route, le capitaine commande la manœuvre, l’intendant répartit les ressources et les matelots accomplissent les gestes nécessaires. Le pilote n’est pas plus habile que le matelot à chaque opération; sa fonction est pourtant supérieure parce qu’elle donne à toutes les autres leur direction.
Si l’intendant décide seul du port d’arrivée parce qu’il tient les comptes, ou si l’équipage vote la position des récifs, l’égalité proclamée ne rend pas le navire plus juste. Elle brouille les compétences. La vraie hiérarchie ne méprise aucune tâche : elle empêche qu’une tâche partielle prétende devenir le principe de l’ensemble.
Références internes
Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel · Autorité spirituelle · Pouvoir temporel · Quantité · Hiérarchies spirituelles · Les états multiples de l’être · La tradition hindoue · Le Règne de la Quantité · La Royauté · Brâhmanes et Kshatriyas