Définition
La Grande Guerre sainte est le combat par lequel l’être réduit les tendances intérieures contraires à l’ordre et à l’unité, afin d’atteindre la paix qui résulte de la soumission au principe.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans « Sayful-Islam », recueilli dans Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, et mise en rapport avec Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, formulée par l'encyclopédie.
Le symbolisme guerrier ne reçoit son sens complet qu’à partir d’une transposition intérieure. La guerre extérieure oppose des groupes et cherche à rétablir un ordre dans le domaine social. La guerre intérieure oppose, au sein du même être, les tendances dispersées qui refusent leur subordination à un centre. La première est la « petite guerre sainte », la seconde la « grande guerre sainte ».
La hiérarchie des deux guerres ne rend pas la première irréelle. Elle indique que sa valeur traditionnelle dépend du rapport qu’elle garde avec un ordre plus haut. Le courage, la vigilance, le sacrifice et la discipline peuvent être transposés du champ extérieur au travail initiatique. Sans cette orientation, la violence demeure une force centrifuge et ne mérite aucune qualification sacrée.
L’ennemi intérieur n’est pas le corps ni l’individualité comme tels. Il est l’ensemble des éléments qui, dans l’être, s’opposent à l’harmonie : passions désordonnées, volonté séparative, attachement à la multiplicité et prétention du moi à se poser comme centre. Le combat vise à remettre chaque puissance à sa place, non à détruire les facultés qui doivent concourir à la réalisation.
C’est pourquoi l’aboutissement de la guerre est la paix. Guénon rapproche es-salâm, la paix, d’el-islâm, la soumission à la Volonté divine. La paix n’est pas une suspension provisoire des oppositions ; elle est leur conciliation au centre, lorsque les forces jusque-là rivales participent consciemment à un même ordre.
L’épée exprime cette opération. Elle sépare le vrai du faux, tranche les nœuds et figure la puissance active du Verbe. Son double tranchant correspond aux fonctions de dissolution et de production, de négation de l’erreur et d’affirmation du principe. Lorsqu’elle prend une position verticale, elle devient aussi une image de l’Axe du Monde, lieu où les oppositions se résorbent.
Le sabre porté dans un contexte rituel, parfois même fabriqué en bois, ne renvoie donc pas nécessairement au combat matériel. Son inefficacité comme arme extérieure rend plus lisible sa fonction de rappel : le champ décisif est celui où l’être doit reconquérir son propre centre.
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Citations de Guénon
Dans les deux cas, du reste, et qu’il s’agisse de l’ordre extérieur et social ou de l’ordre intérieur et spirituel, la guerre doit toujours tendre également à établir l’équilibre et l’harmonie (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 174)
Cela revient à dire que son aboutissement normal, et qui est en définitive son unique raison d’être, c’est la paix (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 175)
l’axe est le lieu où toutes les oppositions se concilient et s’évanouissent (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 178)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Chaque proposition a été confrontée le 7 octobre 2026 aux notes et présentations du traducteur, dont la référence suit la phrase ; la notice arabe consacrée à ce sujet réunit le dossier complet.
Dans une note du traducteur du Le Symbolisme de la Croix, à propos du symbolisme de la guerre, le Cheikh rattache la notion de grand jihâd au hadith du retour du petit jihâd au grand jihâd, et cite le commentaire de l’Émir ʿAbd al-Qâdir al-Jazâ’irî dans ses Mawâqif (Le Symbolisme de la Croix, note du traducteur sur la guerre symbolique). Selon ce commentaire, le Prophète a nommé petit le combat contre les incroyants parce que le Législateur ne vise pas pour elle-même la destruction des créatures de Dieu : il vise seulement à écarter leur nuisance aux musulmans. Le combat contre l’âme et sa purification est au contraire voulu pour lui-même, car sa purification mène à la félicité et à la connaissance du Seigneur ; or ce qui est voulu pour soi est plus grand que ce qui est voulu pour autre chose (même note).
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La guerre sainte est ordonnée à ce qui met fin à la guerre. Cette proposition distingue le symbole traditionnel de toute glorification moderne du conflit pour lui-même. Si la lutte devenait sa propre fin, elle renforcerait précisément la dispersion qu’elle doit résoudre.
La paix n’est pas davantage une passivité. Elle est un équilibre actif, comme le moyeu immobile qui ordonne la rotation de la roue. Le guerrier intérieur ne supprime pas l’énergie de ses facultés ; il les ramène à un commandement central et leur donne une direction unique.
Références internes
Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · L’Exotérisme et l’Ésotérisme · L’homme véritable et l’homme transcendant · La tarîqah · La Pauvreté spirituelle · La Délivrance · Et-Tawhîd · L’état primordial