Le symbole, chez Guénon, n’illustre pas une idée qu’on pourrait exposer
autrement. Il dit ce que le langage discursif ne peut pas dire, et c’est
pourquoi les traditions y recourent au lieu de s’en passer. Une même figure se
retrouve alors dans des civilisations sans contact historique, non par
emprunt, mais parce qu’elle traduit une structure.
D’où la méthode de lecture appliquée dans ces pages : on ne demande pas ce que
tel peuple a voulu représenter, on demande de quelle réalité la figure est la
traduction, et pourquoi cette traduction s’impose.
La croix est le cas le plus complet, puisqu’elle porte à
elle seule toute la doctrine des états de l’être. Le cœur
est la meilleure porte d’entrée, parce que le contresens moderne y est le plus
facile à mesurer.
Les deux solstices figurent pour Guénon la porte des hommes, liée au Cancer et au retour dans la manifestation, et la porte des dieux, liée au Capricorne et à la sortie vers les états supérieurs.
La Roue cosmique représente la rotation du monde manifesté autour d'un centre immobile. Sa circonférence figure le changement, son moyeu le Principe, et le passage au centre la délivrance du mouvement des formes.
Le Phénix, rapproché du Rukh arabe et d'autres oiseaux traditionnels, est chez Guénon un symbole solaire et cyclique de mort et de renaissance. Miftāḥ en précise la lecture akbarienne en le rapportant à l'ʿAnqâ et au réceptacle des formes renouvelées.
L'Éther dans le cœur désigne symboliquement le Principe divin présent au centre de l'être : la connaissance de cette cavité intérieure devient, à son degré le plus profond, connaissance divine.
La Porte étroite figure le passage central qui conduit de l'état extérieur à l'état intérieur et, au-delà du monde manifesté, au domaine supra-cosmique. Son étroitesse exprime la concentration et le dépouillement qu'exige ce passage.
La chevalerie et la futuwwah symbolisent la force soumise au principe : le chevalier, le gardien et l'arme n'ont de légitimité qu'en servant un ordre spirituel, extérieurement par la justice et intérieurement par la grande guerre sainte.
Le Graal est pour Guénon la coupe qui figure le cœur, l'état primordial et le dépôt de la tradition conservé dans un centre spirituel. Sa quête chevaleresque transpose la recherche de la Parole perdue et le retour effectif au centre.
Le Pont relie deux états de l'être comme le sûtrâtmâ relie les états entre eux. Étroit, axial et périlleux, il conduit du domaine du changement à celui de l'immortalité et ne doit être parcouru que dans le sens ascendant.
La caverne est le lieu symbolique de l'intériorité initiatique : cachée au cœur de la montagne, obscure pour le regard extérieur mais éclairée au-dedans, elle figure le centre où s'accomplit la seconde naissance.
La sphère est chez Guénon la forme primordiale, la moins spécifiée de toutes. Elle figure l'Œuf du Monde, l'état global des possibilités et le pôle essentiel dont le cube est le terme complémentaire.
Le Kursî et le Trône figurent deux degrés de la souveraineté cosmique : le Trône enveloppe les mondes et porte la Présence divine, tandis que le Kursî marque, dans la lecture akbarienne de Miftāḥ, le déploiement des oppositions et du gouvernement différencié.
Guénon distingue deux sens extrêmes de la nuit : les ténèbres inférieures du chaos et les ténèbres supérieures du non-manifesté. Entre elles se déploient les obscurations qui accompagnent tout changement d'état et toute nouvelle naissance initiatique.
La double spirale est le symbole dynamique des deux mouvements complémentaires de la manifestation : expansion et retour, naissance et mort, coagulation et dissolution; ses deux courbes s'ordonnent autour de pôles reliés à un même axe.
Le lotus est pour Guénon une figure centrée dont l'épanouissement représente le développement de la manifestation; il correspond à la roue, porte le Mêru polaire et trouve dans la rose un équivalent occidental.
Le lieu sacré, la cité orientée et le temple cosmique projettent dans l'espace terrestre un ordre céleste dont le centre, les directions et les mesures rendent la présence intelligible.
Le Centre est le principe non localisé dont procède toute détermination, tandis que la Circonférence figure l'ensemble de la manifestation. Leur rapport expose comment l'unité demeure présente à la multiplicité sans devenir un point parmi ses points.
Le cube représente chez Guénon la forme la plus arrêtée et le maximum de spécification. Il exprime la stabilité, le pôle substantiel et l'achèvement d'un cycle commencé sous le signe de la sphère.
Le point est le principe sans dimensions de l'étendue : il n'est pas contenu dans l'espace comme une de ses parties, mais le réalise par son rayonnement et demeure le centre de ses directions.
Chez Guénon, le cœur corporel est le support d'un symbolisme qui dépasse l'affectivité : centre de l'être, il représente le lieu de la connaissance intellectuelle.
Le swastika est chez Guénon le signe du Pôle et de l'action du Principe sur le monde. Ses branches indiquent la rotation cosmique, tandis que son centre immobile manifeste la permanence de l'axe autour duquel cette rotation s'accomplit.
La croix est chez Guénon le symbole géométrique de la réalisation totale de l'être : l'axe vertical figure la hiérarchie des états, le plan horizontal l'étendue d'un seul état, et leur intersection le point où l'être les rassemble.
La chaîne, le fil et les nœuds figurent le sûtrâtmâ qui relie les états de l'existence à leur Principe. Le même lien paraît contrainte depuis un état isolé et voie axiale lorsqu'il est saisi dans toute sa continuité.
L'échelle est chez Guénon un symbole axial : ses échelons figurent les degrés de l'Existence universelle, sa montée la réalisation des états supérieurs et sa descente le retour de leurs fruits dans les ordres inférieurs.
La Table Ronde associe le cercle zodiacal, les douze personnages qui l'entourent et le Graal qu'elle doit recevoir; elle figure ainsi un centre spirituel conservateur de la tradition.
L'Omphalos, ou ombilic, est une marque matérielle du Centre du Monde. Les pierres sacrées et les bétyles signalent la présence divine et l'axe qui relie la terre au ciel, sans être adorés pour eux-mêmes.
La Pierre angulaire n'est pas la pierre de fondation : rejetée pendant la construction parce que sa forme est unique, elle trouve sa place au sommet, où elle achève l'édifice comme clef de voûte et figure le principe manifesté à son terme.
La lettre arabe nûn réunit pour Guénon le poisson, l'arche et le germe d'immortalité : sa forme figure le passage par une obscuration entre deux états et la nouvelle naissance.
L'Axe du Monde est la direction verticale qui traverse le centre et relie les degrés de l'existence; la montagne, l'arbre, la lance, le rayon solaire et le pôle en sont des figures concordantes.
Guénon corrige le septénaire vulgaire des couleurs : six couleurs manifestées entourent la lumière blanche centrale, comme les six directions procèdent du point et le septième rayon de l'axe.
La chaîne et la trame donnent à Guénon une image rigoureuse des rapports entre le principe et ses applications, entre l'unité d'un être à travers ses états et les événements propres à chacun de ces états.
Om est le monosyllabe sacré qui correspond à Âtmâ et à ses conditions. Ses trois éléments se rapportent aux états de veille, de rêve et de sommeil profond ; considéré indépendamment d'eux, Om désigne le Quatrième inconditionné.
L'Arbre du Milieu est la figure végétale de l'Axe du Monde: planté au centre, son tronc relie les degrés de l'existence, ses branches déploient la manifestation et son fruit signifie l'accès à l'immortalité.