En une phrase

La chaîne et les nœuds représentent le fil principiel qui traverse les mondes, relie entre eux les états de l’être et fait de leur multiplicité un ordre.

Exposé métaphysique

Synthèse des chapitres « La Chaîne des mondes », « La Chaîne d'union » et « Liens et nœuds » de Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, formulée par l'encyclopédie.

Le symbolisme part d’une image simple : les grains d’un rosaire ou les perles d’un collier ne constituent une chaîne que parce qu’un fil les traverse. Les grains sont visibles et multiples ; le fil demeure en retrait, mais il donne à chacun sa place et à l’ensemble sa continuité. Guénon y reconnaît une figure du sûtrâtmâ, l’Atmâ-fil de la tradition hindoue.

Chaque grain peut représenter un monde ou un état d’existence. Considéré isolément, il semble posséder sa propre clôture. Considéré par rapport au fil, il appartient à un enchaînement qui le dépasse. La chaîne des mondes n’est donc pas une succession temporelle de lieux ; elle figure la totalité des états rattachés à leur Principe commun.

Le fil possède une signification axiale. Il traverse les états sans devenir l’un d’eux, comme un axe traverse les plans qu’il ordonne. Il est identique à lui-même quelles que soient les qualités des mondes qu’il pénètre et soutient. Son invisibilité relative convient à sa fonction : la manifestation apparaît dans les grains, le principe de leur liaison demeure non manifesté.

Le nœud introduit une double possibilité. Nouer, c’est fixer une forme et maintenir une cohésion ; c’est aussi retenir et empêcher le passage. Le lien peut donc être saisi comme attache ou comme union. Pour l’être enfermé dans un état, il est une condition limitative. Pour l’être qui remonte le fil, il devient une voie de communication entre les états.

Cette ambivalence explique le symbolisme du dénouement. Délier un nœud peut figurer la mort à une condition ou la résolution d’une entrave initiatique. Il ne s’agit pas de rompre le fil principiel, mais de dépasser la fixation qui faisait prendre un seul grain pour la totalité de la chaîne.

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Citations de Guénon

ce sont les grains qui représentent la manifestation, tandis que le sûtrâtmâ, représenté par le fil, est en lui-même non manifesté (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 335)

la signification essentielle et proprement métaphysique est toujours la représentation du sûtrâtmâ (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 364)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La chaîne initiatique et la chaîne cosmique ne doivent pas être identifiées sans transposition. La première est une transmission dans une forme traditionnelle déterminée ; la seconde figure le rattachement universel des états. Leur analogie tient à la fonction du lien, non à l’identité de leurs termes.

Le rosaire islamique rend l’image immédiatement accessible. Les grains comptent les invocations, mais le fil silencieux rend leur succession possible. On peut y lire une image de la multiplicité des Noms soutenue par l’unité, à condition de présenter cette lecture comme une application du symbole, non comme une citation littérale de Guénon.

Un exemple pour approcher le sens

Prenez un collier et coupez son fil. Les perles subsistent matériellement, mais le collier a disparu. Ce qui se voyait le moins était donc la condition de l’ensemble.

Un être attaché à une seule perle appelle le fil une contrainte, puisqu’il le maintient dans une position. Celui qui saisit la continuité du fil comprend que cette même attache le relie à toutes les autres positions et, au-delà de la série, au principe qui les soutient.

Références internes

Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · La Pierre angulaire · Le rattachement initiatique et la chaîne traditionnelle · Le symbolisme du tissage · Le Pont · L’Échelle · L’Axe du Monde · Les Sept Rayons et l’Arc-en-ciel · La réalisation métaphysique