En une phrase
Dans une tradition, le mot, la figure et le rite ne renvoient pas au principe par convention seulement : ils lui correspondent selon une analogie réelle qui permet au sensible de conduire au suprasensible.
Exposé métaphysique
Synthèse de la doctrine du symbolisme exposée par Guénon dans Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues et dans ses aperçus sur les formes ésotériques, formulée par l'encyclopédie.
La pensée moderne tend à concevoir le langage comme un ensemble de signes dont le rapport aux choses serait arbitraire. Appliquée aux traditions, cette idée autorise une étude extérieure des mots, de leurs déplacements et de leurs usages, mais elle laisse échapper la raison pour laquelle une langue peut être dite sacrée et une formule recevoir une fonction rituelle.
Pour Guénon, tout langage est déjà symbolique. Il manifeste extérieurement une pensée qui n’est pas de son ordre. Dans les langues sacrées, cette fonction est rendue plus consciente et réglée par des rapports sonores, graphiques, numériques et étymologiques. Le nom ne contient pas matériellement la chose ; il en conserve cependant une proportion intelligible. Les sciences des lettres et des nombres reposent sur cette correspondance, non sur un jeu de conventions ajouté après coup.
Le symbole sensible doit être compris de la même manière. Une pierre, un arbre, un cœur ou un trône ne devient pas le principe qu’il signifie. Il ne se réduit pas non plus à une comparaison littéraire que l’esprit pourrait remplacer à volonté. Une réalité inférieure peut figurer une réalité supérieure parce que leurs fonctions se répondent analogiquement. Le centre d’un cercle, le cœur dans l’organisme et le centre spirituel dans un monde sont distincts, mais ils occupent une position comparable dans leur ordre.
Le rite ajoute l’action au symbole. Il n’est pas seulement l’illustration gestuelle d’une croyance. Par une forme, un temps et une intention déterminés, il met en œuvre une correspondance et possède ainsi une efficacité propre. Dire que le rite est un symbole agi ne l’affaiblit donc pas : cela indique que le symbolisme y engage l’être, au lieu de demeurer objet de contemplation mentale.
Cette doctrine évite simultanément le littéralisme corporel et l’allégorie subjective. Le premier enferme le symbole dans sa forme ; la seconde lui retire toute nécessité. La lecture traditionnelle traverse la forme sans la détruire.
Les pages citées ci-dessous sont celles du document numérique, couverture comprise, et peuvent différer de la pagination imprimée. Voir les conventions de citation.
Citations de Guénon
Sous ce rapport, le rite est encore un cas particulier du symbole : c’est, pourrait-on dire, un symbole « agi » (Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, p. 64)
un phénomène naturel peut, aussi bien que n’importe quoi dans l’ordre sensible, être pris pour symboliser une idée ou un principe (Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, p. 65)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
La remarque de Miftāḥ, ici reformulée par l’encyclopédie, rapporte la science opérative des lettres et de leurs nombres au principe de correspondance entre le nom et le nommé. Le nom véritable d’une chose ne procède, dans cette perspective, ni du hasard ni d’une convention humaine absolue : il exprime une détermination et une mesure reçues dans l’ordre de la manifestation.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction L’expression « symbole sensible » est préférable ici à celle de symbole simplement « incarné », qui pourrait faire croire à une matérialisation du principe. Le sensible est le support nécessaire d’une transposition ; il n’en est ni la source ni le terme.
Cette précision règle aussi la lecture des images corporelles dans les textes sacrés. Une main, un œil ou un siège désigne d’abord une fonction. L’erreur commence lorsqu’on transporte la corporéité d’un ordre à l’autre, ou lorsqu’on supprime la fonction réelle sous prétexte de ne garder qu’une métaphore.
Un exemple pour approcher le sens
Une partition n’est pas le son qu’elle note, et les signes écrits ne produisent pas d’eux-mêmes la musique. Pourtant, ils ne sont pas arbitraires au point que n’importe quel signe puisse remplacer n’importe quel autre. Leurs rapports conservent les hauteurs, les durées et les proportions de l’œuvre.
Ainsi agit le symbole traditionnel. Sa matière appartient à un ordre inférieur, mais sa disposition garde quelque chose du rapport supérieur. Celui qui sait le lire ne confond pas la page avec la musique ; il ne jette pas non plus la page comme si elle n’avait aucun lien réel avec ce qu’elle transmet.
Références internes
Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · Aperçus sur l’ésotérisme chrétien · Les langues sacrées · La science des lettres · Le Verbe divin · Critique de l’orientalisme et de la science des religions · Le renversement des symboles · Le Cœur · L’Arbre du Milieu