Définition

La langue sacrée n’est pas seulement une langue ancienne conservée par le culte : elle est ajustée à une forme traditionnelle, transmet ses textes et rend possibles des correspondances symboliques entre le son, la lettre, le nombre et la doctrine.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Symboles fondamentaux de la Science Sacrée et Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, formulée par l'encyclopédie.

Guénon distingue la langue sacrée de la langue simplement liturgique. Une communauté peut fixer une langue ancienne pour garantir la stabilité du rite, même si cette langue n’est pas celle dans laquelle sa révélation ou ses textes fondateurs ont d’abord été exprimés. La fixité est nécessaire, mais elle ne suffit pas à définir le caractère sacré.

Une langue sacrée appartient intimement à la forme traditionnelle dont elle est le véhicule. Ses mots ne sont pas tenus pour des signes arbitraires qui pourraient être remplacés sans perte. Leurs racines, leurs valeurs numériques, leurs figures écrites et leurs possibilités phonétiques forment un réseau de correspondances. C’est sur cette qualité que reposent notamment les sciences des lettres et certaines méthodes kabbalistiques.

La pluralité des langues sacrées répond à celle des formes traditionnelles. Chacune peut être considérée comme une image de la langue originelle, la Parole perdue ou cachée. Aucune langue historique particulière ne doit donc être identifiée sans distinction à cette origine ; elle en offre un reflet approprié à un peuple, à une révélation et à une fonction déterminés.

Le cas chrétien est exceptionnel aux yeux de Guénon. L’Occident chrétien a reçu l’Ancien Testament à travers la tradition hébraïque, tandis que le grec et le latin ont servi à fixer, traduire et célébrer. Il dispose ainsi de langues rituelles d’une haute importance, mais la question d’une langue sacrée propre au christianisme reste ouverte. Le texte grec du Nouveau Testament ne se confond pas nécessairement avec la langue dans laquelle furent prononcées les paroles du Christ.

Traduire un texte sacré demeure possible et souvent nécessaire, mais la traduction n’emporte pas automatiquement toutes les puissances symboliques de l’original. Elle transmet un sens doctrinal selon les ressources d’une autre langue ; elle ne reproduit pas mécaniquement le tissu phonétique, littéral et numérique dans lequel ce sens a pris forme.

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Citations de Guénon

Ces langues sont celles auxquelles on peut donner proprement le nom de « langues sacrées » (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 57)

que le monde occidental n’avait à sa disposition aucune langue sacrée autre que l’hébreu (Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, p. 16)

Dans l’édition arabe

La notice arabe consacrée à ce sujet réunit les références et les développements de cette édition.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La langue sacrée se tient entre deux réductions. La première en fait un code magique dont chaque lettre agirait indépendamment de la doctrine et du rattachement. La seconde n’y voit qu’un idiome historique rendu prestigieux par l’usage religieux.

La position guénonienne exige ensemble une forme, un sens et une transmission. Elle explique pourquoi une étude philologique peut être exacte sans atteindre la science traditionnelle de la langue, et pourquoi une spéculation sur les lettres peut être vaine si elle se détache du texte, du rite et de l’autorité qui en règlent l’emploi.

Références internes

Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · Aperçus sur l’ésotérisme chrétien · Les initiations de métier · Dante · La science des lettres · La Parole perdue · L’Angélologie de l’Alphabet arabe · Le Verbe divin · La tradition · Christianisme