En une phrase
Le cœur corporel est, chez Guénon, le support d’un symbolisme traditionnel qui ne se réduit ni à la physiologie ni à l’affectivité : il représente le centre de l’être et le lieu de la connaissance intellectuelle.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, formulée par l'encyclopédie.
Le déplacement à opérer est d’abord négatif. La langue moderne a fait du cœur l’organe du sentiment et opposé le cœur à la tête comme on oppose l’émotion à l’intelligence. Cette opposition est étrangère aux doctrines traditionnelles, et Guénon y voit un renversement caractéristique : ce que les Anciens attribuaient au cœur n’était pas le sentiment, mais l’intelligence dans son sens le plus haut, celle qui connaît par saisie directe et non par raisonnement.
Trois traits en découlent.
- La centralité. Le cœur est au corps ce que le centre est au cercle : non pas une partie parmi d’autres, mais le point de référence de toutes les autres. C’est pourquoi le symbolisme du cœur et celui du centre du monde se recouvrent constamment.
- La fonction cognitive. Il est le lieu de l’intuition intellectuelle, et non de la raison discursive. Les expressions traditionnelles d’« œil du cœur » disent exactement cela : un organe de vision, non d’affection.
- La correspondance des figures. La caverne, l’œuf du monde, la coupe et le triangle inversé sont autant de représentations du même lieu, saisi sous des rapports différents. Guénon les traite comme un seul dossier symbolique et non comme des images séparables.
Le cas du Paradis terrestre montre la portée de l’équivalence : ce n’est pas une comparaison poétique entre un jardin et un organe, mais l’identification d’un même centre sous deux langages, cosmologique et anthropique.
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Citations de Guénon
Le Paradis terrestre, en effet, était véritablement le « Centre du Monde », partout assimilé symboliquement au Cœur divin (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 31)
lorsqu’on trouve partout de telles concordances, n’y a-t-il pas là plus qu’un simple indice de l’existence d’une tradition primordiale ? (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 36)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Ce symbole est le point où l’édition française et l’édition arabe se rejoignent le plus étroitement, parce que le vocabulaire coranique du qalb comme organe de l’entendement recouvre plusieurs aspects de ce que Guénon veut restituer contre l’usage moderne. La comparaison éclaire les deux vocabulaires sans présumer des connaissances du lecteur selon sa langue.
C’est aussi ce qui rend le symbole utile comme porte d’entrée. Qui a compris que le cœur désigne le lieu de la connaissance et non celui du sentiment a compris du même coup pourquoi Guénon refuse de ranger la métaphysique du côté de la mystique, et pourquoi il tient l’intuition intellectuelle pour un mode de connaissance et non pour un mouvement de l’âme.
Un exemple pour approcher le sens
Considérons une roue tournant autour d’un axe fixe. La jante, les rayons et le moyeu matériel tournent ; le centre géométrique, lui, demeure au même emplacement. C’est ce centre idéal, et non une pièce supposée immobile, qui sert ici de support à la comparaison.
Le cœur, dans le symbolisme traditionnel, occupe cette place dans l’être. Les pensées passent, les émotions se succèdent, les états changent. Ce qui connaît ne change pas, et c’est de là que le reste tient sa cohérence. Dire que le cœur est le centre n’est donc pas dire qu’il est le plus intense des mouvements de l’âme : c’est dire qu’il n’est pas du tout de leur ordre.
Références internes
Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · Le Symbolisme de la Croix · Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · L’Homme Universel · L’intuition intellectuelle · Le Centre spirituel · Mohyiddin ibn Arabi · L’Éther dans le cœur · Vêdânta · La Caverne