En une phrase

Les influences errantes sont des forces subtiles non individualisées qui circulent dans le domaine psychique, peuvent se condenser sur des supports ou emprunter une apparence personnelle, et ne doivent jamais être prises pour des réalités spirituelles.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans L'Erreur spirite, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps et Mélanges, formulée par l'encyclopédie.

Guénon reprend à la tradition extrême-orientale la désignation d’« influences errantes ». Elle s’applique à des énergies du domaine subtil qui ne constituent pas par elles-mêmes des individualités conscientes. Leur existence n’est pas spirituelle; elle relève du psychisme cosmique, comme certaines forces corporelles relèvent du monde sensible. Leur subtilité élargit leur champ d’action sans les élever au-dessus de la manifestation individuelle.

Ces influences ont plusieurs provenances. Certaines appartiennent au milieu subtil lui-même. D’autres résultent de la désagrégation d’éléments psychiques qui furent liés à des êtres vivants. Après la mort, de tels résidus peuvent conserver des impressions, des habitudes ou des fragments de mémoire sans que l’esprit du défunt soit présent. Leur animation momentanée suffit à produire une apparence de personnalité.

Le médium fournit alors un support et une conscience d’emprunt. Sa passivité permet aux influences de se combiner avec ses propres éléments psychiques et avec ceux des assistants. Les communications obtenues peuvent contenir des données reconnaissables, précisément parce que des traces individuelles ou des contenus pris aux participants entrent dans leur composition. Cela ne prouve pas que l’âme du mort parle par le médium.

La magie traditionnelle connaît des lois de condensation, de fixation et de dissolution de ces forces. Certains objets, substances ou lieux servent de « condensateurs ». Cette connaissance opérative ne doit pas être confondue avec l’action des influences spirituelles. Une force psychique peut produire un effet extraordinaire, imiter extérieurement une guérison ou une manifestation, et rester de l’ordre le plus inférieur.

Le danger tient autant à leur action qu’à leur interprétation. Les influences les plus proches du monde corporel sont les plus faciles à manifester et aussi les plus basses. La curiosité expérimentale les attire sans savoir les diriger ni les renvoyer. Le phénomène médiumnique place ainsi l’expérimentateur dans une relation avec un milieu dont il ignore les lois, puis lui fait prendre l’incohérence produite pour un enseignement venu d’en haut.

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Citations de Guénon

C’est dans cette catégorie qu’il faut ranger toutes les forces auxquelles la tradition extrême-orientale donne la dénomination générique d’« influences errantes », forces dont le maniement constitue la partie la plus importante de la magie (L’Erreur spirite, p. 75)

Or ces forces sont précisément les plus inférieures de toutes, donc celles dont les effets peuvent être les plus funestes et devraient être évités le plus soigneusement ; elles correspondent, dans l’ordre cosmique (L’Erreur spirite, p. 75)

Le magicien, qui connaît les lois des « influences errantes », peut les fixer par divers procédés (L’Erreur spirite, p. 76)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La notion d’influence errante donne une explication intermédiaire entre deux conclusions hâtives: nier le phénomène parce qu’il ne cadre pas avec la physique ordinaire, ou l’attribuer à l’esprit d’un mort parce qu’il produit une apparence personnelle. Guénon maintient la réalité possible du fait tout en contestant l’interprétation spirite.

Le mot « force » ne doit pas faire supposer une énergie physique encore inconnue et mesurable par les mêmes instruments. Il est analogique. Les lois du subtil ont leurs correspondances dans l’ordre corporel, mais leur domaine, leurs supports et leurs modes d’action diffèrent. Une ressemblance d’effet ne permet pas d’identifier les causes.

Un exemple pour approcher le sens

Un tourbillon de poussière reçoit momentanément une forme stable. Il se déplace, rencontre des objets et paraît presque agir comme une unité. Pourtant aucune personne ne se trouve au centre du tourbillon; sa forme résulte de forces et de matériaux réunis pour un temps.

Une influence errante peut de même emprunter des souvenirs, une voix et les dispositions d’un médium pour composer une personnalité apparente. La cohérence partielle de cette figure ne prouve pas l’identité qu’elle revendique. Lorsque les conditions cessent, l’assemblage se défait, comme la poussière retombe après le passage du vent.

Références internes

L’Erreur spirite · Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Mélanges · La confusion du psychique et du spirituel · Le néo-spiritualisme · La spiritualité à rebours · Communication avec les morts et évocation spirite · La contre-initiation · Er-Rûh