La question
Guénon reçoit l’islam en 1912 et vit au Caire de 1930 à sa mort. Son vocabulaire métaphysique recoupe en plusieurs points celui de la tradition akbarienne : l’Homme Universel répond à l’insān al-kāmil, les états multiples de l’être aux degrés de l’Existence, la science des lettres au ʿilm al-ḥurūf.
De là une lecture qui traverse toute l’édition arabe de cette encyclopédie, et qui pose une question précise : où finit la correspondance établie et où commence la correspondance supposée.
Ce que cette lecture apporte
Position de l'encyclopédie, formulée à partir des traductions et des préfaces du Cheikh Meftah.
Elle apporte d’abord un vocabulaire de comparaison. Guénon donne à la « réalisation » un sens technique qu’il précise au fil de ses ouvrages. Le terme arabe taḥaqquq permet de rapprocher cet usage du lexique de la gnose. Ce rapprochement demande d’examiner les contextes : il ne suffit pas, à lui seul, à établir une identité doctrinale.
Elle apporte ensuite une profondeur de champ. Là où Guénon renvoie brièvement à un point de doctrine, le lecteur akbarien sait quel développement se tient derrière, et peut indiquer le chapitre des Futūḥāt où il se trouve.
Le titre que le traducteur a donné au Symbolisme de la Croix, Rumūz al-insān al-kāmil, est l’exemple le plus net de ce que cette lecture voit et de ce qu’elle décide.
Notes du Cheikh ʿAbd al-Bāqī Miftāḥ
Le passage qui suit est traduit de l’arabe, et n’a donc pas d’original français vérifiable. Il explique pourquoi le titre du livre a été rendu par celui de son sujet plutôt que par celui de sa figure.
Pour ces raisons, j’ai préféré, en traduisant le titre du livre, en exprimer l’esprit et le pôle autour duquel il tourne : l’Homme parfait, réalisé dans la perfection de l’Unification (Rumūz al-insān al-kāmil, préface du traducteur)
Source arabe : رموز الإنسان الكامل, préface du traducteur, paragraphe commençant par « لهذه الأسباب فضلتُ في ترجمة عنوان الكتاب التعبيرعن روحه وقطب مداره ». La citation française est un extrait traduit par la rédaction ; la phrase arabe poursuit avec l’intégration des degrés de l’existence, horizontalement et verticalement.
Ce qu’elle risque
note de la rédaction Le risque est inscrit dans la force de la méthode. Un lecteur qui dispose d’un vocabulaire complet trouve toujours où loger ce qu’il lit, et la correspondance qu’il établit peut être une reconnaissance ou une projection, sans que rien dans la langue ne l’avertisse de la différence.
Guénon a lui-même posé la règle qui permet de trancher, et il l’a posée contre un adversaire précis : la comparaison éclaire tant qu’elle reste une synthèse, et cesse d’éclairer dès qu’elle devient un assemblage.
Les pages citées ci-dessous sont celles du document numérique, couverture comprise, et peuvent différer de la pagination imprimée. Voir les conventions de citation.
Citations de Guénon
il ne faut pas confondre le « syncrétisme » avec la véritable synthèse. (Formes traditionnelles et cycles cosmiques, p. 42)
La règle que cette encyclopédie applique
Trois conditions, qui valent pour l’édition française comme pour l’arabe.
- Une correspondance se cite. Dire que Guénon rejoint Ibn Arabi sur un point demande qu’on indique le passage de l’un et celui de l’autre. Sans les deux références, la phrase reste une impression.
- La voix se signale. Ce que le Cheikh Meftah avance est marqué comme traduit de l’arabe. Le lecteur doit toujours savoir s’il lit Guénon, son traducteur, ou la rédaction.
- L’écart se conserve. Là où les deux doctrines ne se recouvrent pas exactement, la page le dit au lieu de lisser. L’intérêt de la comparaison tient précisément à ce qui résiste.
La consultation des deux éditions permet de comparer l’original français, sa traduction et son commentaire. Cette distinction des voix concerne tous les lecteurs, quelle que soit leur langue de départ.
Références internes
Lire Guénon après Guénon · Le Cheikh ʿAbd al-Bāqī Meftah · Mohyiddin ibn Arabi · Les Futūḥāt al-Makkiyya · L’Homme Universel · La science des lettres · Le Symbolisme de la Croix