En une phrase

L’Homme Universel n’est pas l’homme moralement accompli : c’est l’être qui s’est effectivement réalisé dans tous les états de l’existence, et qui rassemble en lui ce qui demeure dispersé dans le reste de la manifestation.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Le Symbolisme de la Croix et Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.

Trois caractères, chez Guénon, définissent l’Homme Universel, et chacun en découvre une face.

  1. La totalisation. Il est l’être réalisé dans la multiplicité des états. Il ne demeure pas dans le seul état humain : il s’étend aux états supra-individuels sans se retrancher de ceux qui lui sont inférieurs. Il parcourt l’arc entier.
  2. La centralité. Sa place n’est pas à la circonférence mais au centre. De là vient que tous les symboles centraux le désignent : la croix comme point d’intersection, l’arbre du milieu comme axe, le pôle comme ce qui demeure immobile pendant que tourne le monde.
  3. La figuration géométrique. Guénon le représente par la croix parce qu’elle réunit deux dimensions : l’horizontale, qui figure l’étendue d’un état unique, et la verticale, qui figure la hiérarchie des états. L’Homme Universel est leur intersection, portant les deux extensions à la fois.

D’où la fonction complémentaire des deux livres. Les États multiples de l’être fournit le terrain métaphysique : comment les états se hiérarchisent et comment l’être s’y élève. Le Symbolisme de la Croix, dont le titre arabe retenu par le traducteur est précisément Rumūz al-insān al-kāmil, fournit le terrain symbolique : sous quelle figure les traditions ont reconnu cet être. Le premier dit ce qu’il est, le second sous quel signe on le lit.

Il faut se garder d’un contresens que Guénon prévient lui-même : parler de l’homme au centre n’est pas placer l’individu humain au centre du monde. La transposition est analogique, et c’est l’homme en tant que forme totale, non l’individu, qui donne son nom au symbole.

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Citations de Guénon

À cet égard, il ne peut donc être question d’anthropocentrisme que dans un sens restreint et relatif, mais cependant suffisant pour justifier la transposition analogique à laquelle donne lieu la notion de l’homme (Le Symbolisme de la Croix, p. 105)

il est enseigné que l’« Homme Universel », en tant qu’il est représenté par l’ensemble « Adam-Ève », a le nombre d’Allah, ce qui est bien une expression de l’« Identité Suprême » (Le Symbolisme de la Croix, p. 16)

Dans la réalisation totale de l’être, il y a lieu d’envisager l’union de deux aspects qui correspondent en quelque sorte à deux phases de celle-ci, l’une « ascendante » et l’autre « descendante ». (Recueil posthume, Articles, p. 765)

Notes du Cheikh ʿAbd al-Bāqī Miftāḥ

Le traducteur arabe n’a pas rendu le titre Le Symbolisme de la Croix littéralement : il l’a rendu par Rumūz al-insān al-kāmil, « les symboles de l’Homme parfait ». Il s’en explique dans sa préface. Le passage qui suit est traduit de l’arabe, et n’a donc pas d’original français vérifiable.

Pour ces raisons, j’ai préféré, en traduisant le titre du livre, en exprimer l’esprit et le pôle autour duquel il tourne : l’Homme parfait, réalisé dans la perfection de l’Unification (Rumūz al-insān al-kāmil, préface du traducteur)

Source arabe : رموز الإنسان الكامل, préface du traducteur, paragraphe commençant par « لهذه الأسباب فضلتُ في ترجمة عنوان الكتاب التعبيرعن روحه وقطب مداره ». La citation française est un extrait traduit par la rédaction ; la phrase arabe poursuit avec l’intégration des degrés de l’existence, horizontalement et verticalement.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Ce choix de titre porte un jugement d’interprétation lourd. Le traducteur y décide que la croix n’est pas le sujet du livre mais son moyen : le sujet est l’Homme Universel, et la croix en est la figure. Il lit donc l’ouvrage comme un livre de métaphysique akbarienne, écrit dans une langue géométrique parce qu’elle est plus précise que la langue du discours.

Le lecteur français est ici dans une position que le lecteur arabe n’a pas. Il tient le texte de Guénon sous son titre propre, et peut mesurer l’écart entre ce que Guénon a écrit et ce qu’une lecture akbarienne y reconnaît. L’écart n’est pas une infidélité : c’est le lieu même où les deux éditions de cette encyclopédie se répondent.

Un exemple pour approcher le sens

Prenez le plan d’une ville, où figurent chaque rue et chaque place. Le plan n’est pas la ville, qui lui est infiniment supérieure ; mais il en contient l’image entière sur un carré de papier. Qui le possède comprend la ville sans en avoir parcouru toutes les rues.

L’homme, chez Guénon, est fait comme ce plan du monde : il porte en lui ce qui est en haut et ce qui est en bas. L’homme ordinaire vit sans le savoir, occupé d’une seule chambre qu’il prend pour la maison entière. L’Homme Universel est celui qui s’est réalisé dans le plan tout entier, ayant reconnu chaque quartier du petit monde qu’il est sur son répondant dans le grand.

Références internes

Le Symbolisme de la Croix · Les États multiples de l’être · L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · Recueil posthume, Articles · Les états multiples de l’être · La Croix · L’Arbre du Milieu · Le Centre spirituel · Le Pôle