En une phrase

Mohyiddin ibn Arabi est, pour Guénon, un maître de métaphysique et d’initiation dont l’enseignement manifeste l’unité profonde de la doctrine spirituelle, de la cosmologie et des sciences traditionnelles.

Exposé métaphysique

Synthèse de la place de Mohyiddin ibn Arabi dans Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, Le Symbolisme de la Croix et Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.

Né à Murcie en 1165, formé en Andalousie, puis établi en Orient jusqu’à sa mort à Damas en 1240, Mohyiddin ibn Arabi a reçu dans la tradition islamique le titre de Cheikh al-Akbar, le plus grand Maître. Ses deux ouvrages les plus connus, les Futûhât al-Makkiyya et les Fusûs al-Hikam, ne sont pourtant pas, chez Guénon, de simples autorités historiques. Ils servent à reconnaître une structure doctrinale toujours vivante.

Cette structure se laisse saisir sous trois rapports.

  1. L’unité des degrés de la connaissance. La doctrine métaphysique est au sommet, mais elle n’abolit pas la cosmologie, l’astrologie traditionnelle, la géométrie symbolique ou la science des lettres. Ces sciences traduisent les mêmes principes dans des ordres différents.
  2. L’articulation de l’extérieur et de l’intérieur. Le traité intitulé L’Écorce et le Noyau fournit à Guénon une image précise : la loi extérieure enveloppe et protège la voie intérieure, tandis que celle-ci conduit à la connaissance du cœur de la tradition. L’écorce n’est pas le noyau, mais le noyau ne se présente pas sans enveloppe.
  3. La doctrine de l’être total. L’Homme Universel, les essences principiellement contenues dans la Science divine, la hiérarchie des états et la fonction polaire appartiennent au langage akbarien auquel les exposés métaphysiques de Guénon font souvent écho.

Il serait donc erroné de réduire Ibn Arabi au mysticisme entendu comme domaine du sentiment ou de l’expérience individuelle. Guénon le situe expressément sur le terrain métaphysique et initiatique. C’est précisément cette position qui rend intelligible la présence, dans une même œuvre, de considérations sur la réalisation spirituelle et de sciences que l’érudition moderne croit étrangères à la spiritualité.

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Citations de Guénon

Récemment encore, nous avions un exemple de cette incompréhension dans une étude consacrée à Mohyiddin ibn Arabi, et dont l’auteur s’étonnait de trouver chez celui-ci, à côté de la doctrine purement spirituelle (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 29)

Il y avait d’ailleurs là une double méprise, car la partie proprement spirituelle de l’enseignement de Mohyiddin était elle-même présentée comme « mystique », alors qu’elle est essentiellement métaphysique et initiatique (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 29)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.

Le présent aperçu est reformulé par l’encyclopédie dans sa substance. Miftāḥ souligne qu’Ibn Arabi n’est pas seulement cité par Guénon à propos de L’Écorce et le Noyau et de la science des lettres : il fournit le vocabulaire doctrinal par lequel les notions d’Homme Universel, d’essences immuables, de Pôle et de Réalité muhammadienne peuvent être replacées dans leur milieu islamique. Pour le commentateur, la confrontation n’est donc pas un rapprochement extérieur entre deux auteurs, mais l’explicitation d’une communauté de principes.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La fonction d’Ibn Arabi dans cette encyclopédie est celle d’un foyer doctrinal. Guénon fournit une langue française d’une grande rigueur, Miftāḥ rapporte cette langue aux catégories de l’école akbarienne, et l’œuvre du Cheikh al-Akbar permet de contrôler que ces catégories ne sont pas des inventions modernes.

Cette fonction exige toutefois une prudence. La conformité de structure ne signifie ni que Guénon paraphrase constamment Ibn Arabi, ni que tout terme de l’un puisse être substitué mécaniquement à un terme de l’autre. Elle indique plutôt un même ordre intellectuel, où la connaissance est inséparable de la réalisation et où le symbole est un moyen de connaissance, non un ornement.

Un exemple pour approcher le sens

Imaginez une bibliothèque dont les livres traiteraient séparément de géométrie, de langage, de cosmologie et de vie spirituelle. Un lecteur moderne y verrait quatre rayons indépendants. Ibn Arabi en montre le catalogue intérieur : les quatre rayons procèdent d’une même science des principes et décrivent, chacun dans sa langue, une même architecture du réel.

Guénon ne se sert donc pas du Cheikh al-Akbar comme d’une citation prestigieuse. Il le lit comme celui qui rend visible l’unité de cette bibliothèque.

Références internes

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · Le Symbolisme de la Croix · Les États multiples de l’être · La science des lettres · Le Pôle · L’Homme Universel · les Possibilités éternelles de l’Être · Et-Tawhîd · La tarîqah · La Pauvreté spirituelle