Définition
Les Fuçûç el-Hikam exposent, sous la forme de vingt-sept « chatons » prophétiques, les sagesses distinctes par lesquelles l’unique Verbe divin se manifeste dans la série des prophètes.
Exposé métaphysique
Synthèse de la place d'Ibn ʿArabī chez Guénon dans Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, Mélanges et la Correspondance avec Ananda Coomaraswamy, appliquée à la structure propre des Fuçûç el-Hikam.
Le titre unit deux idées. Le façç est le chaton dans lequel une pierre est sertie, ou la partie d’un sceau qui reçoit l’empreinte. La hikma est la sagesse. Chaque chapitre présente ainsi une sagesse déterminée dans la « parole » d’un prophète, depuis la sagesse divine dans la parole d’Adam jusqu’à la sagesse singulière dans la parole de Muhammad.
Cette pluralité ne fragmente pas la doctrine. Elle montre comment une réalité unique reçoit des déterminations différentes selon les réceptacles qui la manifestent.
- Les paroles prophétiques. Le prophète n’est pas seulement un individu historique. Il est envisagé comme une parole ou un verbe où se révèle une sagesse déterminée. Le récit sacré devient ainsi support d’une doctrine des états et des fonctions spirituelles.
- Le sceau et le réceptacle. Le chaton reçoit une pierre et porte une empreinte. Il figure la réceptivité parfaite d’une forme prophétique à la sagesse qui lui correspond, sans que cette forme épuise la sagesse divine.
- L’unité et la distinction. Les sagesses ne sont ni confondues ni séparées. Chacune possède sa modalité propre, tandis que leur principe demeure un. La multiplicité des prophètes exprime donc l’articulation interne d’une connaissance unique.
- L’achèvement muhammadien. Le dernier chapitre a une fonction récapitulative. La réalité muhammadienne contient principiellement les modalités prophétiques que le livre a successivement exposées, ce qui la rattache à la doctrine de l’Homme Universel.
Guénon ne consacre pas aux Fuçûç un commentaire continu. Ses mentions d’Ibn ʿArabī suffisent néanmoins à situer le livre : l’enseignement du Cheikh al- Akbar est métaphysique et initiatique, et ses sciences symboliques ne sont pas des ajouts étrangers à la doctrine. Elles en sont des applications régulières. Le miroir, l’œil, le sceau, les lettres et les nombres appartiennent ainsi à un langage de connaissance, non à une ornementation poétique.
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Citations de Guénon
Mohyiddin ibn Arabi, dans ses « Fuçûç el-Hikam », tire des conséquences assez remarquables. (Correspondance avec Ananda Coomaraswamy, p. 142)
Elle est essentiellement métaphysique et initiatique. (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 29)
Rien ne peut être hors de l’Infini. (Mélanges, p. 35)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Chaque proposition a été confrontée le 7 octobre 2026 aux notes et présentations du traducteur, dont la référence suit la phrase ; la notice arabe consacrée à ce sujet réunit le dossier complet.
Dans ses notes, le traducteur renvoie à plusieurs reprises aux Fuçûç al-hikam pour éclairer des textes de Guénon. À propos de l’Homme universel, il renvoie au premier chapitre, la sagesse divine dans la parole adamique (La Grande Triade, note du traducteur au chap. 1). Il signale aussi que, dans son propre ouvrage sur les Fuçûç, il met en correspondance vingt-huit noms divins, vingt-huit degrés de l’existence cosmique et vingt-huit lettres avec vingt-sept prophètes, à raison d’un chapitre par prophète, le vingt-huitième étant le saint qui scelle, ainsi qu’avec des sourates, chaque chapitre ayant la sienne (Le Symbolisme de la Croix, note du traducteur). Parmi les ascensions des gnostiques décrites par Ibn ʿArabī, il distingue l’ascension héritée, à travers les présences des prophètes et des parfaits, où le cheminant reçoit son héritage d’eux selon sa prédisposition, et en situe l’exposé notamment dans les Fuçûç (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, annexe du traducteur sur les ascensions des gnostiques chez Ibn ʿArabī).
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le livre ne doit pas être traité comme un catalogue de vingt-sept doctrines indépendantes. Son unité réside dans la relation entre sagesse, parole et réceptacle. Chaque chapitre montre la même vérité sous une détermination nouvelle, et la série entière conduit à une synthèse.
Cette structure explique sa fécondité pour la présente encyclopédie. Les notions de Réalité muhammadienne, de monde subtil et d’Homme Universel n’y sont pas juxtaposées. Elles appartiennent à une même doctrine de la manifestation du Verbe dans des formes distinctes.
Références internes
Ibn ʿArabī · La Réalité muhammadienne · Le monde subtil · L’Homme Universel · Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · Correspondance avec Ananda Coomaraswamy · Le Cheikh ʿAbd al-Bāqī Miftāḥ · Le Verbe divin · Les hiérarchies spirituelles