Définition

Le khayâl est le monde des formes subtiles, intermédiaire entre les corps sensibles et les réalités informelles, et non la simple faculté individuelle de produire des images fictives.

Exposé métaphysique

Synthèse de la doctrine de la manifestation subtile dans Les États multiples de l'être et L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, mise en rapport avec le vocabulaire akbarien transmis dans Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme.

Le français « imagination » crée ici une difficulté. Dans son usage courant, il désigne une faculté psychologique qui combine des images reçues par les sens. Le khayâl des auteurs akbariens peut désigner cette faculté, mais il nomme surtout un degré objectif de la manifestation. « Monde subtil » est le terme guénonien qui en fixe le mieux la place.

  1. Un monde, non une invention. Les formes subtiles ne dépendent pas toutes de celui qui les imagine. Elles appartiennent à un domaine de possibilités réelles, même lorsqu’elles ne sont pas perceptibles aux sens corporels.
  2. Une position intermédiaire. L’état subtil est formel comme l’état corporel, mais il n’est pas grossier. Il se situe au-dessus de ce dernier et au-dessous de la manifestation informelle. Cette position explique sa fonction de passage.
  3. La descente des significations. Une réalité intelligible peut se revêtir d’une forme dans le monde subtil avant de recevoir une expression corporelle. Les visions symboliques et les songes véridiques relèvent de ce processus lorsque leur origine dépasse l’imagination individuelle.
  4. La remontée par l’interprétation. La forme subtile n’est pas un terme. Elle doit être reconduite au sens qui s’y exprime. L’interprétation traditionnelle accomplit ce mouvement ascendant, de l’image vers son principe.

Le monde subtil correspond donc au barzakh considéré du côté des formes. Comme tout intermédiaire, il comporte des possibilités supérieures et inférieures. Une image peut transmettre une signification supra-individuelle ; elle peut aussi provenir de la mémoire, du désir, de la suggestion ou d’influences psychiques errantes.

La distinction ne se fait pas par l’intensité. Une vision éclatante n’est pas nécessairement plus vraie qu’une image discrète, et un phénomène inexplicable par les seules causes corporelles n’est pas pour autant spirituel. Le monde subtil dépasse le sensible, mais la métaphysique dépasse à son tour le subtil.

Les pages citées ci-dessous sont celles du document numérique, couverture comprise, et peuvent différer de la pagination imprimée. Voir les conventions de citation.

Citations de Guénon

Il se situe hiérarchiquement entre ce dernier et la manifestation informelle. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 36)

L’état subtil est proprement le domaine de la ψυχή et non celui du νοῦς. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 61)

On peut dire aussi que le nom correspond à l’état subtil, et la forme à l’état grossier. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 121)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Chaque proposition a été confrontée le 7 octobre 2026 aux notes et présentations du traducteur, dont la référence suit la phrase ; la notice arabe consacrée à ce sujet réunit le dossier complet.

Selon la note du traducteur, les trois mondes sont le mulk, le malakūt et le jabarūt, ce qui correspond au corps, à l’âme et à l’esprit, ou encore à la sensation, à l’imagination et au sens (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, note du traducteur au chap. 11). Dans une annexe au chap. 7 des États multiples de l’être, Miftāḥ cite Ibn ʿArabī (chapitre d’Isaac des Fuṣūṣ al-ḥikam) sur la faculté imaginative : par le wahm, chacun crée dans la puissance de son imagination ce qui n’existe que là, tandis que le gnostique crée par la himma ce qui a une existence hors du lieu de la himma (Les États multiples de l’être, annexe du traducteur au chap. 7).

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Employer « monde imaginal » peut aider à éviter le sens de « fictif », mais l’expression reste postérieure à Guénon. Le titre retient donc d’abord son vocabulaire de « monde subtil », puis indique entre parenthèses le terme akbarien auquel Miftāḥ le rapporte.

La page complète celle du barzakh. Le barzakh décrit la fonction de séparation et de médiation ; le khayâl décrit le contenu formel de ce domaine. La même réalité est ainsi envisagée sous le rapport de sa position puis sous celui des images qui s’y déploient.

Références internes

Le barzakh · Fuçûç el-Hikam · Les États multiples de l’être · L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Le Roi du Monde · ʿAbd al-Karīm al-Jīlī · La confusion du psychique et du spirituel · Les états multiples de l’être · Hylè et materia prima