En une phrase
Le khayâl est le monde des formes subtiles, intermédiaire entre les corps sensibles et les réalités informelles, et non la simple faculté individuelle de produire des images fictives.
Exposé métaphysique
Synthèse de la doctrine de la manifestation subtile dans Les États multiples de l'être et L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, mise en rapport avec le vocabulaire akbarien transmis dans Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme.
Le français « imagination » crée ici une difficulté. Dans son usage courant, il désigne une faculté psychologique qui combine des images reçues par les sens. Le khayâl des auteurs akbariens peut désigner cette faculté, mais il nomme surtout un degré objectif de la manifestation. « Monde subtil » est le terme guénonien qui en fixe le mieux la place.
- Un monde, non une invention. Les formes subtiles ne dépendent pas toutes de celui qui les imagine. Elles appartiennent à un domaine de possibilités réelles, même lorsqu’elles ne sont pas perceptibles aux sens corporels.
- Une position intermédiaire. L’état subtil est formel comme l’état corporel, mais il n’est pas grossier. Il se situe au-dessus de ce dernier et au-dessous de la manifestation informelle. Cette position explique sa fonction de passage.
- La descente des significations. Une réalité intelligible peut se revêtir d’une forme dans le monde subtil avant de recevoir une expression corporelle. Les visions symboliques et les songes véridiques relèvent de ce processus lorsque leur origine dépasse l’imagination individuelle.
- La remontée par l’interprétation. La forme subtile n’est pas un terme. Elle doit être reconduite au sens qui s’y exprime. L’interprétation traditionnelle accomplit ce mouvement ascendant, de l’image vers son principe.
Le monde subtil correspond donc au barzakh considéré du côté des formes. Comme tout intermédiaire, il comporte des possibilités supérieures et inférieures. Une image peut transmettre une signification supra-individuelle ; elle peut aussi provenir de la mémoire, du désir, de la suggestion ou d’influences psychiques errantes.
La distinction ne se fait pas par l’intensité. Une vision éclatante n’est pas nécessairement plus vraie qu’une image discrète, et un phénomène inexplicable par les seules causes corporelles n’est pas pour autant spirituel. Le monde subtil dépasse le sensible, mais la métaphysique dépasse à son tour le subtil.
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Citations de Guénon
Il se situe hiérarchiquement entre ce dernier et la manifestation informelle. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 36)
L’état subtil est proprement le domaine de la ψυχή et non celui du νοῦς. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 61)
On peut dire aussi que le nom correspond à l’état subtil, et la forme à l’état grossier. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 121)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Les précisions terminologiques de cette section sont reformulées par l’encyclopédie. Miftāḥ rappelle la correspondance des trois mondes : corps, âme et esprit ; ou encore sensation, imagination et signification. Il distingue le khayâl muttasil, imagination liée à un individu, du khayâl munfasil, monde des formes subtiles qui ne dépend pas de cet individu pour exister.
Il ajoute une distinction empruntée au vocabulaire akbarien entre le wahm, qui produit dans la faculté imaginative des formes sans existence extérieure, et la himma de l’être réalisé, dont l’efficacité dépasse le seul siège psychique. Ces distinctions ne dispensent jamais d’un critère traditionnel ; elles rendent au contraire plus rigoureux l’examen des phénomènes.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Employer « monde imaginal » peut aider à éviter le sens de « fictif », mais l’expression reste postérieure à Guénon. Le titre retient donc d’abord son vocabulaire de « monde subtil », puis indique entre parenthèses le terme akbarien auquel Miftāḥ le rapporte.
La page complète celle du barzakh. Le barzakh décrit la fonction de séparation et de médiation ; le khayâl décrit le contenu formel de ce domaine. La même réalité est ainsi envisagée sous le rapport de sa position puis sous celui des images qui s’y déploient.
Un exemple pour approcher le sens
Un sens intellectuel n’a par lui-même ni couleur ni contour. Pour être montré, il reçoit une figure : la justice devient une balance, la centralité un point, la connaissance une lumière. La figure n’est ni le sens pur ni un objet ordinaire choisi au hasard. Elle occupe une position médiane.
Le monde subtil accomplit universellement une fonction analogue. Il donne une forme aux significations et permet aux formes d’être lues au-delà de leur apparence. S’arrêter à l’image produit l’idolâtrie ; nier l’image prive l’intelligence d’un support de passage.
Références internes
Le barzakh · Fuçûç el-Hikam · Les États multiples de l’être · L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Le Roi du Monde · ʿAbd al-Karīm al-Jīlī · La confusion du psychique et du spirituel · Les états multiples de l’être · Hylè et materia prima