En une phrase
La chirologie islamique lit la main comme une synthèse de correspondances entre les noms divins, les cieux, les prophètes et les dispositions humaines, non comme un procédé isolé de prédiction individuelle.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, formulée par l'encyclopédie.
Guénon prend la chirologie pour exemple d’une science traditionnelle. Une telle science n’ajoute pas des curiosités occultes à une doctrine métaphysique qui pourrait s’en passer. Elle en découle comme une application contingente : les principes fournissent les correspondances, et une forme traditionnelle précise les symboles, les nombres et les méthodes selon lesquels elles deviennent lisibles.
La disposition des lignes principales de la main fournit la première correspondance. La gauche dessine le nombre 81, la droite le nombre 18, et leur somme donne 99, nombre des noms divins attributifs. Les doigts eux-mêmes figurent le nom d’Allah. La main est ainsi comprise comme un sceau et comme une image réduite d’un ordre qui la dépasse.
Une seconde série rapporte les parties de la main aux sept planètes et aux sept cieux. À chacun préside un prophète : Adam pour la Lune, Jésus pour Mercure, Joseph pour Vénus, Idris pour le Soleil, David pour Mars, Moïse pour Jupiter et Abraham pour Saturne. Les qualités et sciences attribuées à chaque prophète se rapportent à l’influence correspondante.
Les quatre-vingt-dix-neuf noms sont distribués selon le même septénaire : quinze au ciel central du Soleil et quatorze à chacun des six autres. Les signes observés dans une région de la main indiquent alors une proportion de qualités rapportées à ce ciel. Cette lecture suppose un réseau doctrinal et numérique; elle ne consiste pas à attacher arbitrairement une prédiction à une ligne de peau.
La main gauche se rapporte aux caractères innés, la droite aux caractères acquis et changeants. Cette distinction introduit une dynamique entre disposition et acquisition. Elle empêche de comprendre la science comme l’énoncé d’un destin mécanique fixé une fois pour toutes.
Enfin, la méthode est liée au monde islamique. Les noms divins, les prophètes, les valeurs numériques des lettres arabes et leur ordonnance ne peuvent être transportés tels quels dans une autre civilisation. Une science traditionnelle dégénère lorsqu’elle perd le principe et la forme dont elle était l’application. Guénon indique que les données de son article viennent de traités inédits du cheikh Sîdî ʿAlî Nûr al-Dîn al-Bayûmî, et non d’un manuel moderne de divination.
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Citations de Guénon
La chirologie, si étrange que cela puisse sembler à ceux qui n’ont aucune notion de ces choses, se rattache directement, sous sa forme islamique, à la science des noms divins. (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 29)
L’examen de la main gauche indique la « nature » (et-tabiyah) du sujet, c’est-à-dire l’ensemble des tendances, dispositions ou aptitudes qui constituent en quelque sorte ses caractères innés. (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 31)
Celui de la main droite fait connaître les caractères acquis (el-istiksâb). (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 31)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le lecteur moderne est tenté par deux réductions contraires. L’une rejette toute chirologie comme superstition; l’autre accepte sans contrôle n’importe quelle lecture de la main. Guénon ne justifie ni l’une ni l’autre. Il décrit une science régulière dont la validité dépend d’un système doctrinal, d’une adaptation traditionnelle et de données transmises.
La main devient dans ce cadre un petit monde. Ses parties ne causent pas les réalités auxquelles elles correspondent; elles les représentent dans un ensemble où le corps humain, le cosmos et les noms sont ordonnés par des rapports communs.
Un exemple pour approcher le sens
Une carte céleste et une partition musicale sont toutes deux couvertes de signes. Celui qui ignore leurs conventions n’y voit que des traits; celui qui invente librement leur sens n’y lit rien de plus. La lecture véritable exige la science qui relie chaque signe à un ordre déterminé.
La main joue ici le rôle d’une telle carte. Elle n’annonce pas l’avenir par elle-même; elle devient intelligible dans une cosmologie et une science des noms qui en donnent la clef.
Références internes
Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · Les Futûhât al-Makkiyya · La science traditionnelle · La science des lettres · le Nombre métaphysique · L’Angélologie de l’Alphabet arabe