En une phrase

La science traditionnelle connaît les réalités particulières à partir des principes dont elles procèdent et les emploie comme applications ou symboles d’une doctrine supérieure.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans La Crise du Monde moderne, Les États multiples de l'être et Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, formulée par l'encyclopédie.

Le caractère traditionnel d’une science ne dépend ni de son ancienneté ni de son objet matériel. Il tient à son rattachement effectif aux principes. Une science de la nature, du nombre, des astres, des lettres ou des formes devient sacrée lorsque ses données sont comprises comme les conséquences d’une doctrine métaphysique et comme les signes d’ordres plus élevés.

Cette définition comporte deux mouvements complémentaires.

  1. La descente des principes aux applications. La doctrine est une et universelle ; elle se déploie dans des sciences adaptées à des domaines contingents. La cosmologie, l’architecture, la médecine, l’astrologie ou la science des lettres reçoivent ainsi leur place et leurs limites.
  2. La remontée des applications aux principes. Une réalité inférieure peut servir de symbole à une réalité supérieure en vertu de l’analogie entre les ordres. La science n’a donc pas seulement une utilité pratique : elle peut préparer l’intelligence à une connaissance qui la dépasse.

Les sciences traditionnelles sont multiples par leurs objets et leurs langages, non par leurs principes. Cette unité explique les correspondances entre des domaines que la pensée moderne sépare. Le nombre, la figure et le son peuvent exprimer une même relation sous trois modalités ; leur accord n’est pas une confusion, mais l’effet d’une origine commune.

Il faut néanmoins distinguer la science sacrée de la métaphysique pure. La première applique les principes aux ordres relatifs ; la seconde porte sur l’universel et l’inconditionné. Une cosmologie traditionnelle, si haute soit elle, reste une science contingente. Sa supériorité sur la science profane vient de son orientation, non d’une prétention à remplacer la métaphysique.

Cette hiérarchie protège aussi les applications pratiques. Lorsqu’un art ou une science se sépare de son principe, sa technique peut subsister quelque temps, mais son sens se perd. L’efficacité devient alors le seul critère et l’ancien savoir se réduit à des recettes fragmentaires.

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Citations de Guénon

Nous venons de dire que, dans les civilisations qui possèdent le caractère traditionnel, l’intuition intellectuelle est au principe de tout ; en d’autres termes, c’est la pure doctrine métaphysique qui constitue l’essentiel (La Crise du Monde moderne, p. 34)

Il n’est que trop évident que les sciences modernes ne peuvent, à aucun degré, remplir ni l’un ni l’autre de ces deux rôles (La Crise du Monde moderne, p. 41)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La science traditionnelle ne se définit pas par l’addition d’une croyance religieuse à une discipline moderne. Elle suppose une autre constitution du savoir. Le principe ne vient pas couronner après coup des faits recueillis indépendamment de lui ; il détermine dès l’origine ce qui doit être étudié, selon quel ordre et pour quelle fin.

La science des lettres en offre un exemple privilégié. Les valeurs numériques, les formes alphabétiques et les noms ne sont pas rapprochés au hasard. Ils sont lus comme les expressions concordantes d’une structure cosmique, elle-même subordonnée à la métaphysique.

Un exemple pour approcher le sens

Un maître d’œuvre traditionnel ne calcule pas seulement la stabilité d’un temple. Il en détermine l’orientation, les proportions et le rythme afin que l’édifice reproduise un ordre cosmique et dispose l’homme à s’y conformer. Le calcul reste exact, mais il sert une connaissance plus vaste que lui.

Dans une construction profane, les mêmes opérations peuvent subsister tout en perdant ce rapport supérieur. La différence ne porte donc pas d’abord sur l’outil, mais sur le principe auquel l’outil est ordonné.

Références internes

La Crise du Monde moderne · Les États multiples de l’être · Le Symbolisme de la Croix · Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · La science profane · La science des lettres · L’Occident · L’autorité spirituelle · Le pouvoir temporel · La Croix