En une phrase

Idris, identifié à Hénoch et à Hermès, représente pour Guénon une fonction de transmission des sciences sacrées du monde intermédiaire entre les domaines spirituel et terrestre.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans « Hermès » et « Le Tombeau d'Hermès », recueillis dans Formes traditionnelles et cycles cosmiques, formulée par l'encyclopédie.

Les identifications traditionnelles réunies autour d’Hermès ne doivent pas être lues comme les équations d’une histoire positive. Elles rapportent plusieurs noms à une même fonction : Hermès chez les Grecs, Thot en Égypte, Hénoch dans la tradition biblique et Idris dans l’Islam. Chacune de ces figures conserve ses caractères propres, mais toutes se rattachent à la transmission d’une sagesse et d’arts sacrés.

La tradition hermétique concerne d’abord un ordre cosmologique. Elle traite du « monde intermédiaire », domaine des correspondances entre macrocosme et microcosme, et non de la métaphysique pure. L’alchimie et l’astrologie, dans leur sens traditionnel, occupent un rang majeur parmi ces sciences. Elles ne sont ni une chimie rudimentaire ni une divination profane, mais des applications d’une connaissance des forces subtiles.

Le caducée d’Hermès exprime cette fonction. Les deux serpents figurent des forces opposées et complémentaires ; la verge centrale les ordonne autour d’un axe ; les ailes indiquent une élévation. Hermès est messager et interprète des dieux, donc médiateur entre le céleste et le terrestre. Sa fonction de psychopompe transpose la même médiation dans le domaine des états posthumes.

L’identification islamique d’Idris à Hermès et à Hénoch reporte la chaîne au-delà du sacerdoce égyptien. Idris est dit transporté vivant au ciel, ce qui correspond au destin d’Hénoch. Les sciences placées sous son influence ne sont pas la connaissance spirituelle pure, mais les sciences intermédiaires qui articulent le subtil et le corporel.

Une difficulté apparaît dans les correspondances planétaires. Hermès est Mercure dans le monde gréco-latin, tandis que la tradition islamique place Idris dans la sphère solaire et rapporte le ciel de Mercure à Jésus. Guénon ne réduit pas cette divergence à une erreur. Elle montre que les fonctions et les sciences peuvent recevoir des répartitions différentes selon l’architecture propre de chaque tradition.

Le « tombeau d’Hermès » fournit enfin une transposition décisive. Puisque Hénoch ou Idris n’est pas mort de façon ordinaire, son tombeau dans la Grande Pyramide ne saurait être compris littéralement. C’est sa science qui y est cachée, non seulement sous la forme hypothétique de livres, mais dans la structure, les proportions et la disposition mêmes du monument.

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Citations de Guénon

Un autre point qui n’est pas moins intéressant est celui-ci : dans la tradition islamique, Seyidna Idris est identifié à la fois à Hermès et à Hénoch (Formes traditionnelles et cycles cosmiques, p. 131)

ce sont les sciences que l’on peut qualifier d’« intermédiaire », parmi lesquelles figurent au premier rang l’alchimie et l’astrologie (Formes traditionnelles et cycles cosmiques, p. 132)

c’est que la science d’Idris est bien vraiment cachée dans la Pyramide, mais parce qu’elle se trouve incluse dans sa structure même, dans sa disposition extérieure et intérieure et dans ses proportions (Formes traditionnelles et cycles cosmiques, p. 140)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.

Les précisions du Cheikh Miftāḥ, ici reformulé par l’encyclopédie, développent la place d’Idris dans la cosmologie d’Ibn ʿArabī. Idris est rapporté à la quatrième sphère, solaire, et à une fonction de pôle. Le commentaire distingue cette attribution de la correspondance grecque d’Hermès avec Mercure, afin de ne pas superposer mécaniquement deux systèmes traditionnels.

Le Cheikh étudie aussi le nom « guérisseur des blessures » attribué à Idris et les rapports numériques qui lient sa fonction, le pôle, la sphère solaire et certaines données de la tradition islamique. Ces calculs ne sont pas proposés comme des preuves historiques. Ils appartiennent à une science symbolique du nombre, où les concordances manifestent une architecture de significations.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Une figure traditionnelle peut être « la même » qu’une autre selon la fonction sans l’être selon la biographie, le culte ou l’ensemble de ses attributs. Cette identité fonctionnelle explique pourquoi Guénon rapproche des noms éloignés sans les fondre dans un personnage historique composite.

Le domaine intermédiaire est également essentiel. Hermès n’est pas présenté comme le principe suprême de toute connaissance, mais comme le patron d’arts qui relient différents niveaux du cosmos. La médiation est sa grandeur et sa limite : elle suppose un haut et un bas qu’elle met en correspondance.

Un exemple pour approcher le sens

Un même office de traducteur peut être exercé dans plusieurs royaumes par des hommes différents, avec des langues et des insignes propres. Leurs biographies ne se confondent pas, mais leur fonction possède une structure commune : recevoir un message d’un ordre et le rendre intelligible dans un autre.

Hermès, Thot, Hénoch et Idris se répondent de cette manière dans la lecture de Guénon. Ils sont des figures de transmission et d’interprétation. Le caducée, les livres, les sciences et la pyramide sont autant de formes sous lesquelles la fonction de passage et de conservation devient visible.

Références internes

Formes traditionnelles et cycles cosmiques · Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · L’Homme Universel · La Montagne de Qâf · L’Alchimie et l’élixir · Les états multiples de l’être · le Nombre métaphysique · La science des lettres · les Cycles cosmiques · Les Sept Terres et les Abdâl