En une phrase

Les Cycles cosmiques décrivent le développement complet d’un ordre de manifestation, depuis sa proximité initiale au Principe jusqu’à son épuisement, selon des périodes emboîtées dont les nombres expriment des rapports avant d’exprimer des dates.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Formes traditionnelles et cycles cosmiques, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps et Le Roi du Monde, formulée par l'encyclopédie.

Un cycle est, au sens le plus général, le processus de développement d’un degré déterminé de la manifestation. Il ne s’agit pas d’un retour mécanique où les mêmes événements se reproduiraient. Le cycle déploie un ensemble de possibilités, les conduit à leur terme et rend possible le passage à un autre ordre. Son apparence temporelle traduit une succession dont la raison profonde est cosmologique.

La doctrine hindoue fournit à Guénon le vocabulaire le plus complet. Le Kalpa représente le cycle total d’un monde. Il comprend quatorze Manvantaras, ou ères de Manus successifs, disposés en deux séries de sept. Le Manvantara actuel est le septième de la première série. Il constitue une humanité complète et contient à son tour quatre Yugas.

Ces quatre âges suivent la proportion 4, 3, 2, 1 : Krita ou Satya-Yuga, Trêtâ-Yuga, Dwâpara-Yuga et Kali-Yuga. Leur somme forme la décade. La diminution n’est pas arbitraire. Elle exprime une accélération du temps à mesure que le cycle s’éloigne de son origine. La stabilité des commencements laisse place à une succession toujours plus rapide, jusqu’à l’agitation caractéristique du dernier âge.

Guénon insiste cependant sur la prudence requise par les nombres traditionnels. Les durées transmises ont souvent été multipliées, divisées ou voilées, tandis que leurs proportions étaient conservées. Elles ne constituent donc pas une chronologie au sens moderne. La valeur de 64 800 ans proposée pour le Manvantara se rattache à la précession des équinoxes et aux grandes années, mais elle ne dispense pas de cette réserve. Les correspondances numériques donnent la structure du cycle plus sûrement que son calendrier public.

Notre époque appartient au Kali-Yuga et en présente une phase avancée. Cette situation explique, dans la perspective guénonienne, la domination de la quantité, l’uniformisation et la perte des connaissances traditionnelles. Elle ne justifie ni la passivité ni les prédictions arbitraires. Le terme du cycle demeure caché, et la fonction d’une doctrine cyclique est de situer les phénomènes, non de fournir un almanach de la fin des temps.

Enfin, chaque cycle reproduit analogiquement des cycles plus vastes et se reflète dans des cycles plus restreints. Les quatre âges répondent aux saisons, aux phases d’une vie et aux divisions de l’espace. Cette répétition de structure permet de comprendre le grand par le petit, à condition de ne pas confondre l’analogie avec une identité de mesure.

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Citations de Guénon

Les Manvantaras, ou ères de Manus successifs, sont au nombre de quatorze, formant deux séries septénaires. (Formes traditionnelles et cycles cosmiques, p. 13)

Si la durée totale du Manvantara est représentée par 10, celle du Krita-Yuga ou Satya-Yuga le sera par 4. (Formes traditionnelles et cycles cosmiques, p. 18)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La doctrine des cycles s’oppose aussi bien au progrès indéfini qu’à l’éternel retour pris littéralement. Contre le progrès, elle affirme qu’un développement comporte vieillissement et épuisement. Contre la répétition identique, elle maintient qu’un cycle accompli ouvre sur une discontinuité et sur un ordre nouveau.

L’importance des proportions explique la présence de séries semblables dans des traditions différentes. Quatre âges, quatre saisons et quatre moments de la journée ne durent pas selon la même unité. Ils manifestent toutefois une même loi de déploiement. Le nombre fonctionne ici comme qualité ordonnatrice, non comme simple quantité ajoutée.

La place du Kali-Yuga donne enfin une mesure au diagnostic du monde moderne. Les désordres contemporains ne sont pas seulement des fautes locales que suffirait à corriger une réforme technique. Ils appartiennent à une tendance cyclique générale. Cela ne les rend pas nécessaires dans chaque détail, mais indique la direction d’ensemble où chaque événement prend sa signification.

Un exemple pour approcher le sens

Une année contient quatre saisons. Le printemps ouvre les possibilités, l’été les déploie, l’automne les conduit à maturité et l’hiver les résorbe. L’hiver n’est pas un second printemps, bien qu’une nouvelle année doive lui succéder. Il termine un cycle précis et prépare un recommencement sur un autre tour.

De même, les Yugas ne sont pas quatre cases arbitraires posées sur une ligne. Ils marquent les phases d’un déploiement dont le rythme s’accélère. La dernière saison ne peut retrouver la fraîcheur de la première par une simple prolongation de ses propres conditions ; elle doit parvenir à son terme.

Références internes

Formes traditionnelles et cycles cosmiques · Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Le Roi du Monde · La Roue cosmique · Les états multiples de l’être · Les Sept Terres et les Abdâl · L’Homme Universel · Le néo-spiritualisme · Le spiritisme · Le théosophisme