En une phrase
Le Dharma est le principe qui soutient et conserve chaque être dans la conformité à sa nature et chaque ordre de manifestation dans sa rectitude propre.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans l'étude « Dharma » du Recueil posthume, Articles, complétée par Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues et Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, formulée par l'encyclopédie.
Guénon conserve volontiers le mot sanscrit parce qu’aucun équivalent français n’en rassemble tous les sens. « Loi », « ordre », « devoir », « justice » ou « religion » peuvent convenir dans certains contextes, mais chacun risque de réduire la notion à un domaine particulier, juridique, moral ou religieux.
La racine dhri signifie porter, soutenir, maintenir. Le Dharma est donc d’abord un principe de conservation et de stabilité dans le monde manifesté. Cette stabilité n’est pas l’immobilité absolue du non-manifesté. Elle est ce qui permet à un être de demeurer conforme à sa nature à travers les changements compatibles avec son état.
Le rapport à la rectitude complète ce premier sens. Le Dharma indique la direction juste, comparable à un axe qui garde une orientation constante. Son contraire, adharma, n’est pas d’abord le péché au sens théologique ni le mal au sens moral moderne ; il est la non-conformité à la nature des êtres, le déséquilibre et le renversement des rapports hiérarchiques.
La notion reçoit des applications à plusieurs échelles :
- Dharma universel dans un ordre donné. Il est le principe de conservation de cet ordre de manifestation.
- Dharma d’un monde ou d’un cycle. Il règle les conditions propres à cet ensemble et prend une formulation adaptée à sa période.
- Dharma d’une catégorie ou d’une fonction. Il détermine l’activité conforme à une nature qualitative.
- Swadharma. Il est la loi propre d’un être, non comme préférence subjective, mais comme accomplissement des possibilités réellement contenues dans sa nature.
Cette dernière application éclaire les métiers et l’ordre social. Dans une civilisation traditionnelle, la fonction n’est pas extérieure à celui qui l’exerce. Elle correspond à des aptitudes et peut devenir une voie de réalisation. L’égalitarisme quantitatif efface au contraire ces différences qualitatives et traite les individus comme des unités interchangeables.
Le Dharma se rapporte également au pôle. Comme l’axe immobile ordonne la rotation sans participer à son déplacement, le principe de conservation règle les changements sans se réduire à l’un d’eux. Cette image explique que la loi ne soit pas une convention imposée du dehors, mais l’expression de la structure même de l’être ou du monde considéré.
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Citations de Guénon
Le mot dharma semble être un des termes sanscrits qui embarrassent le plus les traducteurs, et ce n’est pas sans raison (Recueil posthume, Articles, p. 424)
On sait que dharma est dérivé de la racine dhri, qui signifie porter, supporter, soutenir, maintenir (Recueil posthume, Articles, p. 424)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Les rapprochements du Cheikh Miftāḥ, ici reformulé par l’encyclopédie, mettent le Dharma en regard de la fiṭra, de la voie droite, de la loi divine et de la permanence d’un ordre voulu par Dieu. Il ne s’agit pas de traduire Dharma par un seul de ces termes, mais de montrer comment plusieurs notions islamiques se répartissent les fonctions qu’il concentre en sanscrit.
Le commentaire insiste sur le rapport du centre et de la rectitude. Une règle est vivante lorsqu’elle accorde l’action à la nature véritable de l’être ; elle devient une contrainte extérieure lorsque ce rapport n’est plus compris. La fidélité au Dharma n’est donc ni l’obéissance à une habitude collective ni la poursuite d’une inclination privée, mais l’ajustement de chaque chose à sa mesure qualitative.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction L’impossibilité d’une traduction unique n’indique pas une imprécision du mot. Elle vient au contraire de son caractère synthétique. Les langues modernes ont séparé en domaines distincts ce que la notion traditionnelle tient ensemble : nature, fonction, loi, ordre, devoir et conservation.
Le Dharma n’est pourtant pas l’Absolu. Ses applications concernent toujours la manifestation et ses conditions. Il exprime la fidélité d’un ordre à son principe, non le principe suprême considéré au-delà de toute détermination. Cette réserve prévient l’assimilation du Dharma au Soi ou à la métaphysique pure.
Un exemple pour approcher le sens
Dans une roue, le moyeu demeure au centre, les rayons gardent leur direction et la jante accomplit sa rotation. La loi de la roue n’est pas une consigne ajoutée après sa fabrication. Elle réside dans le rapport juste de ses éléments : déplacer le moyeu ou rompre les rayons détruit la possibilité même du mouvement ordonné.
Le Dharma ressemble à ce rapport. Il maintient chaque élément selon sa place et permet le changement sans dissolution. Le swadharma d’un rayon n’est pas de devenir la jante, mais de relier correctement le centre à la périphérie ; en accomplissant sa fonction propre, il sert l’ordre de l’ensemble.
Références internes
Recueil posthume, Articles · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Manu et la loi du cycle · Shruti et Smriti · Les métiers anciens et l’industrie moderne · Sanâtana Dharma · Varna · Le Pôle · L’état primordial