En une phrase

La Shruti est la connaissance traditionnelle « entendue » par inspiration directe, tandis que la Smriti en conserve, développe et applique les données avec une autorité qui reste dérivée de la première.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues et dans les études réunies au Recueil posthume, Articles, formulée par l'encyclopédie.

La distinction de la Shruti et de la Smriti empêche de considérer les textes hindous comme une bibliothèque homogène dont chaque ouvrage aurait la même origine et la même autorité. Elle ordonne deux fonctions traditionnelles, l’une principielle, l’autre réfléchie et applicative.

Shruti signifie littéralement « ce qui est entendu ». Le Vêda est dit reçu par les rishis, non composé par eux au titre d’auteurs individuels. Cette audition symbolise une connaissance directe, liée au Verbe et à l’intuition intellectuelle. Les textes védiques, y compris les Upanishads, relèvent de cette autorité fondamentale et supra-individuelle.

Smriti désigne « ce dont on se souvient ». Elle comprend des écrits traditionnels tels que les Dharma-shâstras, les Purânas, les Itihâsas et les traités qui développent les sciences auxiliaires du Vêda. Le souvenir ne doit pas être compris comme une mémoire privée et incertaine. Il indique une réflexion qui s’exerce sur les données reçues, en dégage les conséquences et les adapte aux circonstances d’un ordre déterminé.

Le rapport des deux autorités est hiérarchique, non conflictuel. La Smriti n’est pas profane par le seul fait qu’elle est dérivée ; elle fait pleinement partie de la tradition lorsqu’elle demeure en accord avec la Shruti. Mais elle ne saurait devenir une source indépendante, car sa validité tient précisément à la conformité de ses formulations et de ses applications avec le principe.

Guénon emploie deux images pour préciser ce rapport. La Shruti et la Smriti sont comme la lumière directe du soleil et la lumière réfléchie de la lune. Elles sont aussi comme la chaîne et la trame d’une étoffe : la première donne la direction stable, la seconde croise cette direction et produit la variété des figures. Sans chaîne, la trame ne formerait aucun tissu ; sans trame, le principe ne recevrait pas son déploiement dans les conditions particulières.

La Mîmânsâ illustre cette fonction réfléchie. Elle détermine le sens exact de la Shruti et en tire les conséquences dans l’ordre de l’action comme dans l’ordre intellectuel. Elle ne corrige pas la source, elle en explicite ce qui est impliqué pour un domaine et une méthode donnés.

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Citations de Guénon

Les rapports de la Shruti et de la Smriti sont comparés à ceux du soleil et de la lune, c’est-à-dire de la lumière directe et de la lumière réfléchie. (Recueil posthume, Articles, p. 283)

l’autorité de la smriti est dérivée de celle de la shruti et se fonde sur son parfait accord avec cette dernière. (Recueil posthume, Articles, p. 476)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.

Le parallèle exposé dans le commentaire arabe, ici reformulé par l’encyclopédie, porte sur la structure de l’autorité et non sur une identité confessionnelle des corpus. Le texte révélé et récité possède en Islam une autorité fondamentale ; les sciences d’interprétation et les formulations juridiques ont une autorité ordonnée à leurs sources. De même, la Smriti vaut par sa conformité à la Shruti, non par l’individualité d’un auteur.

La comparaison doit s’arrêter là où commencent les déterminations propres de chaque tradition. Elle n’autorise ni à assimiler le Vêda au Coran sous tous les rapports, ni à répartir mécaniquement les catégories islamiques entre Shruti et Smriti. Elle rend seulement intelligible la différence entre une donnée principielle et son déploiement traditionnel.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Le mot « révélation » peut induire en erreur s’il transporte sans précaution une catégorie théologique occidentale. Chez Guénon, l’audition de la Shruti indique surtout le caractère non individuel de la connaissance reçue. L’essentiel est moins la psychologie du récepteur que l’origine de l’autorité.

La Smriti ne se réduit donc ni à un commentaire facultatif, ni à une invention tardive. Elle est l’espace où les principes deviennent prescriptions, récits, rites, institutions et sciences. Sa dépendance est la condition de sa fécondité, comme la lumière lunaire n’éclaire qu’en réfléchissant une lumière qu’elle ne produit pas.

Un exemple pour approcher le sens

Un maître donne oralement une règle de construction qui contient les rapports fondamentaux d’un édifice. Ses disciples tracent ensuite des plans adaptés à des terrains, des matériaux et des usages différents. Ces plans peuvent être nombreux et parfaitement légitimes, mais ils ne le sont qu’en respectant la règle première.

La règle entendue représente approximativement la Shruti ; les plans conservés, commentés et adaptés représentent la Smriti. Si un plan contredit la proportion fondamentale, l’autorité du dessinateur ne suffit pas à le rendre traditionnel.

Références internes

Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Recueil posthume, Articles · Manu et la loi du cycle · Dharma · Upanishad · Vêdânta · Vêda · Les six darshanas · Varna