En une phrase
L’état primordial est la perfection de l’état humain, restauré dans l’intégralité de ses possibilités et déjà libéré de la succession temporelle, mais non encore réalisé dans les états supra-individuels.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans La Métaphysique orientale, Le Symbolisme de la Croix et L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, formulée par l'encyclopédie.
La condition humaine ordinaire n’épuise pas les possibilités de l’individualité. Elle en est au contraire une contraction tardive, soumise à des limitations qui se sont accentuées au cours du cycle. Restaurer l’état primordial signifie réintégrer tout ce qui appartient normalement à l’état humain, et non acquérir quelque faculté étrangère à sa nature. Guénon parle à ce propos de l’« homme véritable ».
Cette restauration a une portée à la fois cosmique et initiatique. Cosmique, parce que les traditions placent au commencement du cycle une humanité dont la condition était plus proche du centre et moins enfermée dans la modalité corporelle. Initiatique, parce que ce qui se présente historiquement comme un état perdu demeure virtuellement accessible à l’être individuel. La voie ne crée pas cet état, elle en rend la possession effective.
Son signe le plus caractéristique est l’affranchissement à l’égard de la condition temporelle. Pour l’homme ordinaire, les choses se succèdent et la conscience semble emportée avec elles. Dans l’état primordial, cette succession est rapportée à une simultanéité plus profonde. Il ne s’agit pas de prévoir l’avenir par une extension psychique, mais de situer les événements depuis un point qui n’est plus entièrement soumis à leur écoulement. De là vient ce que Guénon nomme le sens de l’éternité, inséparable du sens de l’unité.
L’état primordial est pourtant un terme relatif. Il achève la réalisation de l’individualité humaine, mais il ne constitue pas la Délivrance. Celui qui l’a atteint reste encore un individu humain, même si cet individu est devenu intégral. La réalisation métaphysique proprement dite doit ensuite dépasser la forme et accéder aux états supra-individuels, puis à l’Inconditionné. Confondre la restauration primordiale avec le terme suprême reviendrait à prendre le centre d’un monde pour le centre de tous les mondes.
Le symbolisme du Paradis terrestre exprime cette distinction. Le paradis est le centre de l’état humain, et l’Arbre de Vie y figure l’accès à l’axe. Revenir au centre rétablit l’ordre antérieur à la chute; suivre l’axe permet ensuite de passer au-delà de cet état. L’état primordial est ainsi une demeure centrale et une porte, non le terme absolu du voyage.
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Citations de Guénon
Cette réalisation de l’individualité intégrale est désignée par toutes les traditions comme la restauration de ce qu’elles appellent l’« état primordial », état qui est regardé comme celui de l’homme véritable (La Métaphysique orientale, p. 8)
Cette conscience de l’intemporel peut d’ailleurs être atteinte d’une certaine façon, sans doute très incomplète, mais déjà réelle pourtant (La Métaphysique orientale, p. 8)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le rapprochement avec la fitra islamique est éclairant à condition de conserver la distinction des langages. La fitra désigne l’orientation originelle de l’être humain vers son Principe; l’« état primordial » désigne chez Guénon cette intégralité retrouvée comme étape effective de la réalisation. Le rapprochement porte donc sur une structure: l’origine véritable de l’homme est supérieure à sa condition présente, et la voie est une restauration avant d’être un dépassement.
Cette notion interdit aussi de mesurer tout accomplissement à l’apparition de phénomènes extraordinaires. Une faculté subtile isolée peut se développer sans que l’individualité soit remise en ordre. L’état primordial implique au contraire une intégration, une centralité et une stabilité. Ce qui importe n’est pas l’extension dispersée des pouvoirs, mais leur subordination au centre.
Un exemple pour approcher le sens
Un homme placé dans une rue ne voit les maisons qu’une après l’autre à mesure qu’il avance. Du sommet d’une tour, il embrasse la rue entière dans un seul regard. Les maisons n’ont pas cessé d’être disposées selon une suite, mais le point de vue n’est plus enfermé dans cette suite.
L’image ne décrit qu’imparfaitement l’affranchissement temporel, mais elle en fait saisir le principe. L’état ordinaire chemine avec les événements; l’état primordial les rapporte à leur ensemble. Pourtant, même du sommet de la tour, on demeure dans la même ville. Pour sortir de l’état humain, il faut encore passer de ce centre à l’axe qui relie entre eux les différents états de l’être.
Références internes
La Métaphysique orientale · Le Symbolisme de la Croix · La réalisation métaphysique · L’Homme Universel · Manvantara · La Délivrance · Kali-Yuga · Platon · Le Règne de la Quantité