Ce que ce livre vous apprend

Publié le 22 janvier 1927 dans La Revue hebdomadaire, Terrains d’entente entre l’Orient et l’Occident condense en un essai la question développée trois ans plus tôt dans Orient et Occident. L’entente dont parle Guénon n’est ni diplomatique, ni économique, ni sentimentale. Elle exige un terrain intellectuel commun.

Quatre propositions portent le texte :

  1. Orient et Occident désignent ici deux esprits. L’opposition ne se réduit pas à la géographie. Elle sépare l’esprit traditionnel, autrefois présent aussi en Occident, de l’esprit moderne qui s’y est développé de manière exceptionnelle.
  2. La contemplation commande l’action. Les tempéraments peuvent accorder plus ou moins de place à l’une ou à l’autre, mais l’action ne reçoit son principe et sa mesure que d’une connaissance qui la dépasse.
  3. L’Occident ne peut restaurer seul une tradition devenue lettre morte. L’Orient peut l’aider, non en lui imposant une forme étrangère, mais en lui donnant le contact d’un esprit traditionnel encore vivant.
  4. L’accord doit se faire par les principes. Science moderne, industrie, intérêt économique et morale humanitaire appartiennent à des domaines trop relatifs et divisés. Seule la connaissance métaphysique permet de reconnaître l’unité sous la diversité des formes.

Comment le lire : comme une formulation brève et publique d’un programme de réforme intellectuelle. La Crise du Monde moderne, publiée la même année, développe le diagnostic négatif dont cet essai indique le versant constructif.

Présentation

L’article commence par dissiper les fausses images de l’Orient produites par les orientalistes, les écrivains et les mouvements occidentaux revêtus d’une étiquette orientale. Guénon définit ensuite l’opposition des deux mentalités par la place respective de la contemplation et de l’action. La partie centrale explique pourquoi la tradition occidentale médiévale, devenue incomprise, ne peut être restaurée par une érudition livresque ou une philosophie moderne.

Le dernier mouvement détermine les terrains qui ne conviennent pas. Les sciences séparées de leurs principes se dispersent dans l’analyse et visent surtout les applications industrielles. La matière et l’économie multiplient les rivalités, tandis que le sentiment demeure variable. L’entente doit donc procéder en sens inverse, de l’unité intellectuelle vers les applications, et être l’œuvre d’une élite définie par la connaissance plutôt que par le statut social.

La source conserve la pagination de la numérisation de la Bibliothèque nationale de France. Les deux premières pages donnent les informations de Gallica, l’article proprement dit commence ensuite et s’achève par la signature de René Guénon. Il s’agit d’un essai autonome de revue, non d’un recueil posthume ni d’un chapitre détaché après coup d’un livre.

Édition numérique citée

Fichier de référence : RenGunon-TerrainsDententeEntreLorientEtLoccident-1-22-1927.pdf (17 pages numériques). Les références de cette notice suivent ce fichier, non la pagination d’une autre édition.

Les pages citées ci-dessous sont celles du document numérique, couverture comprise, et peuvent différer de la pagination imprimée. Voir les conventions de citation.

Citations de Guénon

Cet exclusivisme étroit, qui constitue un préjugé bien occidental, est assurément un des principaux obstacles qui s’opposent à toute entente avec l’Orient; comment, en effet (Terrains d’entente entre l’Orient et l’Occident, p. 6)

Plus on s’enfonce dans la matière, plus les éléments de division et d’opposition s’accentuent et s’amplifient; inversement, plus on s’élève vers la spiritualité pure, plus on s’approche de l’unité (Terrains d’entente entre l’Orient et l’Occident, p. 16)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Le mot « entente » peut induire une lecture géopolitique trop immédiate. Guénon ne propose ni une alliance de gouvernements ni un compromis entre opinions collectives. Il cherche les conditions intellectuelles qui rendraient ensuite possibles des accords dans les domaines subordonnés.

L’Orient n’est pas davantage présenté comme un bloc ethnique uniforme. Le texte distingue plusieurs civilisations orientales, puis les rapproche par des traits traditionnels communs. Cette unité de principe n’efface pas les formes, les langues et les institutions particulières. Elle demande au contraire une comparaison capable de respecter leurs adaptations propres.

La notion d’élite doit enfin être prise dans le sens défini par l’article. Elle ne renvoie pas à une classe sociale, à une avant-garde politique ou à un groupe qui se proclamerait supérieur. Elle désigne ceux qui peuvent comprendre les principes et réordonner à partir d’eux les connaissances et l’action.

Liens avec les autres livres

Références internes

Orient et Occident · La Crise du Monde moderne · La Métaphysique orientale · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · L’Orient · L’Occident · Entente et non fusion · La connaissance pure · La Civilisation · La tradition