En une phrase

La connaissance pure est la saisie directe et supra-individuelle des principes, par laquelle le connaissant ne se borne plus à penser son objet, mais le réalise effectivement en lui-même.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans La Métaphysique orientale, Orient et Occident et Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.

La connaissance reçoit ici un sens beaucoup plus ample que dans le langage moderne. Guénon n’oppose pas seulement le vrai au faux, il ordonne les facultés selon la nature de leurs objets. La sensation atteint les phénomènes corporels. La raison relie, compare et déduit à l’intérieur de l’état humain. L’intellect, enfin, connaît les principes universels parce qu’il est lui-même d’ordre supra-individuel. Les deux premières facultés produisent des connaissances indirectes et limitées; la troisième seule donne la connaissance pure.

Cette pureté n’est donc ni une simplicité de vocabulaire ni une absence de matière sensible. Elle signifie que l’acte de connaître n’emprunte rien à une faculté inférieure à son objet. Un principe universel ne saurait être enfermé dans une image, une démonstration ou une émotion. Ces moyens peuvent préparer l’intelligence, mais ils ne remplacent pas l’intuition intellectuelle qui atteint le principe immédiatement.

La doctrine de l’identification par la connaissance donne à cette distinction sa portée décisive. Dans la connaissance ordinaire, le sujet et l’objet restent face à face. Dans la connaissance métaphysique effective, leur séparation est dépassée selon le degré réalisé. Connaître un état supérieur, ce n’est donc pas en posséder une description exacte, mais prendre conscience de cet état comme d’une possibilité propre de l’être total.

Guénon voit dans l’oubli de cette intellectualité la déficience centrale de l’Occident moderne. La raison y est tenue pour la faculté la plus haute, puis, lorsqu’elle révèle ses limites, on cherche au-dessous d’elle, dans le sentiment, l’instinct ou le vital. La connaissance pure ouvre une autre direction: non pas le refus de la raison, mais son dépassement par ce qui lui est supérieur.

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Citations de Guénon

Nier ou ignorer toute connaissance pure et supra-rationnelle, c’était ouvrir la voie qui devait mener logiquement, d’une part, au positivisme et à l’agnosticisme (Orient et Occident, p. 9)

La raison est une faculté proprement et spécifiquement humaine; mais ce qui est au delà de la raison est véritablement « non-humain »; c’est ce qui rend possible la connaissance métaphysique, et celle-ci (La Métaphysique orientale, p. 5)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Le mot « connaissance » est ici un piège pour le lecteur formé par l’école moderne. Il évoque un contenu que l’on acquiert, que l’on classe et que l’on peut répéter. Chez Guénon, sa forme supérieure désigne au contraire une transformation de celui qui connaît. Une érudition irréprochable sur la métaphysique demeure extérieure tant que les états dont elle parle ne sont pas réalisés.

Cette distinction éclaire l’ensemble du projet guénonien. Ses livres exposent des doctrines et rectifient des notions, mais ils ne prétendent pas produire à eux seuls la réalisation. Ils disposent intellectuellement le lecteur, ils lui montrent l’ordre des principes et les confusions à éviter. Le passage de la compréhension théorique à la connaissance effective requiert les conditions propres à une tradition vivante.

Un exemple pour approcher le sens

On peut étudier la lumière de trois manières. Le physicien en mesure la longueur d’onde; le géomètre suit la marche d’un rayon; l’œil voit. Les deux premières démarches fournissent des rapports vrais, mais aucune formule ne se substitue à l’acte de vision.

L’analogie doit être transposée. La connaissance pure n’est pas une sensation plus vive, elle est à l’ordre intelligible ce que la vision est à l’ordre sensible: une présence directe. La raison en prépare le langage comme la géométrie décrit le rayon, mais elle ne crée pas l’acte par lequel le principe est connu.

Références internes

La Métaphysique orientale · Orient et Occident · Les États multiples de l’être · L’intuition intellectuelle · L’Occident · L’Élite · La métaphysique pure · La science traditionnelle · La tradition · La science profane