En une phrase
Une civilisation est un ensemble complexe orienté par certains principes, et non un degré unique dont l’Occident moderne fournirait la mesure universelle.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Orient et Occident et La Crise du Monde moderne, formulée par l'encyclopédie.
Guénon commence par rendre au mot son pluriel. Il existe des civilisations différentes, développées selon des directions qui ne se laissent pas ramener à une échelle commune. Chacune réunit des doctrines, des institutions, des arts, des sciences et des formes sociales dont la cohérence dépend du principe qui les ordonne.
Une civilisation traditionnelle reçoit cet ordre d’une connaissance supérieure. Ses applications politiques, sociales et techniques ne sont pas autonomes : elles traduisent, chacune dans son domaine, une doctrine des principes. La diversité des formes n’abolit pas leur unité, car elles sont hiérarchisées par une origine commune.
L’Occident moderne constitue pour Guénon une exception. Il s’est séparé de toute intellectualité principielle et a développé presque exclusivement les applications matérielles. Son anomalie ne réside donc pas dans l’existence de machines ou d’institutions particulières, mais dans l’absence d’un principe supérieur capable d’ordonner leur usage.
Le renversement s’accomplit lorsque cette civilisation particulière se nomme elle-même « la civilisation » et juge toutes les autres d’après son propre développement. Le progrès signifie alors l’assimilation à son modèle. Une supériorité technique limitée est transformée en supériorité absolue, tandis que les connaissances d’un autre ordre deviennent invisibles au critère qui prétend les mesurer.
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Citations de Guénon
Nous disons nous-même très volontiers qu’il existe « des civilisations » multiples et diverses. (Orient et Occident, p. 12)
La civilisation moderne souffre d’un manque de principes, et elle en souffre dans tous les domaines. (Orient et Occident, p. 75)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le pluriel ne conduit pas chez Guénon à un relativisme où toutes les formes se vaudraient. Il permet de distinguer les applications contingentes et les principes. Les civilisations peuvent différer légitimement dans leurs langues, leurs rites et leurs institutions tout en demeurant ordonnées à une vérité qui les dépasse.
La critique vise surtout le critère moderne. Si l’on mesure une civilisation par la production industrielle, celle qui produit davantage paraîtra nécessairement supérieure. Mais ce résultat était contenu dans la mesure choisie ; il ne dit rien de la profondeur doctrinale, de la stabilité ou de la fin spirituelle d’une forme traditionnelle.
Un exemple pour approcher le sens
Comparer une cathédrale, une mosquée et une usine uniquement par la quantité de métal employée donnera un classement exact selon ce critère, mais entièrement étranger à la raison d’être des deux premiers édifices. La mesure n’est pas fausse ; elle est inadéquate à l’objet qu’elle prétend juger.
La notion moderne de civilisation agit de même lorsqu’elle ne retient que la puissance matérielle. Elle élève un caractère particulier au rang de définition universelle, puis déclare inférieures les formes qui poursuivent d’autres fins.
Références internes
Orient et Occident · La Crise du Monde moderne · La tradition · Le progrès · L’Influence de la civilisation islamique en Occident · La civilisation matérielle · L’Occident · L’Orient · Critique de l’orientalisme et de la science des religions · Le Règne de la Quantité