En une phrase

Le spiritisme est la doctrine moderne qui tient pour normale la communication avec les morts, et qui attribue à leurs esprits des phénomènes dont Guénon conteste radicalement cette interprétation.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans L'Erreur spirite, avec le cadre historique du Théosophisme et le cadre cyclique du Règne de la Quantité et les Signes des Temps, formulée par l'encyclopédie.

Guénon commence par une définition stricte. Le spiritisme n’est pas toute croyance en une survie après la mort, ni toute étude de phénomènes inhabituels. Il affirme que les morts peuvent communiquer normalement avec les vivants dans certaines conditions, le plus souvent par l’intermédiaire d’un médium. Les écoles spirites divergent sur d’autres points, mais ce postulat leur est commun.

Cette définition permet de séparer le phénomène et son interprétation. Des coups frappés, des déplacements d’objets, des paroles automatiques ou des perceptions télépathiques peuvent appeler une enquête. Leur existence éventuelle ne prouve pas que l’agent soit l’esprit d’un défunt. Le raisonnement spirite passe indûment de l’observation d’un fait psychique à une conclusion sur le monde posthume.

Guénon distingue plusieurs causes possibles. Une part des faits relève de la fraude ou de la suggestion. D’autres peuvent procéder de facultés psychiques de personnes vivantes. D’autres encore mettent en jeu des éléments subtils ou des « influences errantes » qui ne sont pas l’être spirituel du mort. Le médium peut ainsi produire des informations exactes sans que l’explication spirite soit vraie.

Le défaut central est la confusion du psychique et du spirituel. Le psychique appartient encore au domaine individuel et peut comprendre des modalités subtiles, inférieures ou périphériques. Le spirituel est supra-individuel et principiel. Un phénomène invisible aux sens ordinaires n’est donc pas, par ce seul fait, supérieur. Il peut appartenir à un ordre moins élevé que la raison consciente.

Guénon insiste aussi sur le caractère récent du mouvement. Le spiritisme moderne se constitue au XIXe siècle, notamment à partir des événements associés aux sœurs Fox en Amérique, puis reçoit en France la forme doctrinale d’Allan Kardec. Ses idées de progrès, d’évolution posthume et de réincarnation portent la marque de la mentalité moderne, malgré les filiations antiques qu’il revendique.

La réincarnation est un exemple décisif de faux rapprochement. Elle suppose le retour d’un même individu humain dans plusieurs corps successifs. Guénon la distingue de la métempsychose, qui concerne la transmission d’éléments psychiques, et de la transmigration, qui concerne le passage de l’être à d’autres états. Prendre ces doctrines pour des formes anciennes de la réincarnation efface leurs différences métaphysiques.

Le danger pratique du spiritisme vient enfin de ce qu’il ne reste pas une théorie. Les séances cherchent à provoquer des ouvertures psychiques sans connaissance suffisante des forces engagées ni protection traditionnelle. La curiosité, le deuil et le désir de preuve exposent alors les participants à des influences qu’ils ne savent ni identifier ni maîtriser.

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Citations de Guénon

le spiritisme consiste essentiellement à admettre la possibilité de communiquer avec les morts (L’Erreur spirite, p. 7)

le postulat fondamental du spiritisme, c’est que la communication avec les morts est, non seulement une possibilité, mais un fait (L’Erreur spirite, p. 7)

la réincarnation n’a absolument rien de commun avec des conceptions anciennes comme celles de la « métempsychose » et de la « transmigration » (L’Erreur spirite, p. 29)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La critique de Guénon n’est ni celle d’un matérialiste qui nierait par principe tout phénomène psychique, ni celle d’un apologiste qui attribuerait immédiatement ces phénomènes à une cause religieuse déterminée. Elle repose sur une hiérarchie des états de l’être et sur la nécessité de ne pas confondre l’invisible avec le spirituel.

Cette position est plus exigeante que les deux réponses ordinaires. Dire que tout est fraude laisse inexpliqués certains faits. Dire que tout message inattendu vient d’un mort accepte sans preuve l’identité annoncée par le phénomène. Guénon admet une pluralité de causes et demande que chacune soit rapportée à son ordre propre.

Le spiritisme forme aussi un précédent historique du néo-spiritualisme. Il réagit à la fermeture matérialiste, mais le fait avec le vocabulaire de l’expérience, du progrès et de l’individu. Il ouvre ainsi le domaine subtil sans retrouver la direction d’une tradition, ce qui explique ses relations avec le théosophisme et les formes ultérieures de pseudo-initiation.

Un exemple pour approcher le sens

Un appareil reçoit une voix qui donne un nom et révèle un souvenir connu de deux personnes seulement. Trois questions restent distinctes : la voix est-elle un trucage, quelle force produit l’information, et cette force est-elle bien la personne qu’elle prétend être ?

Le spiritisme répond à la troisième question par le contenu du message. Guénon refuse ce raccourci. Une information exacte peut provenir du vivant, d’une mémoire psychique ou d’une influence capable d’imiter une identité. Reconnaître le phénomène ne suffit donc jamais à reconnaître son auteur.

Références internes

L’Erreur spirite · Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion · Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Le théosophisme · La contre-initiation · L’intuition intellectuelle · La contre-initiation · La tradition hindoue · Les influences errantes · Communication avec les morts et évocation spirite