Définition
La réincarnation, entendue comme le retour du même être dans plusieurs corps terrestres successifs, est pour Guénon une invention occidentale moderne, étrangère aux traditions authentiques et métaphysiquement impossible.
Exposé métaphysique
Synthèse de la réfutation développée par Guénon dans L'Erreur spirite, avec le contexte fourni par Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, formulée par l'encyclopédie.
Guénon commence par une rectification historique. La théorie réincarnationniste n’est pas un enseignement immémorial de l’Inde passé en Occident. Elle se forme dans les milieux socialistes français du XIXe siècle, est popularisée par le spiritisme d’Allan Kardec, puis reçoit des habillages orientaux chez les occultistes et les théosophistes.
Son premier usage est social et moral. Les vies antérieures doivent expliquer les inégalités de naissance : une condition présente serait la récompense ou la peine d’actions accomplies dans une existence terrestre précédente. Pour Guénon, cette explication ne résout rien. Elle reporte la différence en arrière sans expliquer pourquoi deux êtres auraient commencé des parcours différents.
La réfutation principale est métaphysique. Un état d’existence est défini par un ensemble de conditions et de possibilités. Lorsqu’un être a parcouru la modalité corporelle qui lui appartient, il ne peut recommencer cette même existence comme si elle n’avait pas eu lieu. Une répétition identique exigerait la répétition de l’ensemble des relations qui constituent le monde, puisque chaque être y occupe une place propre.
Il faut alors séparer trois notions souvent confondues.
- La réincarnation affirme le retour du même individu dans le même monde corporel. C’est la thèse que Guénon nie.
- La transmigration désigne le passage de l’être à un autre état d’existence, soumis à des conditions différentes. Les doctrines orientales enseignent cette multiplicité des états, non une série indéfinie de vies humaines terrestres.
- La transmission psychique concerne des éléments inférieurs qui se dissocient après la mort et peuvent entrer dans d’autres complexes individuels. Leur passage ne transporte ni la personnalité véritable ni l’identité de l’être, pas plus que le remploi d’éléments corporels ne fait revivre le corps dont ils provenaient.
Les souvenirs allégués de vies passées doivent être examinés à la lumière de ces distinctions. Même si un fait psychique était authentique, il ne prouverait pas l’interprétation réincarnationniste qui lui est superposée.
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Citations de Guénon
Nulle doctrine traditionnelle authentique n’a jamais parlé de la réincarnation. (L’Erreur spirite, p. 122)
Nous sommes donc amené ainsi à montrer que la réincarnation est une impossibilité pure et simple. (L’Erreur spirite, p. 130)
Dans l’édition arabe
La notice arabe consacrée à ce sujet réunit les références et les développements de cette édition.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La force de la réfutation tient à la séparation de l’observation et de l’interprétation. Un récit précis, une ressemblance ou un souvenir inexpliqué ne contient pas en lui-même la théorie qui l’explique. Plusieurs causes psychiques peuvent être envisagées avant de conclure au retour intégral d’une personne.
Le terme « transmigration » doit lui aussi être manié avec soin. Il ne décrit pas une âme voyageant dans l’espace d’un corps à un autre. Il indique que le même être est considéré sous des états dont les conditions ne sont pas celles de l’individualité humaine corporelle.
Références internes
L’Erreur spirite · Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · La Propagande et les organisations auxiliaires · Matérialité et sentimentalité · Mohyiddin ibn Arabi · Vêdânta · Le néo-spiritualisme · Le spiritisme · Le théosophisme