En une phrase
L’orthodoxie traditionnelle est la conformité intérieure d’une conception aux principes dont procède sa tradition, et l’hétérodoxie la rupture de cette cohérence.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, formulée par l'encyclopédie.
Guénon étend les termes d’orthodoxie et d’hétérodoxie au-delà de leur emploi religieux occidental. Ils ne désignent pas d’abord l’obéissance ou la désobéissance à une institution, mais la vérité ou la fausseté d’une conception mesurée par les principes d’une tradition.
Dans l’hindouisme, ces principes sont essentiellement contenus dans le Vêda. L’accord avec le Vêda constitue donc le critérium extérieur de l’orthodoxie. Cette référence n’implique pourtant pas un littéralisme qui isolerait des phrases de l’ensemble doctrinal. Le texte écrit manifeste une cohérence principielle dont l’intelligence traditionnelle vivante est le véritable dépositaire.
Une conception est orthodoxe lorsqu’elle demeure compatible avec l’ensemble de la doctrine. Une erreur partielle peut se produire dans l’exposé d’une école sans invalider nécessairement toute la voie dont elle relève; elle doit alors être rectifiée par retour aux principes. L’hétérodoxie proprement dite apparaît lorsqu’une affirmation contredit ces principes ou lorsqu’un développement secondaire s’isole et se donne une autonomie qu’il ne possède pas.
La force corrective vient de la tradition elle-même. Dans une civilisation normale, une doctrine individuelle ne peut durablement s’imposer contre l’ensemble des connaissances, des institutions et des autorités qui transmettent le principe. La situation moderne est différente: lorsque la référence principielle a disparu, l’opinion individuelle ne rencontre plus de critère supérieur et la multiplication des systèmes passe pour une liberté intellectuelle.
L’hétérodoxie comporte donc des degrés. Une erreur technique dans une science traditionnelle n’a pas la même portée que la négation du principe dont cette science dépend. Une école peut accentuer un point de vue particulier tout en demeurant orthodoxe, à condition de reconnaître sa place dans l’ensemble. Elle devient hétérodoxe lorsqu’elle absolutise ce point de vue, contredit les données fondamentales ou se sépare de la source qui autorisait son développement.
Les pseudo-traditions modernes se situent plus loin encore. Elles empruntent des symboles, des noms sanskrits ou des fragments doctrinaux à plusieurs sources, puis les réorganisent selon une conception individuelle. Leur défaut ne tient pas à la nouveauté de leur vocabulaire, mais à l’absence d’un principe et d’une transmission capables de donner à ces éléments une unité réelle. La ressemblance extérieure avec la tradition ne constitue jamais son orthodoxie.
Le Vêda ne doit donc pas être conçu comme un code extérieur consulté par un tribunal d’opinion. Son autorité exprime la source même de la connaissance traditionnelle hindoue, dont les textes sont un support et les interprètes qualifiés les organes. L’orthodoxie joint ainsi référence textuelle, intelligence doctrinale et continuité de transmission. Séparer l’une de ces dimensions des autres produit soit le littéralisme, soit l’arbitraire individuel.
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Citations de Guénon
Dans ces conditions, l’orthodoxie ne fait qu’un avec la connaissance véritable, puisqu’elle réside dans un accord constant avec les principes. (Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, p. 94)
C’est évidemment l’accord avec le Vêda qui est ici le critérium de l’orthodoxie. (Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, p. 94)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le critère guénonien évite deux excès. Il ne réduit pas l’orthodoxie à l’appartenance nominale, car une institution peut conserver des formes tout en perdant leur intelligence. Il ne la réduit pas davantage à une sincérité subjective, car une conviction intense ne transforme pas une erreur en vérité.
Cette position permet d’apprécier séparément une tradition, une école et une proposition particulière. Une erreur locale n’autorise pas à rejeter tout un édifice traditionnel; inversement, l’ancienneté ou l’exotisme d’une école ne garantit pas chacune de ses formulations. Le jugement doit toujours remonter au degré exact où se produit l’accord ou la rupture.
Un exemple pour approcher le sens
Dans une langue, un locuteur peut commettre une faute sans que la langue entière cesse d’exister. La grammaire commune permet de reconnaître et de corriger cette faute. Mais si chacun invente ses propres règles et refuse toute syntaxe partagée, il ne reste bientôt plus de langue commune dans laquelle la correction puisse avoir un sens.
La tradition joue un rôle comparable, à un niveau bien supérieur. Elle n’étouffe pas les développements particuliers; elle leur donne la cohérence sans laquelle ils cesseraient de participer à une doctrine véritable.
Références internes
Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Upanishad · Brâhmanes et Kshatriyas · Vêda · Shruti et Smriti · Les six darshanas · Vêdânta · La tradition · Sanâtana Dharma · Le théosophisme