En une phrase
Le Vêda est la connaissance sacrée qui fonde l’ensemble de la tradition hindoue, contient synthétiquement ses développements légitimes et fournit le critère par lequel se distingue l’orthodoxie doctrinale.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, La Métaphysique orientale et Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, formulée par l'encyclopédie.
Le terme Vêda dérive d’une racine qui signifie « connaître ». Guénon ne le traite donc pas d’abord comme le titre d’un livre comparable aux ouvrages modernes. Il désigne la Science sacrée et traditionnelle elle-même, telle qu’elle est reçue dans la tradition hindoue et exprimée selon les formes qui lui conviennent.
Cette priorité de la connaissance sur le document explique le refus d’une réduction historique. La fixation écrite, la langue des textes et la succession de leurs commentaires appartiennent à l’histoire. L’autorité du Vêda ne procède pourtant pas d’une date de composition ni d’un auteur individuel. La transmission orale peut précéder indéfiniment le manuscrit, et le contenu traditionnel ne se laisse pas mesurer par les seules méthodes de la critique documentaire.
Le Vêda contient synthétiquement la doctrine tout entière. Les développements ultérieurs n’ajoutent pas des vérités étrangères ; ils explicitent, sous des points de vue divers, ce qui était principiellement présent. Les six darshanas orthodoxes sont ainsi des « vues » complémentaires, non des systèmes rivaux prétendant chacun remplacer les autres.
L’accord avec le Vêda devient par conséquent le critère de l’orthodoxie. Une école peut développer un point particulier, user d’une terminologie propre et même connaître des déformations chez certains représentants. Sa légitimité demeure tant que son principe peut être ramené à l’enseignement védique. L’hétérodoxie commence avec la contradiction des principes, non avec la simple diversité des méthodes.
Sous sa forme textuelle, le corpus est traditionnellement distribué en quatre ensembles : Rig-Vêda, Yajur-Vêda, Sâma-Vêda et Atharva-Vêda. On y distingue les Mantras, les Brâhmanas, les Âranyakas et les Upanishads. Ces dernières forment le terme métaphysique du Vêda et le fondement direct du Vêdânta, dont le nom signifie précisément « fin du Vêda ».
Le Vêda relève de la shruti, ce qui est entendu ou perçu directement, par distinction d’avec la smriti, ce qui est conservé par mémoire traditionnelle. Cette distinction établit une hiérarchie d’autorité. Elle ne déprécie pas les textes secondaires ; elle les ordonne au principe dont ils tirent leur validité.
Enfin, le caractère supra-individuel du Vêda détermine son mode d’enseignement. Il ne suffit pas d’en posséder le texte ou une traduction. La transmission régulière, l’interprétation autorisée et la qualification du disciple font partie des conditions par lesquelles la connaissance cesse d’être une information extérieure et devient participation à la tradition.
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Citations de Guénon
La doctrine tout entière doit être considérée comme contenue synthétiquement dans le Vêda, et cela dès l’origine. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 7)
C’est l’accord avec le Vêda qui est le critérium de l’orthodoxie. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 7)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Dire que la doctrine est contenue synthétiquement dans le Vêda ne signifie pas que toute proposition ultérieure s’y trouve sous forme de phrase. La synthèse principielle contient des possibilités de développement que l’exposé analytique rend distinctes selon les besoins d’une époque ou d’une école.
Cette conception modifie aussi le sens du commentaire. Le commentateur traditionnel ne cherche pas l’originalité. Il déploie une vue, résout une difficulté et rattache son enseignement à une source dont l’autorité le dépasse. Sa fidélité n’exclut pas la profondeur personnelle ; elle l’empêche de devenir invention arbitraire.
Le critère d’orthodoxie ne peut enfin être réduit à une conformité littérale isolée. Puisque le Vêda forme un tout, l’accord porte sur ses principes et sur la hiérarchie de ses degrés. Une citation détachée peut être matériellement exacte et doctrinalement fausse si elle détruit l’ordre qui lui donne sens.
Un exemple pour approcher le sens
Une graine contient synthétiquement l’arbre. On n’y voit ni branches ni feuilles sous leur forme développée, mais leur possibilité est déjà présente selon une organisation déterminée. La croissance n’ajoute pas à la graine un plan étranger ; elle manifeste ce que ce plan portait en puissance.
Le Vêda remplit une fonction analogue pour les doctrines hindoues. Les écoles et les commentaires sont des développements. Ils demeurent réguliers s’ils accomplissent une possibilité contenue dans le principe, et deviennent hétérodoxes s’ils prétendent faire croître un arbre d’une autre nature.
Références internes
L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · La Métaphysique orientale · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Mâyâ · Jîvan-mukta · La tradition hindoue · Orthodoxie et hétérodoxie traditionnelles · Les six darshanas · Shruti et Smriti · Upanishad