En une phrase

Melki-Tsedeq, roi et prêtre de Salem qui bénit Abraham, représente dans la tradition judéo-chrétienne la fonction suprême du Roi du Monde, unissant en elle l’autorité spirituelle et le pouvoir royal.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Le Roi du Monde, formulée par l'encyclopédie.

Le bref épisode de la Genèse consacré à Melki-Tsedeq reçoit chez Guénon une portée doctrinale considérable. Le personnage est roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut. Il offre le pain et le vin, bénit Abraham et reçoit de lui la dîme. Cette réunion de caractères place sa fonction en amont des séparations ultérieures entre sacerdoce et royauté.

Son nom signifie « roi de Justice » et son royaume, Salem, renvoie à la Paix. Justice et Paix sont pour Guénon les deux attributs fondamentaux du Roi du Monde. La Justice ordonne chaque chose selon sa nature et sa place; la Paix est l’équilibre qui résulte de cet ordre. Leur union n’est pleinement possible qu’au centre suprême, d’où procèdent à la fois la connaissance des principes et la légitimité des applications temporelles.

Melki-Tsedeq n’est donc pas seulement un souverain ancien auquel aurait été ajoutée une fonction sacerdotale. Son nom désigne une fonction. Dans d’autres traditions, celle-ci paraît sous d’autres titres, notamment celui de Manu dans la tradition hindoue. Les personnages peuvent se distinguer historiquement; la fonction centrale qu’ils manifestent conserve une même structure.

La bénédiction d’Abraham et le don de la dîme indiquent une hiérarchie. Melki-Tsedeq est présenté comme supérieur à Abraham, non en vertu d’une puissance politique, mais parce qu’il représente un sacerdoce et une fonction plus universels. La tradition chrétienne distingue en conséquence le sacerdoce selon l’ordre d’Aaron et celui selon l’ordre de Melchissédec. Le second est rapporté à une source antérieure et supérieure aux déterminations particulières du premier.

Le pain et le vin confirment cette fonction de médiation. Ils apparaissent à la fois comme une offrande et comme les supports d’une bénédiction. Guénon les rapproche du Soma traditionnel et, dans le christianisme, de l’offrande eucharistique. Le rite manifeste ainsi une continuité sacerdotale que la seule succession historique ne suffirait pas à expliquer.

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Citations de Guénon

Le nom de Melchissédec, ou plus exactement Melki-Tsedeq, n’est pas autre chose, en effet (Le Roi du Monde, p. 25)

Melki-Tsedeq est donc roi et prêtre tout ensemble ; son nom signifie « roi de Justice », et il est en même temps roi de Salem, c’est-à-dire de la « Paix » (Le Roi du Monde, p. 26)

Or, Melki-Tsedeq est représenté comme supérieur à Abraham, puisqu’il le bénit, et, « sans contredit, c’est l’inférieur qui est béni par le supérieur » (Le Roi du Monde, p. 26)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Lire Melki-Tsedeq comme un nom de fonction ne revient pas à nier toute réalité au personnage. La méthode symbolique de Guénon ne choisit pas entre histoire et symbole comme entre deux explications exclusives. Elle demande quel principe une figure traditionnelle manifeste et quelle place cette fonction occupe dans une hiérarchie.

La réunion du roi et du prêtre ne justifie pas davantage une confusion des domaines. Elle indique leur unité à la source. À mesure que l’ordre se déploie, l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel se distinguent selon leurs fonctions propres. Leur union suprême fonde cette distinction et garantit leur rapport normal; elle ne permet pas au pouvoir inférieur de s’attribuer les prérogatives du supérieur.

Un exemple pour approcher le sens

Le sceau d’un souverain donne validité à de nombreux actes sans accomplir lui-même les opérations qu’ils prescrivent. Les officiers administrent, jugent ou commandent dans des domaines distincts, mais leur légitimité remonte à une source unique qui dépasse chacune de leurs fonctions particulières.

Melki-Tsedeq figure une unité plus haute encore: celle où la connaissance de l’ordre et son pouvoir de détermination ne sont pas séparés. La bénédiction donnée à Abraham montre cette priorité. Ce qui vient ensuite dans l’histoire reçoit ici la marque d’une fonction qui lui est antérieure en principe.

Références internes

Le Roi du Monde · L’autorité spirituelle · Le pouvoir temporel · Le Pôle · Le Centre spirituel · La tradition hindoue · Le Graal · L’Homme Universel · La Royauté · Agarttha