En une phrase

La sentimentalité moderne n’est pas le remède à la matérialité, mais son complément psychique, car l’une et l’autre restent enfermées dans l’ordre individuel et étrangères à la connaissance métaphysique.

Exposé métaphysique

Synthèse de la critique de Guénon dans Orient et Occident et La Crise du Monde moderne, formulée par l'encyclopédie.

La civilisation moderne se décrit volontiers comme partagée entre le réalisme matériel et les aspirations de l’âme. Guénon refuse cette opposition. Le sentiment n’est pas l’intellect, et le psychique n’est pas le spirituel. Passer de l’accumulation matérielle à l’émotion morale ne suffit donc pas à sortir du même plan individuel.

La matérialité privilégie le corps, l’utilité, la production et les résultats sensibles. La sentimentalité privilégie l’émotion, la préférence, l’élan et l’approbation morale. Elles semblent contraires parce que l’une est dure et l’autre tendre. Elles sont pourtant solidaires par leur commune exclusion de la connaissance supra-rationnelle.

Le « progrès moral » offre un exemple de cette solidarité. Il prétend avancer comme le progrès technique, mais aucun critère principiel ne permet de mesurer une succession d’états affectifs. Chacun nomme progrès ce qui correspond à ses préférences. Le moralisme transforme alors des sentiments relatifs en règle universelle tout en refusant l’autorité intellectuelle qui seule pourrait les ordonner.

Cette complémentarité explique la coexistence, surtout visible dans les sociétés industrielles, de l’activité économique la plus intense et des pseudo-mysticismes les plus extravagants. La fatigue produite par un monde matérialisé cherche sa compensation dans des expériences affectives. Celles-ci ne corrigent pas la cause ; elles ajoutent un déséquilibre psychique au déséquilibre matériel.

Guénon ne condamne donc ni les sentiments légitimes ni l’action morale. Il refuse leur érection en principes. Dans un ordre traditionnel, l’affectivité est réglée par une doctrine et une discipline ; dans le moralisme, elle devient juge de ce qui devrait précisément la juger.

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Citations de Guénon

En fait, matérialité et sentimentalité, bien loin de s’opposer, ne peuvent guère aller l’une sans l’autre, et toutes deux acquièrent ensemble leur développement le plus extrême. (Orient et Occident, p. 16)

Ainsi, le « moralisme » de nos contemporains n’est bien que le complément nécessaire de leur matérialisme pratique. (Orient et Occident, p. 17)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.

Le présent commentaire est reformulé par l’encyclopédie. Miftāḥ distingue les vertus formées par la Révélation et l’éducation spirituelle de l’« éthicisme » fondé sur des émotions changeantes. La critique guénonienne ne vise pas les nobles caractères, mais leur séparation d’avec la vérité, le rite et la connaissance qui les orientent.

Pour le lecteur musulman, cette distinction empêche de prendre le langage de l’amour, de la paix ou de l’humanité pour une garantie spirituelle. Ces mots peuvent exprimer des vertus réelles ; ils peuvent aussi servir de substitut à toute exigence doctrinale et à toute transformation de l’être.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La paire est plus exacte sous la forme « matérialité et sentimentalité » que sous celle de deux doctrines constituées. Guénon décrit des tendances de civilisation qui peuvent coexister chez le même individu : recherche exclusive du confort dans l’action, besoin d’exaltation affective dans les croyances.

La sortie de ce cercle ne se trouve ni dans l’insensibilité ni dans un spiritualisme verbal. Elle suppose le rétablissement de l’intellectualité au sens traditionnel, capable de donner à la matière et au sentiment leur place sans leur attribuer la fonction de principe.

Un exemple pour approcher le sens

Un entrepreneur organise toute sa vie selon le rendement mesurable. Le soir, il cherche une expérience immédiate de paix dans une pratique détachée de toute doctrine et choisit celle qui lui procure l’émotion la plus forte. Il croit quitter le monde matériel, mais conserve le même critère : la satisfaction de l’individu.

La première activité traite la matière comme seule réalité sérieuse ; la seconde traite le sentiment comme preuve du spirituel. Elles se répondent sans jamais atteindre ce qui dépasse l’individu et pourrait ordonner l’une comme l’autre.

Références internes

Orient et Occident · La Crise du Monde moderne · La Propagande et les organisations auxiliaires · La Réincarnation · La connaissance pure · Le néo-spiritualisme · La civilisation matérielle · La confusion du psychique et du spirituel · La Superstition de la Vie · Le progrès