En une phrase

Platon est lu par Guénon comme un maillon de la transmission pythagoricienne et initiatique de l’hellénisme, dont les doctrines ne se laissent pas réduire à l’invention personnelle d’un philosophe.

Exposé métaphysique

Synthèse des mentions de Platon dans les Mélanges, Symboles fondamentaux de la Science Sacrée et les Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, formulée par l'encyclopédie.

Né à Athènes vers 427 avant l’ère chrétienne et mort vers 347, Platon fut le disciple de Socrate et le fondateur de l’Académie. Ces données historiques fixent une place, mais elles ne suffisent pas à définir sa fonction dans l’œuvre de Guénon. Celui-ci s’intéresse moins à la biographie du philosophe qu’à la provenance traditionnelle de ses doctrines.

La lecture moderne cherche volontiers chez Platon un système individuel, ordonné autour d’une théorie personnelle des Idées. Guénon inverse la perspective. Ce que Platon expose appartient pour une part à Socrate, et remonte, au-delà de l’un comme de l’autre, à Pythagore et aux courants initiatiques de l’hellénisme. Le dialogue platonicien conserve ainsi la trace d’un enseignement reçu, adapté à une forme discursive, plutôt que la simple signature d’un auteur.

Cette origine éclaire la place accordée au nombre, à la géométrie et au Démiurge. La géométrie n’est pas ici un jeu abstrait : elle fournit des formes capables d’exprimer des rapports principiels. Le Démiurge ne doit pas être confondu avec le Principe suprême ; il désigne le principe ordonnateur du cosmos, qui façonne selon des modèles intelligibles sans être l’origine absolue de toute possibilité.

Le monde des Idées demande la même rectification. Les Idées ne sont pas des pensées flottant dans un esprit humain, ni des doubles abstraits des choses sensibles. Elles sont les raisons intelligibles dont les réalités sensibles ne donnent que des participations. De là vient l’image de l’ombre : la connaissance sensible, et même la connaissance rationnelle qui en dépend, reste indirecte au regard de la connaissance des principes.

Les symboles platoniciens prolongent cette doctrine dans un langage figuré. La plante céleste rapporte l’homme à une racine supérieure ; la corde d’or figure le lien axial avec le principe ; le mythe d’Er situe les destinées humaines dans un ordre cosmique plutôt que dans une morale individuelle. Chez Platon, le récit symbolique n’orne donc pas la pensée, il en transporte une partie essentielle.

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Citations de Guénon

Quant à Platon nul, quelle que soit sa compétence philosophique, n’est à même de distinguer ce qui a été dit par lui ou par son maître Socrate. (Mélanges, p. 30)

Ce qu’on attribue à Platon est souvent attribué aussi à Socrate, et, parmi les théories visées, certaines sont antérieures à tous deux et proviennent de l’école de Pythagore ou de Pythagore lui-même. (Mélanges, p. 30)

L’ombre, suivant Platon, est la connaissance par les sens et même la connaissance rationnelle qui, bien que plus élevée, a sa source dans les sens. (Mélanges, p. 34)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La place de Platon permet de mesurer l’écart entre l’histoire moderne de la philosophie et une histoire traditionnelle des doctrines. Dans la première, l’originalité individuelle est la valeur dominante : on demande ce que Platon a inventé. Dans la seconde, la question principale porte sur la transmission : quel enseignement a-t-il reçu, sous quelle forme l’a-t-il exposé, et jusqu’où cette forme laisse-t-elle reconnaître son origine ?

Cette perspective n’interdit pas l’examen critique des textes. Elle empêche seulement de traiter le symbolisme comme un résidu mythique et la doctrine comme une opinion privée. Platon devient alors un témoin occidental d’une métaphysique des modèles, des proportions et de la participation, dont les équivalents peuvent être étudiés ailleurs sans confondre les vocabulaires.

Un exemple pour approcher le sens

Un architecte trace le plan d’un édifice avant que la pierre soit taillée. Le plan n’est pas une seconde maison, moins matérielle que la première ; il est l’ordre intelligible selon lequel les matériaux pourront devenir un édifice. Celui qui ne voit que les pierres peut décrire leur poids et leur couleur, mais non expliquer pourquoi elles forment un temple plutôt qu’un amas.

Les Idées platoniciennes jouent, à un degré infiniment supérieur, le rôle de ces modèles intelligibles. Les choses sensibles en manifestent quelque chose sans les épuiser. Connaître seulement l’ombre portée par l’édifice n’est pas encore connaître son plan.

Références internes

Mélanges · Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · le Nombre métaphysique · les Possibilités éternelles de l’Être · L’état primordial · L’Arbre du Milieu · Le Cheikh ʿAbd al-Bāqī Miftāḥ