En une phrase
Se connaître soi-même signifie atteindre, au-delà de la psychologie individuelle, le centre de l’être où la connaissance réelle devient identité du connaissant et du connu.
Exposé métaphysique
Synthèse de l'article « Connais-toi toi-même » recueilli dans Mélanges, formulée par l'encyclopédie.
Guénon restitue à la maxime delphique une portée antérieure et supérieure à la philosophie. La réduire à un conseil de prudence morale ou à l’observation des phénomènes mentaux ne suffit pas à expliquer son caractère sacré. La formule indique un mode de connaissance dont le sujet n’est pas l’individu étudié du dehors, mais l’être revenant à son propre principe.
Cette connaissance commence par une distinction entre instruction et compréhension. L’enseignement extérieur fournit des occasions, des formes et des moyens ; il ne peut produire la connaissance à la place de celui qui la reçoit. Pour être effective, la vérité doit éveiller une correspondance intérieure. C’est en ce sens que Guénon reprend la doctrine platonicienne de la réminiscence : ce qui est réellement connu est reconnu dans le fond de l’être.
Le chemin mène du mental au cœur. Le cœur n’est pas ici le siège du sentiment, mais le symbole du centre. À mesure que la connaissance s’approfondit, les moyens rationnels deviennent insuffisants. Il faut réaliser des états qui transfèrent la conscience de la périphérie mentale vers ce point où les facultés se rassemblent.
La correspondance du microcosme et du macrocosme explique alors pourquoi la connaissance de soi ouvre à la connaissance des choses. L’homme ne contient pas matériellement le monde ; il en récapitule les rapports dans son ordre. Connaître son être réel, c’est donc retrouver en soi le principe selon lequel les états se disposent.
La connaissance véritable n’est finalement pas une représentation. Guénon rappelle la formule selon laquelle l’être est tout ce qu’il connaît : au degré réel, connaissance et être ne font qu’un. La maxime grecque trouve ainsi son complément dans la parole islamique : qui se connaît soi-même connaît son Seigneur.
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Citations de Guénon
aucun enseignement exotérique n’est capable de donner la connaissance réelle, que l’homme doit trouver seulement en lui-même (Mélanges, p. 33)
tout ce que l’homme apprend est déjà en lui (Mélanges, p. 33)
Quand l’homme se connaît lui-même dans son essence profonde, c’est-à-dire dans le centre de son être, c’est alors qu’il connaît son Seigneur. (Mélanges, p. 35)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction L’article possède une place singulière dans le corpus, car il articule directement la maxime antique, le symbole delphique de l’omphalos et la formulation islamique de la connaissance du Seigneur. Il ne s’agit pas d’établir une filiation historique entre ces expressions, mais d’en montrer la convergence principielle.
La page doit donc maintenir deux négations. La connaissance de soi n’est pas une introspection psychologique, puisque le mental appartient encore aux modifications observées. Elle n’est pas non plus une autosuffisance de l’individu, puisque le centre n’est atteint qu’en dépassant les limites qui le constituent comme individu séparé.
Un exemple pour approcher le sens
Un miroir peut recevoir d’innombrables images sans connaître sa propre surface. Tant qu’il suit les formes qui passent, il demeure livré à leur succession. S’il était possible qu’il reconnaisse ce qui rend toute réflexion possible, il ne chercherait plus son identité dans une image particulière.
Les pensées, souvenirs et caractères sont les images changeantes de la vie psychique. La connaissance de soi ne consiste pas à en dresser un inventaire plus complet, mais à retrouver le centre stable qui permet de les connaître sans être réduit à aucune d’elles.
Références internes
Mélanges · L’Homme Universel · La connaissance pure · La réalisation métaphysique · L’Omphalos et les pierres sacrées · La Kaabah · L’intuition intellectuelle · Le Cœur · Rites et Symboles initiatiques · Platon