En une phrase
Les Possibilités éternelles de l’Être sont les principes immuables des êtres manifestés, éternellement contenus dans le Verbe et plus réels que leurs expressions contingentes.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans l'article « Les Idées éternelles », recueilli dans Mélanges, et de son cadre général dans Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.
La formulation française de Guénon part des « Idées éternelles » ou des « archétypes » des êtres. Le titre retenu ici, issu du vocabulaire comparatif de la page arabe, met l’accent sur leur caractère de possibilités principielles. Il ne s’agit ni d’images mentales ni de projets encore irréalisés, mais du contenu permanent de l’Intellect divin ou du Verbe envisagé comme « lieu des possibles ».
Guénon distingue deux niveaux qu’une lecture rapide pourrait confondre. Les idées platoniciennes peuvent être envisagées dans le monde intelligible, au degré le plus élevé de la manifestation informelle. Les idées éternellement contenues dans le Verbe appartiennent à l’ordre principiel. Les premières correspondent alors à Buddhi envisagée dans l’Universel, les secondes à l’ordre de l’Être, rapporté analogiquement à Atmâ.
Le mot « éternel » doit être pris strictement. Il ne signifie pas une durée sans fin, mais l’absence de succession. Les possibilités sont présentes dans un « éternel présent », sans passer de l’inexistence à l’existence comme le ferait un événement temporel. Ce qui apparaît successivement dans le monde manifeste demeure simultanément contenu dans son principe.
Cette doctrine permet de corriger l’opposition vulgaire entre le possible et le réel. Dans le langage courant, le possible semble moins réel que l’objet déjà produit. Au point de vue métaphysique, le rapport s’inverse. La manifestation ne possède de réalité positive que par participation à son principe. L’idée éternelle n’est pas la copie affaiblie de l’être visible, elle est ce sans quoi cet être ne serait rien.
Guénon refuse donc le terme de « virtualité » lorsqu’il est appliqué au Principe. Une virtualité attendrait son actualisation et dépendrait d’un devenir. Or rien ne peut manquer d’actualité dans l’ordre principiel. Ce qui demeure virtuel pendant l’existence manifestée, c’est seulement la conscience que l’être peut prendre de sa propre réalité éternelle.
La notion islamique des a’yân thâbita, les « essences immuables », offre un parallèle précis. Chez Ibn Arabî, elles sont les déterminations éternelles des possibles dans la Science divine. Elles ne quittent pas leur immutabilité lorsque leurs effets apparaissent dans l’existence. Guénon emploie ce rapprochement pour montrer qu’un être manifesté ne devient pas son propre principe : il en reçoit la réalité selon les conditions de son état.
La réalisation métaphysique consiste alors moins à produire une perfection future qu’à rendre effective la conscience de ce que l’être est principiellement et éternellement. Le devenir est remis à sa place de condition relative, sans que la réalité du monde manifesté soit niée dans son ordre.
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Citations de Guénon
il ne peut rien y avoir de virtuel dans le Principe, mais, bien au contraire, la permanente actualité de toutes choses dans un « éternel présent » (Mélanges, p. 24)
l’idée dont il s’agit est le principe même de l’être, c’est-à-dire ce qui fait toute sa réalité, et sans quoi il ne serait qu’un pur néant (Mélanges, p. 24)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Cette page se situe à la jonction de trois vocabulaires, platonicien, védantique et akbarien. Leur rapprochement porte sur une structure : le manifesté reçoit sa réalité d’un principe immuable. Il ne signifie pas que l’Idée platonicienne, Atmâ et l’ayn thâbita soient des termes simplement substituables.
La précision est importante parce que la comparaison peut fonctionner à plusieurs niveaux. Un archétype envisagé dans la manifestation informelle n’a pas exactement le même rang qu’une possibilité éternelle dans le Verbe. Guénon maintient la légitimité des deux points de vue, tout en refusant leur confusion.
La doctrine combat enfin une représentation artisanale de la création, comme si le Principe concevait successivement des modèles puis les exécutait. Les possibilités ne naissent pas dans la Science divine. Leur manifestation seule est soumise aux conditions de l’existence et du cycle.
Un exemple pour approcher le sens
Une mélodie peut être jouée sur plusieurs instruments, dans des tonalités et à des vitesses différentes. Chaque exécution commence, se déroule et s’achève. Elle peut être plus ou moins fidèle, mais aucune exécution particulière n’épuise la possibilité musicale qu’elle manifeste.
L’analogie doit être élevée d’un degré. La possibilité éternelle n’est pas une partition matérielle qui attendrait un interprète. Elle est le principe même de toutes les exécutions possibles. Les manifestations passent, tandis que leur réalité dépend de ce qui ne passe pas.
Références internes
Mélanges · Les États multiples de l’être · Le Verbe divin · Atmâ · Brahma · Mohyiddin ibn Arabi · Vêdânta · Le manifesté et le non-manifesté · La Possibilité universelle · Nâma-Rûpa