Définition

Le barzakh est une limite à deux faces : il distingue les réalités qu’il met en rapport et, par cette distinction même, rend possible leur communication.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, La Grande Triade, L'Homme et son devenir selon le Vêdânta et l'étude « Er-Rûh », formulée par l'encyclopédie.

Le mot arabe barzakh signifie un isthme ou une séparation. Son sens métaphysique ne se réduit pourtant pas à celui d’un mur. Une limite réelle appartient, sous deux rapports différents, aux domaines qu’elle distingue ; elle possède donc une face tournée vers chacun d’eux. Le barzakh est à la fois séparation et jonction.

Cette structure se retrouve à plusieurs niveaux.

  1. Dans l’ordre cosmologique, la manifestation subtile constitue un monde intermédiaire entre le domaine corporel et la manifestation informelle. Elle reçoit des influences de l’un et de l’autre côté et sert de moyen terme dans leur articulation.
  2. Dans la constitution de l’être, le psychique se tient entre le corps et l’intellect supra-individuel. Cette position explique son amplitude et sa mobilité, mais ne lui confère pas pour autant un caractère spirituel.
  3. Dans la fonction de l’Esprit, le barzakh prend un sens plus élevé. Er-Rûh possède une face vers El-Haqq, la Vérité divine, et une face vers el-Khalq, la création. Il est ainsi l’instrument de la réfraction des influences principiellement une dans la multiplicité des mondes.
  4. Dans l’état posthume, le terme désigne ce qui se situe entre la mort et la résurrection. Cette application particulière demeure soumise à la même loi : un état de passage ne peut être compris si on le traite comme un terme définitif.

Le barzakh est donc moins un lieu qu’une fonction. Il peut être représenté par un pont, une porte, un miroir ou l’octogone architectural qui permet de passer de la base carrée à la coupole circulaire. Dans chaque cas, l’intermédiaire n’abolit pas les différences. Il les maintient assez nettement pour que la relation ne devienne pas confusion.

Cette dernière remarque fonde l’avertissement de Guénon au sujet du domaine psychique. Le monde intermédiaire contient des possibilités qui dépassent l’expérience corporelle ordinaire, mais ce dépassement relatif reste inférieur à la connaissance spirituelle. Prendre le subtil pour le suprême revient à s’arrêter sur le pont et à le prendre pour l’autre rive.

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Citations de Guénon

On retrouve encore ici les deux faces du barzakh. (Recueil posthume, Articles, p. 368)

Quant à la manifestation subtile, qui constitue le « monde intermédiaire » (antariksha), elle est bien en effet un moyen terme à cet égard. (La Grande Triade, p. 50)

L’état subtil est proprement le domaine de la ψυχή et non celui du νοῦς. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 61)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Chaque proposition a été confrontée le 7 octobre 2026 aux notes et présentations du traducteur, dont la référence suit la phrase ; la notice arabe consacrée à ce sujet réunit le dossier complet.

Selon la note du Cheikh, le verset coranique qui place derrière les morts un barzakh jusqu’au jour de la résurrection désigne la vie de l’homme dans le monde du barzakh, qui sépare la vie d’ici-bas de la vie de l’au-delà ; il ajoute qu’on a dit de la tombe qu’elle est un jardin parmi les jardins du Paradis pour l’heureux et une fosse parmi les fosses du Feu pour le malheureux (L’Erreur spirite, note du traducteur sur le barzakh). Pour mieux connaître le monde du barzakh entre la mort et la résurrection, il renvoie au chapitre 63 des Futūḥāt d’Ibn ʿArabī, aux chapitres 62 à 64 d’al-Yawāqīt wa-l-jawāhir de Shaʿrānī et au chapitre 10 d’al-Ibrīz de Sijilmāsī (L’Erreur spirite, note du traducteur sur le destin de l’homme après la mort). Dans une autre note, il rappelle qu’en islam il est très courant de rencontrer les esprits des morts en songe, et que de nombreux saints ont, en état de veille, des visions spirituelles dans le barzakh ; il cite Ibn ʿArabī, pour qui ses rencontres avec les gnostiques défunts, rapportées dans le Kitāb al-Tajalliyāt, se sont déroulées en une présence véridique et dans des visions sacrées (L’Erreur spirite, note du traducteur).

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La notion articule trois pages de l’encyclopédie. Elle donne au monde subtil sa place, elle préserve la Réalité muhammadienne de toute assimilation à une entité psychique, et elle montre comment l’Homme Universel peut remplir une fonction médiatrice sans devenir un troisième terme indépendant du Principe et de la manifestation.

Le critère décisif est la transparence. Un intermédiaire accomplit sa fonction lorsqu’il laisse passer ce qui vient d’au-dessus de lui ; il la trahit lorsqu’il retient l’attention sur ses propres formes. Le barzakh est miroir, non source de la lumière qu’il reflète.

Références internes

Le monde subtil · La Réalité muhammadienne · L’Homme Universel · La Grande Triade · L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Recueil posthume, Articles · Er-Rûh · L’homme véritable et l’homme transcendant · La pseudo-initiation