En une phrase
Le barzakh est une limite à deux faces : il distingue les réalités qu’il met en rapport et, par cette distinction même, rend possible leur communication.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, La Grande Triade, L'Homme et son devenir selon le Vêdânta et l'étude « Er-Rûh », formulée par l'encyclopédie.
Le mot arabe barzakh signifie un isthme ou une séparation. Son sens métaphysique ne se réduit pourtant pas à celui d’un mur. Une limite réelle appartient, sous deux rapports différents, aux domaines qu’elle distingue ; elle possède donc une face tournée vers chacun d’eux. Le barzakh est à la fois séparation et jonction.
Cette structure se retrouve à plusieurs niveaux.
- Dans l’ordre cosmologique, la manifestation subtile constitue un monde intermédiaire entre le domaine corporel et la manifestation informelle. Elle reçoit des influences de l’un et de l’autre côté et sert de moyen terme dans leur articulation.
- Dans la constitution de l’être, le psychique se tient entre le corps et l’intellect supra-individuel. Cette position explique son amplitude et sa mobilité, mais ne lui confère pas pour autant un caractère spirituel.
- Dans la fonction de l’Esprit, le barzakh prend un sens plus élevé. Er-Rûh possède une face vers El-Haqq, la Vérité divine, et une face vers el-Khalq, la création. Il est ainsi l’instrument de la réfraction des influences principiellement une dans la multiplicité des mondes.
- Dans l’état posthume, le terme désigne ce qui se situe entre la mort et la résurrection. Cette application particulière demeure soumise à la même loi : un état de passage ne peut être compris si on le traite comme un terme définitif.
Le barzakh est donc moins un lieu qu’une fonction. Il peut être représenté par un pont, une porte, un miroir ou l’octogone architectural qui permet de passer de la base carrée à la coupole circulaire. Dans chaque cas, l’intermédiaire n’abolit pas les différences. Il les maintient assez nettement pour que la relation ne devienne pas confusion.
Cette dernière remarque fonde l’avertissement de Guénon au sujet du domaine psychique. Le monde intermédiaire contient des possibilités qui dépassent l’expérience corporelle ordinaire, mais ce dépassement relatif reste inférieur à la connaissance spirituelle. Prendre le subtil pour le suprême revient à s’arrêter sur le pont et à le prendre pour l’autre rive.
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Citations de Guénon
On retrouve encore ici les deux faces du barzakh. (Recueil posthume, Articles, p. 368)
Quant à la manifestation subtile, qui constitue le « monde intermédiaire » (antariksha), elle est bien en effet un moyen terme à cet égard. (La Grande Triade, p. 50)
L’état subtil est proprement le domaine de la ψυχή et non celui du νοῦς. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 61)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Le commentaire ici condensé est reformulé par l’encyclopédie. Miftāḥ rapproche les emplois guénoniens du verset coranique qui situe derrière les morts « un barzakh jusqu’au jour où ils seront ressuscités ». Il rappelle aussi la place de ce monde dans les exposés d’Ibn ʿArabī, notamment lorsqu’il s’agit de distinguer les visions véridiques des résidus psychiques que le spiritisme moderne attribue aux morts eux-mêmes.
Son apport principal est un avertissement de méthode : l’existence d’un ordre intermédiaire explique à la fois certains phénomènes authentiques et les méprises auxquelles ils donnent lieu. Nier cet ordre conduit au matérialisme ; le diviniser conduit à la pseudo-spiritualité. La doctrine du barzakh écarte ces deux réductions.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La notion articule trois pages de l’encyclopédie. Elle donne au monde subtil sa place, elle préserve la Réalité muhammadienne de toute assimilation à une entité psychique, et elle montre comment l’Homme Universel peut remplir une fonction médiatrice sans devenir un troisième terme indépendant du Principe et de la manifestation.
Le critère décisif est la transparence. Un intermédiaire accomplit sa fonction lorsqu’il laisse passer ce qui vient d’au-dessus de lui ; il la trahit lorsqu’il retient l’attention sur ses propres formes. Le barzakh est miroir, non source de la lumière qu’il reflète.
Un exemple pour approcher le sens
La surface d’un lac sépare l’air de l’eau. Elle appartient visiblement aux deux : les mouvements de l’air la plissent, ceux de l’eau la soulèvent. Elle reçoit la lumière du ciel et la renvoie sous la forme d’une image.
Celui qui regarde cette image voit réellement quelque chose, mais ce qu’il voit n’est pas l’astre lui-même. S’il nie le reflet, il méconnaît la surface ; s’il adore le reflet comme sa source, il méconnaît le ciel. Le barzakh est cette surface séparatrice et communicante, dont la justesse consiste à ne pas confondre les deux rives.
Références internes
Le monde subtil · La Réalité muhammadienne · L’Homme Universel · La Grande Triade · L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Recueil posthume, Articles · Er-Rûh · L’homme véritable et l’homme transcendant · La pseudo-initiation