Ce que ce livre vous apprend
Publié en 1925, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta est le premier grand exposé où Guénon présente directement une doctrine métaphysique orientale. Son objet n’est pas l’homme comme espèce biologique ou sujet psychologique, mais la place de l’individualité humaine dans l’ensemble des états de l’être.
Quatre distinctions conduisent l’ouvrage :
- Le Soi ne se réduit pas au moi. Le moi est l’individualité soumise à des conditions particulières; le Soi est son principe transcendant et permanent. La personnalité relève ainsi de l’universel, tandis que l’individualité n’en est qu’une manifestation contingente.
- La constitution humaine comporte plusieurs degrés. Purusha et Prakriti, Buddhi et Manas, les facultés, les enveloppes et les fonctions vitales permettent de distinguer ce qui appartient au principe, à la manifestation informelle, à l’individualité subtile et au corps.
- Veille, rêve et sommeil profond sont des conditions d’Âtmâ. Leur étude ne constitue pas une psychologie du sommeil. Elle montre, par une expérience commune, que l’état de veille n’épuise ni la conscience ni les possibilités de l’être.
- La Délivrance est connaissance effective. Le devenir posthume varie selon le degré atteint, mais la finalité dépasse toute condition particulière. La distinction entre délivrance après la mort et délivrance dans la vie concerne le moment de la réalisation, non deux fins différentes.
Comment le lire : conserver les termes sanskrits au lieu de les remplacer trop vite par des équivalents psychologiques. Les chapitres II à XVI établissent la constitution et les états de l’être; les chapitres XVII à XXIV traitent du devenir posthume et de la Délivrance. La Métaphysique orientale en résume l’orientation, tandis que Le Symbolisme de la Croix en développe la représentation des états multiples.
Présentation
Guénon présente son livre comme une œuvre de compréhension, non comme une histoire du Vêdânta. Le point de vue de cette doctrine demeure central, mais des rapprochements avec d’autres traditions servent à préciser une notion ou à montrer l’équivalence de formulations situées dans le même ordre. La fidélité revendiquée porte sur les principes, non sur la reconstitution érudite d’une école ou d’une période.
Les vingt-quatre chapitres suivent un mouvement rigoureux. Après les généralités sur le Vêdânta viennent la distinction du Soi et du moi, le centre vital, Purusha et Prakriti, Buddhi, Manas, les enveloppes et les quatre conditions d’Âtmâ. La seconde moitié examine la résorption des facultés, les conditions posthumes, le voyage divin, la Délivrance finale, puis les états de vidêha-mukti et de jîvan-mukti.
Ce plan prévient deux contresens. L’homme n’est pas un cas privilégié au point de vue métaphysique; il fournit une base actuellement accessible pour exposer des principes universels. De même, le devenir ne signifie pas la conservation indéfinie de l’individualité, mais les conséquences de la connaissance ou de l’ignorance lorsque les conditions qui définissent l’état humain se défont.
Édition numérique citée
Fichier de référence : René Guénon - L'Homme et son devenir selon le Vêdânta - 134 pages - 2013 05 17.pdf (134 pages numériques). Les références de cette notice suivent ce fichier, non la pagination d’une autre édition.
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Citations de Guénon
Le « Soi » est le principe transcendant et permanent dont l’être manifesté, l’être humain par exemple, n’est qu’une modification transitoire et contingente, modification qui ne saurait d’ailleurs aucunement affecter le principe (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 15)
L’« Identité Suprême » est donc la finalité de l’être « délivré », c’est-à-dire affranchi des conditions de l’existence individuelle humaine, ainsi que de toutes autres conditions particulières et limitatives (upâdhis) (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 101)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Cette page est un nœud terminologique majeur de l’encyclopédie. Les couples Soi et moi, personnalité et individualité, universel et individuel ne doivent pas être aplatis en une opposition entre une partie supérieure et une partie inférieure de la psyché. Ils séparent le principe de l’être et l’une de ses manifestations conditionnées.
Le vocabulaire sanskrit a ici une fonction de précision. Il distingue des degrés que le français courant réunit souvent sous les mots âme, esprit ou conscience. Les correspondances avec d’autres livres doivent donc partir de la relation doctrinale établie, non d’une simple ressemblance de traduction.
Liens avec les autres livres
- La Métaphysique orientale formule de manière concise la différence entre savoir discursif et réalisation métaphysique.
- Le Symbolisme de la Croix représente géométriquement les états multiples et leur centre commun.
- La Grande Triade transpose la question de l’état humain vers la fonction de l’homme véritable et de l’Homme universel.
- Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme offre des correspondances islamiques et extrême-orientales pour l’Unité, l’initiation et la réalisation.
Pages qui citent ce livre
Atmâ · Brahma · Buddhi et Manas · Dêva-yâna et Pitri-yâna · Jîvan-mukta · Kundalini-Yoga · L’Homme Universel · L’état primordial · L’Éther dans le cœur · La Délivrance · La Hylè, le Calame et la Table gardée · La tradition hindoue · Le barzakh · Le Cheikh ʿAbd al-Bāqī Miftāḥ · Le monde subtil (al-khayâl) · Le symbolisme d’Om · Les états d’Atmâ et les koshas · Les états multiples de l’être · Moksha · Mâyâ · Nâma-Rûpa · Personnalité et individualité · Purusha et Prakriti · Salut et Délivrance · Shankaracharya · Upanishad · Vêda · Vêdânta · Yoga · ʿAbd al-Karīm al-Jīlī
Références internes
La Métaphysique orientale · Le Symbolisme de la Croix · La Grande Triade · Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme