En une phrase
L’homme véritable accomplit toutes les possibilités de l’état humain et en occupe le centre, tandis que l’homme transcendant dépasse cet état pour réaliser l’Homme Universel.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans La Grande Triade, complétée par Initiation et Réalisation spirituelle et La Métaphysique orientale, formulée par l'encyclopédie.
La terminologie taoïste distingue deux accomplissements que l’on confond dès que toute réalisation spirituelle est ramenée à une perfection morale. L’homme véritable, tchenn-jen, a porté à leur plénitude les possibilités de l’état humain. Il n’est plus dispersé à la circonférence de cet état : il est rétabli dans son centre, l’« Invariable Milieu », où les oppositions qui agitent l’homme ordinaire sont équilibrées.
Cette réalisation constitue le terme des « petits mystères ». Elle restaure l’état primordial, c’est-à-dire la condition humaine normale avant les conséquences de la chute cyclique. L’adjectif « véritable » indique donc une humanité pleinement réalisée, non une sortie hors de l’humain. L’être possède effectivement tout ce que sa nature humaine implique, grossièrement, subtilement et intellectuellement, mais il demeure encore dans cet état.
L’homme transcendant, cheun-jen, correspond au terme des « grands mystères ». À partir du centre humain, il s’élève suivant l’axe qui relie les états d’existence et s’identifie finalement à cet axe. Il a dépassé les conditions propres à l’humanité aussi bien que toute autre limitation individuelle. C’est pourquoi Guénon le met en rapport avec l’Homme Universel : la réalisation ne se borne plus à l’intégralité d’un état, mais embrasse la totalité des états.
Le rapport des deux degrés peut être formulé en trois couples :
- l’homme primordial et l’Homme Universel ;
- le centre d’un état et l’axe de tous les états ;
- le terme des petits mystères et le terme des grands mystères.
Pourtant, du point de vue de ceux qui demeurent dans l’état humain, la différence n’est pas directement visible. L’homme transcendant n’apparaît dans cet état que par la trace qu’y laisse l’axe, et cette trace est le centre même auquel s’identifie l’homme véritable. Tous deux peuvent donc exercer une fonction de médiation et sembler agir sans intervention extérieure, à la manière du moteur immobile. Leur distinction demeure néanmoins sans commune mesure : l’un est la perfection de l’humain, l’autre son dépassement.
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Citations de Guénon
L’« homme véritable » est donc celui qui est parvenu effectivement au terme des « petits mystères », c’est-à-dire à la perfection même de l’état humain (La Grande Triade, p. 48)
Celui-là est donc devenu effectivement l’« Homme Universel », tandis qu’il n’en est pas ainsi pour l’« homme véritable », qui est seulement identifié en fait à l’« homme primordial » (La Grande Triade, p. 87)
L’« homme transcendant » et l’« homme véritable », correspondant respectivement au terme des « grands mystères » et à celui des « petits mystères » (La Grande Triade, p. 87)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Le commentaire du Cheikh Miftāḥ, ici reformulé par l’encyclopédie, rapproche cette distinction de deux moments du vocabulaire soufi. Le retour au centre humain est comparé à la restauration de la fiṭra, à la pacification des facultés et au terme des réalisations qui concernent encore l’individu. Le dépassement de cet état est rapproché du fatḥ majeur et de la réalisation de l’homme universel dans le sens akbarien.
Le parallèle du fanāʾ et du baqāʾ doit rester ordonné à cette hiérarchie. Le premier mot ne signifie pas l’anéantissement de l’être, mais l’effacement des limitations qui l’empêchent de rejoindre son centre. Le second indique une permanence selon le principe après cet effacement. Le commentaire ne propose donc pas une équivalence lexicale terme à terme, mais une concordance de structure entre deux langages traditionnels.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le centre et l’axe permettent de voir immédiatement l’écart des deux degrés. Le centre totalise un plan sans sortir de ce plan. L’axe traverse le centre, mais il relie aussi ce plan à tous les autres. La perfection du point central n’est donc pas encore l’identification à toute la verticale.
Cette précision protège la doctrine de deux réductions. L’une rabaisse l’homme transcendant au rang d’un sage humain exceptionnel. L’autre attribue à tout équilibre psychique la réalisation de l’homme véritable. Chez Guénon, les deux expressions ont un sens technique et désignent des réalisations effectives, non des idéaux de conduite.
Un exemple pour approcher le sens
Sur une carte, toutes les routes d’une région peuvent converger vers une capitale. Celui qui atteint cette capitale se trouve au centre de l’ensemble représenté : il peut comprendre et ordonner toutes les directions de cette région. Telle est, par analogie, la position de l’homme véritable dans l’état humain.
Imaginez maintenant qu’une verticale passe par la capitale et relie plusieurs cartes superposées, chacune représentant un ordre différent. Suivre cette verticale, ce n’est plus parcourir parfaitement une région, mais passer d’un ordre à l’autre jusqu’au principe commun. L’homme transcendant correspond à cette seconde réalisation.
Références internes
La Grande Triade · Initiation et Réalisation spirituelle · La Métaphysique orientale · L’Homme Universel · La Grande Guerre sainte · L’état primordial · La Délivrance · Le Ciel, la Terre et l’Homme · Mohyiddin ibn Arabi · La Voie du Milieu