Définition

Le Soufre, le Mercure et le Sel figurent respectivement le principe actif qui rayonne du centre, le principe passif qui reçoit et limite son action, et la résultante où leurs tendances s’équilibrent et se fixent.

Exposé métaphysique

Synthèse du chapitre « Le Soufre, le Mercure et le Sel » de La Grande Triade, formulée par l'encyclopédie.

Guénon ne traite pas l’alchimie comme une chimie encore imparfaite. Les substances qu’elle nomme sont les supports d’une doctrine des principes et des transformations. Le Soufre, le Mercure et le Sel peuvent avoir plusieurs applications, mais leur rapport ternaire demeure intelligible si l’on conserve la hiérarchie du symbole.

Le Soufre est actif, igné et intérieur. Il représente la tendance qui rayonne depuis le centre même de l’être. Son expansion n’est pas d’abord un mouvement matériel : elle figure l’action d’un principe interne qui informe et déploie une possibilité.

Le Mercure lui est complémentaire. Humide, passif et extérieur, il reçoit l’action et lui oppose une réaction centripète. Cette passivité n’est ni inertie ni absence. Elle désigne la puissance réceptive sans laquelle aucune détermination ne pourrait prendre forme. Dans le langage extrême-oriental employé par Guénon, le Soufre est yang et le Mercure yin.

Le Sel est leur résultante. Neutre sous un certain rapport, il équilibre les tendances contraires et marque leur stabilisation. Sa forme symbolique est le cube, type de la cristallisation et de la stabilité. Il se tient à la limite de l’intérieur et de l’extérieur, ce qui explique qu’il puisse être rapporté tantôt au corps, tantôt à l’individualité entière, selon l’application retenue.

Il faut donc éviter une table de correspondances rigide. Soufre, Mercure et Sel peuvent être comparés à l’esprit, à l’âme et au corps, mais les positions varient avec le point de vue. Le Mercure relève du domaine subtil et ne doit pas être confondu avec la matière corporelle. Le Sel n’est pas davantage le corps en toute acception. La valeur du ternaire tient à une structure : action, réception, stabilisation.

Cette structure répond à la Grande Triade du Ciel, de la Terre et de l’Homme. Le troisième terme ne s’ajoute pas extérieurement aux deux premiers. Il est le lieu de leur rencontre et le fruit de leur complémentarité.

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Citations de Guénon

le Soufre, que son caractère actif fait assimiler à un principe igné, est essentiellement un principe d’activité intérieure (La Grande Triade, p. 58)

Quant au Mercure, sa passivité, corrélativement à l’activité du Soufre, le fait regarder comme un principe humide (La Grande Triade, p. 59)

quant au Sel, il est neutre en quelque sorte, ainsi qu’il convient au produit des deux complémentaires, en lequel s’équilibrent les tendances inverses inhérentes à leurs natures respectives (La Grande Triade, p. 58)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Chaque proposition a été confrontée le 7 octobre 2026 aux notes et présentations du traducteur, dont la référence suit la phrase ; la notice arabe consacrée à ce sujet réunit le dossier complet.

Selon une note du traducteur, le Grand Œuvre de l’alchimie ancienne est la suite des opérations chimiques dont résulte la pierre de sagesse ou élixir, qui transmute les métaux vils en or ou en argent (La Grande Triade, note du traducteur au chap. 6). Une autre note rattache l’alchimie hermétique à Hermès des Hermès, c’est-à-dire le prophète Idrîs, qu’Ibn ʿArabī nomme le guérisseur des blessures dans les chapitres 14 et 15 des Futūḥāt ; au début du chapitre 167, consacré à la connaissance de l’alchimie du bonheur, il expose les principes universels de la science alchimique idrissienne (même chapitre). Le traducteur joint en appendice des résumés d’Ibn ʿArabī : la section 32 du chapitre 198 sur le nom divin al-ʿAzîz et la formation des métaux, et le début du chapitre 167, où l’alchimie est définie comme la science des mesures et des poids, naturelle, spirituelle et divine, science de l’élixir, qui vise, dans la formation de l’au-delà et de ce monde, la recherche de l’équilibre (La Grande Triade, appendices du traducteur).

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Le mot ternaire est ici plus exact que celui de triade si l’on veut suivre le vocabulaire de Guénon. Une triade peut procéder d’un principe unique ; le ternaire alchimique met d’abord en évidence deux complémentaires et leur résultante.

La prudence de Guénon sur les correspondances est décisive. Elle interdit de transformer le symbolisme en lexique mécanique où chaque terme aurait un seul équivalent. Un symbole conserve sa fonction, mais son rang relatif peut changer selon l’échelle cosmique ou humaine considérée.

Références internes

La Grande Triade · Le Destin et la Mesure · L’homme véritable et l’homme transcendant · Yin et Yang · Mohyiddin ibn Arabi · L’Axe du Monde · Le Cœur