En une phrase
Yin et Yang sont les pôles passif et actif de toute manifestation, distincts sans être séparés et complémentaires parce qu’ils procèdent d’une unité supérieure.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans La Grande Triade, avec ses prolongements dans Le Symbolisme de la Croix et Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.
La cosmologie extrême-orientale nomme yang tout ce qui est actif, positif, lumineux ou masculin, et yin tout ce qui est passif, négatif, obscur ou féminin. Ces correspondances ne forment pas une table de substances séparées. Elles expriment deux fonctions qui se retrouvent, selon des proportions variables, dans toute chose manifestée.
Le premier point est donc leur complémentarité. Le yang ne peut agir sans un terme qui reçoive son action; le yin ne peut recevoir sans une influence qui l’actualise. Les deux ne sont purs qu’en tant que pôles universels, le Ciel et la Terre. Dans les êtres particuliers, ils se combinent. La qualification masculine ou féminine indique une prédominance, non l’absence absolue de l’autre terme.
Le second point est leur origine commune. Yin et Yang ne sont pas deux principes premiers qui se partageraient le monde. Ils résultent de la polarisation de l’unité, figurée par le Tai-ki. La doctrine est donc une dualité au niveau cosmologique, non un dualisme métaphysique. Au-dessus des deux pôles demeure ce qui les contient avant leur distinction.
Le symbole circulaire du yin-yang rend cette structure visible. Une ligne courbe partage une zone claire et une zone obscure. Dans chacune se trouve un point de la couleur opposée. Ces points rappellent que le yin et le yang ne sont jamais l’un sans l’autre. La courbe peut en outre se lire comme la jonction de deux spirales, ce qui conduit au symbole dynamique de la double spirale.
Les applications se distribuent dans tous les domaines : lumière et ombre, intérieur et extérieur, expansion et contraction, coagulation et dissolution, impair et pair. Il ne faut pas en faire des équivalences rigides. Un même terme peut être yin sous un rapport et yang sous un autre, parce que toute qualification dépend du niveau et de la relation considérés.
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Citations de Guénon
Nous avons vu plus haut que la Terre apparaît par sa face « dorsale » et le Ciel par sa face « ventrale » ; c’est pourquoi le yin est « à l’extérieur » (La Grande Triade, p. 22)
En d’autres termes, les influences terrestres, qui sont yin, sont seules sensibles, et les influences célestes, qui sont yang, échappent aux sens et ne peuvent être saisies que par les facultés intellectuelles. (La Grande Triade, p. 22)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Le point terminologique suivant est reformulé par l’encyclopédie. Le Cheikh Miftāḥ réserve le sens doctrinalement légitime à la complémentarité des deux termes, et distingue la dualité, qui appartient à la manifestation, du dualisme, qui érigerait les pôles en principes indépendants.
Il rapproche aussi la structure chinoise des couples que le lexique soufi distribue entre monde du commandement et monde de la création, esprit et âme, intérieur et extérieur. Ce rapprochement porte sur la fonction des termes. Il ne suppose ni identité des langues traditionnelles ni emprunt historique de l’une à l’autre.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Yin et Yang offrent un cas exemplaire de symbole souvent connu et rarement lu jusqu’à son principe. La culture moderne en retient volontiers l’idée d’un équilibre psychologique. Guénon lui rend sa portée cosmologique : l’équilibre d’un individu n’est qu’une application d’une polarisation qui structure toute manifestation.
L’erreur la plus grave serait d’identifier les deux moitiés au bien et au mal. L’activité et la passivité sont toutes deux nécessaires à la production d’un monde. Le mal ne constitue pas un pôle symétrique du principe; il relève d’un désordre relatif à l’intérieur de la manifestation.
La lecture correcte va donc du cercle aux pôles, puis des pôles à l’unité qui les contient. Si l’on s’arrête aux moitiés, on voit une opposition. Si l’on considère le cercle entier, on comprend une complémentarité. Si l’on remonte à son centre, on saisit leur source commune.
Un exemple pour approcher le sens
La respiration donne une image simple. L’inspiration dilate la poitrine et reçoit l’air; l’expiration la contracte et rend l’air. Selon le rapport choisi, chaque phase présente un aspect actif et un aspect passif. Aucune ne peut être prolongée seule sans détruire le rythme qu’elle sert.
Le souffle est un, mais son mouvement se polarise. Les phases paraissent contraires lorsqu’on observe leur direction, complémentaires lorsqu’on observe la respiration complète, et unifiées lorsqu’on considère la vie dont elles sont les deux moments. Telle est, transposée, la logique du Yin et du Yang.
Références internes
La Grande Triade · Le Symbolisme de la Croix · Les États multiples de l’être · La double spirale · Possibilité universelle · Le Ternaire alchimique · Mohyiddin ibn Arabi · Le Ciel, la Terre et l’Homme · Le manifesté et le non-manifesté · L’homme véritable et l’homme transcendant